À partir de l'article de Georges C. Lodge (« Revolution in Latin America ») publié dans la revue américaine Foreign Affairs de janvier 1966.
À travers les revues - Les États-Unis devant l’Amérique latine en révolution
Dans le numéro de janvier 1966 de la revue « Foreign Affairs », sous le titre « Révolution in Latin America », M. George C. Lodge présente une fort intéressante analyse des conditions dans lesquelles se produit en Amérique latine une véritable révolution sociale, dont le développement est encore incertain et, partant, lourd de menaces comme de perspectives favorables. En même temps, il procède à une critique de l’action des États-Unis pour laquelle il conseille de nouvelles méthodes, mieux appropriées aux circonstances que celles qui sont actuellement appliquées.
M. George C. Lodge estime que les intérêts américains sont gravement menacés, car le chaos et la violence, qui sévissent déjà dans plusieurs pays latino-américains, sont imminents dans plusieurs autres. Un mouvement aussi prometteur que celui de la Démocratie chrétienne, dont le leader est M. Eduardo Frei, l’actuel Président du Chili, se développe en marge des tentatives nord-américaines pour assurer une stabilité politique et un développement économique favorables, et paraît même tirer une partie de son influence de l’attitude d’opposition qu’il a prise vis-à-vis de la politique et de l’idéologie des États-Unis ; celles-ci restent entachées du soupçon de favoriser le maintien du statu quo et la résistance à tout changement. C’est donc un véritable cri d’alarme que pousse l’auteur, en le justifiant.
Pourtant, écrit-il, les paroles peuvent compter plus que les actes, contrairement à l’opinion habituelle. Celles du Président Kennedy, dans les premières années de l’Alliance pour le Progrès, affirmaient que les États-Unis apportaient à l’Amérique latine un véritable esprit révolutionnaire, non dans la violence, les putschs et les coups d’État militaires, mais dans la transformation radicale, pacifique, et surtout rapide, des structures sociales. C’est pourquoi le portrait du Président Kennedy a orné les huttes les plus pauvres, comme les bureaux les plus cossus, comme les échoppes, comme les écoles. Mais les États-Unis ont gaspillé le crédit qu’ils avaient à ce moment en Amérique latine, en basant leur action sur un anti-communisme mal défini ; aussi se sont-ils donné l’apparence d’être contre-révolutionnaires, dans une situation où c’était le chaos qui prévalait, plutôt que la révolution ; ils n’ont pas su expliquer ce qu’ils voulaient faire ; les buts des Américains du Nord sont restés obscurs, dépourvus de tout élan spirituel. Or, les Latino-Américains ont besoin d’idées sur ce que pourrait être une société nouvelle, plus que d’aide financière. Aussi, certains les cherchent-ils à Cuba, à Moscou ou à Pékin ; mais ils sont loin d’être la majorité. Si les États-Unis ne présentent pas un programme clair, réaliste, et plus encore vivifiant, les clients du communisme deviendront plus nombreux malgré les immenses ressources dépensées par Washington. Il est donc indispensable, tout d’abord, de comprendre ce qu’est la révolution latino-américaine.
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