Outre-mer - Les problèmes du Sahara occidental, de Rhodésie et d'Angola divisent les États africains - En Nouvelle-Calédonie : le nickel au gré des Alizés
Les problèmes du Sahara occidental, de Rhodésie et d’Angola divisent les États africains
Des événements importants survenus en septembre et octobre ont accentué la gravité des principaux problèmes qui divisent actuellement le continent africain.
Au Sahara occidental, les conclusions publiées par la Cour de La Haye le 16 octobre 1975 ont provoqué de sérieux remous. Comme il était à prévoir, elles ne tranchent pas de manière décisive entre les arguments présentés par les gouvernements concernés. Les 16 juges internationaux, saisis par l’ONU à la suite d’une demande marocaine, devaient donner un avis consultatif sur les deux points suivants : le Sahara espagnol au moment de la colonisation était-il un territoire sans maître ? Quels étaient les liens juridiques de ce territoire avec le royaume du Maroc et l’ensemble mauritanien ? À l’unanimité, ils ont répondu négativement à la première question. Ils ont estimé par 14 voix contre 2 qu’avant leur colonisation par l’Espagne le Rio de Oro et le Seguiet el Hamra avaient des liens juridiques avec le Maroc et, par 15 voix contre 1, que le Rio de Oro avait les mêmes liens avec l’ensemble mauritanien. Cette partie du verdict donne ainsi une satisfaction de principe aux thèses de Rabat et de Nouakchott qui paraissent être d’accord, depuis fin 1973, pour se partager cette possession espagnole. En revanche, selon la Cour, les liens d’allégeance « entre le Sultan du Maroc et certaines tribus vivant sur le territoire du Sahara occidental » ainsi que les « droits, y compris certains droits relatifs à la terre », qui constituaient des liens juridiques entre l’ensemble mauritanien et le territoire du Sahara occidental n’impliquent l’existence d’« aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental d’une part, le royaume du Maroc et l’ensemble mauritanien d’autre part ». Les juges vont ainsi plus loin que la question posée et ce n’est pas pour déplaire à l’Espagne et à l’Algérie. La Cour ajoute même qu’elle n’a pas constaté « l’existence de liens juridiques de nature à modifier l’application de la résolution 1514 de l’Assemblée générale des Nations unies quant à la décolonisation du Sahara occidental et en particulier l’application du principe d’autodétermination grâce à l’expression libre et authentique de la volonté des populations des territoires ».
La résolution 1514 de l’ONU a été votée le 20 septembre 1960 par la quinzième session de l’ONU. Elle pose le principe que la soumission des peuples à une domination étrangère n’est pas compatible avec les droits fondamentaux de l’homme définis par la Charte des Nations unies. Elle réclame le droit à l’autodétermination de tous les peuples et le respect de l’intégrité des territoires nationaux devant accéder à l’indépendance.
L’avis de la Cour de La Haye rejoint les conclusions du rapport de la mission des Nations unies qui a préconisé l’organisation, par l’Assemblée générale, d’une consultation des populations sous les auspices de l’ONU. Une entreprise de cette sorte est presque impossible à mettre sur pied avec des populations nomades dont les pâturages se trouvent situés dans plusieurs pays. Doit-on n’accepter comme électeurs que les 60 000 personnes recensées par l’administration espagnole ou doit-on ajouter à ce chiffre les membres des tribus qui ont des droits sur ce territoire et qui se trouvent le plus souvent au Maroc, en Algérie ou en Mauritanie ? Dans ce cas, comment vérifier qu’il s’agit bien de Sahraouis et non de ressortissants marocains, mauritaniens ou algériens ? De plus, le Maroc prétend qu’il héberge quelque 30 000 « exilés politiques », donc habilités, par les règles de l’ONU, à participer eux aussi à un référendum sur l’indépendance.
Dans l’esprit du gouvernement marocain, la reconnaissance par la Cour de La Haye des liens juridiques ayant existé avant la colonisation aurait dû permettre d’éviter la consultation populaire et de parvenir à une partition du Sahara occidental par simple accord entre les parties intéressées, accord qui pourrait être entériné par l’Assemblée générale de l’ONU. Estimant, malgré les apparences, que les conclusions de la Cour constituent la légitimation de ses droits, le Roi Hassan entend exercer maintenant une pression sur l’Espagne pour que celle-ci consente à négocier la partition. La levée des 350 000 femmes et hommes qu’il a lancés dans « la marche verte » a pénétré symboliquement et pacifiquement sur le territoire saharien puis a fait demi-tour. En raison des difficultés intérieures provoquées par la lente agonie du Caudillo, le gouvernement de Madrid est divisé. Les uns, forts de l’appui du PUNS et de l’accord existant entre ce parti et le front POLISARIO réfugié en Algérie qui est lui aussi favorable à la constitution d’un État indépendant, restent persuadés que la thèse espagnole n’a pas été infirmée par le verdict de La Haye et qu’avec ou sans consultation populaire, il faut remettre la totalité des pouvoirs au gouvernement constitué localement : les autres penchent pour la conclusion d’un accord avec le Maroc préservant les intérêts espagnols. Alger, déjà surpris par l’attitude de la Mauritanie, veille à ce que l’Espagne n’abandonne pas la thèse de l’autodétermination : son comportement est violemment critiqué par les partis marocains d’opposition. Des mouvements de troupes ont été signalés dans les confins.
Certes, dans cette affaire, le Roi Hassan a réussi à rassembler autour de sa personne le peuple marocain, mais le problème demeure car l’Espagne et l’Algérie ne semblent pas disposées à céder sur l’essentiel. L’Afrique observe ; ses sympathies restent partagées entre la position algérienne et celle du Maroc.
En Rhodésie, après la conférence ayant réuni aux Victoria Falls les délégations de l’ANC de Mgr Muzorewa et du gouvernement de M. Ian Smith, la situation est loin d’être claire. L’accord de Pretoria, signé le 6 août par MM. Vorster, Smith et un représentant du gouvernement zambien au nom du Congrès national africain (ANC), prévoyait que la réunion de Victoria Falls devait permettre aux deux parties d’expliquer publiquement leurs desiderata et de constituer un ou plusieurs comités qui se réuniraient en Rhodésie et prépareraient la tenue d’une nouvelle conférence. Lors de la discussion sur la création de ces comités, un différend opposa M. Smith à l’aile extrémiste de l’ANC, formée par le Révérend Sithole, ancien chef du Zimbabwe African National Union (ZANU), et par M. James Chikerema, ancien dirigeant du Front for the Liberation of Zimbabwe (FROLIZI). Ceux-ci ne pouvant retourner en territoire rhodésien où ils sont respectivement passibles d’un emprisonnement ou sous le coup d’une condamnation à mort, l’ANC a demandé que Salisbury accordât au préalable l’immunité aux nationalistes exilés. Cette concession ne fut pas acceptée par M. Smith et les négociations furent rompues.
L’équilibre instable de l’ANC n’a pas résisté à cette épreuve. La fraction modérée estimant toujours que des négociations avec M. Smith sont nécessaires pour assurer le transfert graduel du pouvoir à la majorité noire, les extrémistes exilés ont créé en Zambie un Conseil de libération du Zimbabwe (ZLC) ; cet organisme comprend 21 membres ; il est dirigé par M. Sithole avec comme secrétaire M. Chikerema ; il paraît être décidé à poursuivre et à intensifier la rébellion armée. De son côté, M. Jason Moyo, ancien chef du ZAPU, a convoqué, en l’absence de Mgr Muzorewa, un Congrès de l’ANC dont il a pris la présidence ; le nouveau bureau de ce mouvement se prépare à reprendre les négociations avec le gouvernement rhodésien.
Certains estiment que la scission survenue dans l’ANC favorisera les travaux de la future conférence constitutionnelle. D’autres pensent que la communauté européenne en tirera profit pour chercher à conserver le contrôle du pouvoir, en proposant, par exemple, une partition des zones de responsabilité entre les communautés et leur regroupement en fédération. Il se peut qu’alors la Tanzanie, le Botswana, même la Zambie et surtout le Mozambique adoptent une attitude moins conciliante.
C’est dans l’angoisse que l’Angola a accédé à l’indépendance le 11 novembre 1975, et l’on se demande toujours quel parti pourra en bénéficier. Au départ du haut-commissaire et de l’armée portugaise, deux républiques ont été proclamées, l’une à Luanda par M. Agostino Neto, l’autre à Ambriz par M. Holden Roberto. Le pays est plus ou moins bien tenu par les différents mouvements de libération : le Front national de libération de l’Angola (FNLA), installé dans le Nord du pays à l’exception du Cabinda, est arrivé depuis octobre aux portes de Luanda ; le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) tient la capitale, le Cabinda et les principaux ports ; l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA), qui reste l’alliée du FNLA et n’a pas réussi à s’imposer comme arbitre, contrôle la région de Novoa Lisboa. Dans la partie méridionale du pays, les forces armées d’Afrique du Sud assurent la protection des barrages de la Cunene [Kunene] qui sont utilisés pour l’irrigation de l’Ovamboland (Namibie). La moitié des Européens ont été rapatriés ; d’autres ont cherché refuge dans le Sud-Ouest africain.
Les États du continent sont partagés. Le MPLA est soutenu par tous les anciens territoires portugais devenus indépendants et par l’Algérie, qui, dans une certaine mesure, fait figure de chef de file du Cap Vert, de la Guinée-Bissau et même de Sao Tome avec lesquels elle a signé des accords de commerce et de coopération. Le Zaïre, bien entendu, continue de soutenir le FNLA et le parti sécessionniste du Cabinda (FLEC). Les sympathies de l’Afrique du Sud vont à l’UNITA. Les autres pays ne se prononcent pas et attendent les conclusions de la mission de conciliation de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) qui, en Angola, a pu consulter les différents mouvements mais ne semble pas être parvenue à proposer une solution concrète.
De son côté, le Portugal, depuis l’éviction du général Gonzalves, parait moins disposé en faveur du MPLA. Le haut-commissaire, l’amiral Leonel Cardoso, s’était efforcé de concilier les inconciliables avant le débat définitif des troupes portugaises ; il ne paraissait pas envisager de remettre le pouvoir au seul parti qui occupait la capitale si celui-ci ne parvenait pas à s’entendre avec ses partenaires ; mais Lisbonne a renoncé à faire appel en dernier recours à l’aide politique de l’ONU, une intervention militaire de cette organisation n’étant pas souhaitable pour le moment. Les sympathies de l’URSS vont au MPLA dont elle a reconnu le gouvernement et qu’elle continue à ravitailler en matériels militaires. La Chine soutient le FNLA par l’intermédiaire du Zaïre. Les États-Unis, l’Europe et le Brésil ne se prononcent pas ouvertement car leurs opinions sont divisées ; ils n’ignorent pas d’ailleurs que, quelle que soit l’évolution de l’Angola, leur aide sera tôt ou tard indispensable et réclamée.
La situation chaotique actuelle risque donc de se poursuivre et les combats de continuer, même si les diverses tentatives de conciliation réussissent. La partition n’arrange rien. En se perpétuant, le mal risque de s’étendre au Congo, au Zaïre, voire à la Zambie et à la Namibie.
Bernard Brionne
En Nouvelle-Calédonie : le nickel au gré des alizés
La Nouvelle-Calédonie a des attraits incomparables : garniérite ou latérite, ses gisements de nickel. Ce ne fut cependant pas à cause d’eux, mais pour la nacre et le santal que s’y aventurèrent, au siècle dernier, les marchands. Il fallut d’ailleurs le massacre de l’équipage de l’Alcmène, un bâtiment battant pavillon français, pour que l’île se rangeât sous nos couleurs, dans la dépendance des Établissements français d’Océanie. Une expédition punitive pour finalement donner à la métropole… un pénitencier ! C’est ainsi que ces rivages de la mer de Corail accueillirent les déportés de la Commune, et parmi eux Henri Rochefort. Il s’en évadera au moment où précisément est découvert le minerai de nickel que l’endroit recèle en abondance. La moitié des réserves mondiales : une sorte de monoculture, si l’on ose dire. L’histoire et la géologie ont ainsi scellé le destin de l’île. Aux galériens vont succéder les hommes d’affaires. L’entracte sera long avant que le pays accède au stade de l’industrialisation mais il mérite attention.
La Troisième République n’avait pas de politique coloniale cohérente. L’organisation des territoires d’outre-mer avait bien été fixée par les ordonnances de la Restauration en 1825 et 1828 ainsi que par la loi du 24 avril 1833, mais c’était en définitive le sénatus-consulte du 3 mai 1853 qui, étant le dernier en date, prévalait : or il stipulait que les colonies étaient régies par décrets de l’empereur. Paris n’ayant plus d’empereur, nos colonies furent livrées aux fonctionnaires et peuplées des laissés pour compte des comités électoraux. Les volontés les plus énergiques s’y sont donc trouvées en butte à l’impavidité administrative. La Nouvelle-Calédonie ne pouvait échapper à la règle et on s’y endormit sous la torpeur des tropiques. Il fallut attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour connaître l’ébauche d’une conception homogène du domaine colonial. Mais le monde, durement atteint par un conflit planétaire, était en crise et rien de solide ne put être établi en la matière. En devenant territoire d’outre-mer, la Nouvelle-Calédonie trouvait sa place aux côtés de la France mais ses richesses minières attiraient sur elle bien des convoitises.
Dans l’industrie moderne, le nickel joue un rôle de premier plan. Les réserves néocalédoniennes prirent de ce fait un intérêt d’autant plus grand que leur exploitation était garantie par une stabilité politique appréciable parce que rare parmi les pays producteurs de matières premières. Mais sur l’île, la Société Le Nickel (SLN) disposait d’un monopole de fait qui mettait la Nouvelle-Calédonie à l’abri des contraintes extérieures. Tout a changé en 1966. Cette année-là, le général de Gaulle, en voyage officiel, annonce l’extension de l’industrie minière, et à Nouméa on voit déjà chanceler l’empire que les Rothschild se sont bâti dans le territoire depuis 1880. Jusque-là privilège d’un groupe, cette richesse fabuleuse allait devenir la proie des trusts internationaux. Les États-Unis ne sont pas insensibles au changement de situation. Ils savent que l’Union soviétique est la seule productrice importante de nickel avec le Canada. L’expérience de ce dernier va donc être précieuse car nul n’a oublié à Washington l’observation du président Eisenhower : « nous avons besoin de produits venant de terres lointaines. » Le Canada pourrait donc opportunément prendre rang comme sous-traitant politique des États-Unis. La Nouvelle-Calédonie n’est pas encore pour Washington une Amérique latine mais on y songe. L’essentiel est que le nickel cesse d’être une exportation du Tiers-Monde pour devenir une production américaine.
À l’époque, le dollar est « fort comme un taureau », pour reprendre l’expression du secrétaire américain au Trésor. Il va donc servir pour réaliser cette percée économique en Nouvelle-Calédonie, ce « gap ». Certes les nouvelles sociétés d’exploitation devront s’associer à des intérêts français, mais tandis qu’à Nouméa on se demande dans quelle mesure l’argent nord-américain va vivifier l’économie locale, le Canada et les États-Unis, par l’intermédiaire d’Inco et d’AMAX, envisagent plutôt d’embaucher les capitaux français dans une entreprise indispensable à la stratégie américaine. Mettre à sa disposition les ressources d’autrui est une tendance naturelle aussi bien à l’homme qu’aux États. C’est un droit que veulent obtenir les États-Unis et le Canada en participant à la mise en valeur des gisements néo-calédoniens, un droit politique par voie financière, un droit corrosif. L’affaire va d’ailleurs connaître bien des aléas et provoquer quelques remous à Nouméa.
Pour les autorités de Paris, il s’agit avant tout d’accélérer l’essor de l’île. Pour les groupes américains et canadiens qui se mettent en piste (Inco et Patino du Canada : AMAX et Kaiser des États-Unis) il n’est pas question de laisser passer cette chance de mettre un pied en Nouvelle-Calédonie. Chacun va placer ses billes au mieux de ses intérêts : les uns s’allient à la société du baron Rothschild, les autres constituent une nouvelle société, la Cofimpac (Compagnie française et minière du Pacifique). Celle-ci regroupe 60 % de capitaux français venant d’un consortium où l’on note la présence d’Ugine-Kuhlmann et d’une participation du Bureau de recherches géologiques et minières, le BRGM. Les 40 % restant sont fournis par Inco, qui s’engage néanmoins à financer 70 % de la mise en exploitation. L’affaire paraît bien partie. Mais rapidement surgissent des difficultés tant à propos de la délimitation des zones minières qu’au sujet des techniques d’exploitation à choisir. De plus, la situation économique mondiale commence à se détériorer, ce qui incite le groupe français à reculer devant l’obstacle. En revanche l’Inco entend poursuivre à son propre compte le projet amputé de ses aspects les plus ambitieux. Les négociations traînent en longueur jusqu’au moment où la Société nationale des pétroles d’Aquitaine, la SNPA, se met sur les rangs à son tour avec l’appui du groupe américain Freeport Minerals. Le glas du consortium franco-canadien venait de sonner. Et puis, au début de 1973, le ministère français du Développement industriel suggère une association entre Inco et la SNPA. L’entente ne se fait pas et c’est à nouveau la déconfiture du projet. Nullement découragé, Inco poursuit sa longue marche en vue de s’arroger un droit d’exploitation en Nouvelle-Calédonie. Un entêtement bien justifié puisque l’île est un véritable caillou de nickel. À Paris on n’envisage cependant pas de donner satisfaction aux persévérantes sollicitations canadiennes. Au début de cette année le gouvernement français mettait les choses au point : Inco devrait partager ses droits avec des intérêts français qui, en tout état de cause, seront majoritaires. Au Canada, c’est l’heure du dépit.
Le groupe Rothschild, pour sa part, reprend confiance. D’autant plus qu’en ce début d’année il est fortement question de doter l’île d’une nouvelle fiscalité destinée à favoriser la relance des projets qu’avait freinés la baisse du dollar. Une vieille revendication de la SLN allait donc voir le jour. À la Nouvelle-Calédonie, on continue à vivre avec quelque impatience sur la moitié des réserves mondiales de nickel.
La réforme fiscale doit permettre de remplacer un système archaïque de taxe ad valorem sur l’exportation des produits par une imposition de style moderne sur les bénéfices. Cette solution présente toutefois l’inconvénient de placer les ressources du territoire sous la dépendance des bénéfices dégagés par les sociétés exploitantes. Pour corriger cela, le projet de réforme fixe un impôt minimum annuel de 3 % sur les exportations métallurgiques. De la sorte cette réforme tient compte des besoins financiers de l’île : d’autre part, elle vise à mettre les sociétés travaillant en Nouvelle-Calédonie sur un pied d’égalité. « La politique du gouvernement français en matière d’industrialisation du nickel en Nouvelle-Calédonie ne sera plus exclusivement nationale comme elle l’a été au cours des dernières années, mais plus souple et plus ouverte » devait expliquer M. Olivier Stirn, secrétaire d’État aux Départements et Territoires d'outre-mer, à Nouméa. Les projets en gestation devraient dès lors se dégeler.
La récession économique en France et en Europe, à compter de 1968, du fait de la politique financière américaine devait, pensait-on outre-Atlantique, favoriser une appropriation des ressources du Tiers-Monde par les trusts dominant le marché. L’enjeu est de taille et son poids ne pouvait pas être sans répercussions politiques. Les difficultés en ce domaine apparurent au mois de mai de cette année, au cours des entretiens de Paris sur le statut futur de l’île. Jugeant les points de vue inconciliables, le président de l’Assemblée territoriale de Nouvelle-Calédonie demande alors qu’un référendum soit organisé sur le thème de l’autonomie interne. Cette démarche fut effectuée en juin par une lettre adressée au président Valéry Giscard d’Estaing. Mais son signataire, M. Uregel, allait être dépassé par ses troupes et, en juillet, l’Union multiraciale bouleverse les données de la vie politique locale en réclamant ouvertement l’indépendance du territoire. Pour le soustraire au risque d’une « départementalisation », affirme-t-on. L’Union multiraciale reprenait ainsi à son compte des revendications de divers groupes mélanésiens, non représentés à l’Assemblée territoriale. L’Union calédonienne (UC), parti autonomiste, approuve, tandis que l’Union progressiste et le Front populaire calédonien affichent leur mécontentement face à ce qu’ils considèrent comme une opération électorale inspirée de l’étranger et risquant de nuire aux relations entre Européens et Mélanésiens. De plus, les partis composant la majorité présidentielle réagissent vivement et réclament la démission de M. Uregel. Au début de septembre, cette crise trouve sa solution lorsque l’Assemblée territoriale élit, le mardi 2, un nouveau président : M. Dick Ukewe, membre de l’Union démocratique et proche de l’UDR. Ce vote « confirme clairement la volonté de cette Assemblée de rejeter l’aventure de l’indépendance » déclare alors M. Stirn. La réforme du statut de l’île était désormais libérée d’une lourde hypothèque.
L’heure est donc venue de surmonter les déboires qu’ont connus au cours de ces dix dernières années les projets de mise en valeur industrielle. Le désir d’aller vite est de nouveau ressenti et l’Élysée confie à M. Maurice Allègre, ancien délégué à l’Informatique, le soin de mettre au point un programme bien structuré. Dans la foulée des nouvelles dispositions fiscales qui vont être appliquées, la SLN, appuyée par Imetal, et la SNPA signent une convention qui comporte un certain nombre d’engagements très importants. Non seulement le contrôle de la nouvelle société exploitante ne pourra être modifié sans l’accord des Pouvoirs publics mais celle-ci s’engage à sauvegarder les réserves minières du territoire et à traiter le minerai sur place, sans oublier, bien sûr, toute la réglementation visant à éviter la pollution. De multiples questions restent encore à régler, mais en dépit d’une conjoncture maussade on assiste désormais au redéploiement des projets néo-calédoniens. AMAX comme Inco restent sur la brèche mais de nouveaux partenaires surgissent. L’Arabie saoudite vient en effet de faire savoir qu’elle serait disposée à financer « dans une très large mesure » la mise en valeur des gisements de nickel de l’île. Des contacts ont déjà été pris en vue de constituer une nouvelle société au sein de laquelle le BRGM aurait de nouveau sa place. Pour la Nouvelle-Calédonie, c’est sans doute la fin d’une interminable attente. L’île était malade du nickel, les voies de sa guérison apparaissent aujourd’hui tracées.
Bernard Guillerez








