Politique et diplomatie - La France et les pays arabes
En ce début d’année 1976, un examen rétrospectif de notre politique étrangère révèle l’importance que la France attache à ses rapports avec les pays arabes et proche-orientaux : en témoignent les visites pratiquement ininterrompues des chefs d’État, de gouvernements, de ministres soit à Paris soit dans les capitales de la région (1). Le voyage du Président de la République en Égypte du 10 au 15 décembre est particulièrement significatif à cet égard, comme l’ont été, l’an passé en décembre, le voyage du Premier Ministre en Irak et, en novembre dernier, la mission de M. Couve de Murville au Liban. Cet examen fait également apparaître, parmi les données dont notre diplomatie doit tenir compte, des constantes et des variables.
La première donnée dont s’était inspirée la politique française — au moins depuis la guerre d’octobre 1973 — et les difficultés qui en étaient résultées pour notre ravitaillement énergétique — mais à vrai dire cette donnée était évidente depuis les retombées de l’affaire de Suez en 1956 — c’est la dépendance marquée des pays européens à l’égard du pétrole arabe et iranien ; l’Europe du Sud, la France en particulier, étant à cet égard dans une situation plus défavorable encore que l’Europe du Nord. D’autre part, le développement des pays arabes reste, sous des formes et à des degrés divers, tributaire de la coopération scientifique, technique et culturelle comme des échanges de produits primaires ou de biens industriels avec l’Europe occidentale. Notons que la France et l’Algérie sont, à cet égard, plus étroitement solidaires l’une de l’autre qu’aucun autre pays arabe et qu’aucun autre pays d’Europe. La France accueille en effet, bon an mal an, un nombre relativement considérable de travailleurs algériens qui, avec un chiffre de 420 000 en 1974, constituent la plus grosse part des travailleurs immigrés. De même, le plus grand nombre de nos coopérants est en Algérie. Toutes sortes de raisons, culturelles, politiques, économiques, assurent ainsi la continuité de l’intérêt qu’a la France à miser sur une communauté associant à son destin celui des pays arabes.
Une deuxième constante de la politique française est l’effort que fait la France pour engager avec elle l’Europe dans cette communauté de destin euro-arabe. Cette orientation de la politique française à l’égard de la rive sud de la Méditerranée est conforme aux grandes lignes de la politique européenne de la France. On voit mal en effet comment la France aurait pu chercher à définir en matière extérieure, avec ses partenaires, une politique européenne sans que cette communauté de vues soit aussi recherchée à l’égard des pays arabes. À cette préoccupation répond l’initiative du dialogue euro-arabe qui s’est depuis peu engagé, à Abu Dhabi (du 22 au 27 novembre), sous des auspices favorables. Notons, toutefois, que ce dialogue rencontre un certain nombre de difficultés. D’abord l’entreprise simultanée de traiter à l’échelle mondiale l’ensemble des problèmes posés par les rapports entre pays en voie de développement et pays industrialisés réduit la portée du dialogue euro-arabe, puisque les problèmes essentiels que posent les rapports entre l’Europe de l’Ouest et les pays arabes seront nécessairement abordés par les diverses commissions (2) de la conférence mondiale pour la coopération internationale, dite Nord-Sud, dont la réunion constitutive s’est tenue à Paris du 16 au 19 décembre, avec la participation de 27 États (7 pays industrialisés, la CEE et 19 pays en voie de développement, dont l’Algérie). En second lieu, dans le cadre régional du dialogue euro-arabe, la position européenne sera nécessairement une position de compromis. Même si la France a réussi depuis la déclaration de novembre 1973 à faire évoluer progressivement les vues de ses partenaires européens vers les positions réalistes qu’elle avait défendues pendant de nombreuses années, il n’en demeure pas moins entre les Neuf des nuances importantes. La France par exemple est le seul pays membre de la Communauté à avoir décidé l’ouverture à Paris d’un bureau de l’O.L.P. Encore que le représentant de cette organisation ne bénéficie pas du statut diplomatique, il n’en est pas moins vrai que Paris continue de jouer, au moins en ce qui concerne le problème palestinien, un rôle d’avant-garde que, pour l’instant, ses partenaires ne sont pas prêts à imiter. Il faut ainsi mettre au crédit du Président de la République d’avoir réussi à faire de Paris le centre-moteur du dialogue euro-arabe, comme le pivot de la conférence Nord-Sud.
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