En 2026, l’Amérique latine sera une priorité pour l’Administration Trump, désireuse de reprendre la main en écartant le rival économique que constitue la Chine. L’autre cible est la production de drogue et les États complices en laissant faire. De fait, la région redevient un théâtre de jeux politiques et stratégiques majeurs.
Amérique latine - Défis, menaces et perspectives en 2026
Latin America—Challenges, Threats and Perspectives in 2026
In 2026, Latin America will be a priority for the Trump Administration, keen to recover the upper hand by sidelining its economic rival, China. The other target is narcotics production and those states which are complicit in allowing it to happen. It is clear that the region is once again becoming a theatre of major political and strategic manoeuvres.
L’année 2026 s’annonce déterminante pour le devenir de l’Amérique latine. Le conflit armé contre les cartels de la drogue récemment engagé par les États-Unis a révélé l’ampleur des enjeux qui ont placé ce continent sur la ligne de fracture internationale. Depuis 30 ans, la politique de « bon voisinage » avec Washington, semblait convenir à chacun : les États-Unis se sont consacrés à des nouveaux théâtres d’opérations, notamment en Afghanistan, en Irak, tout en maintenant ou renforçant leur présence militaire en Europe et dans la région Pacifique. Pour leur part, les États latino-américains se sont engagés dans une diversification de partenaires économiques et commerciaux : en quelques années, la Chine est devenue un acteur majeur, réalisant en 2024, un total de 500 milliards de dollars en échanges commerciaux.
La diversité est l’une des caractéristiques de ce continent de 33 pays (en incluant la région des Caraïbes). Elle explique la présence de partenaires nouveaux : si la Turquie a tenté de nouer des liens régionaux, notamment avec les pays des Andes (1), l’Iran a privilégié une alliance avec le Venezuela et le Nicaragua. Le Qatar a noué des relations avec El Salvador et le Guyana (2). L’Union européenne a établi des liens marqués par l’aide au développement et le dialogue politique pour s’étendre aux nouvelles technologies, à l’agriculture comme le rappelle l’accord avec le Mercosur (3). Il est pourtant frappant de constater que l’Amérique latine ne parvient pas à parler d’une voix. Depuis la période de la Covid-19, les sujets relatifs à la sécurité publique sont devenus la priorité dans la plupart des pays. Plusieurs raisons l’expliquent : vagues migratoires en provenance de Haïti et du Venezuela, accroissement du trafic de drogue accompagné de pressions et violences contre les représentants des États comme ce fut le cas à la suite de l’assassinat de candidats présidentiels, à l’instar de Fernando Villavicencio en Équateur (4) ou Miguel Uribe en Colombie (5), de maires tels Augustín Intriago (6) en Équateur, des journalistes comme Miguel Ángel Beltrán (7) au Mexique, des forces de l’ordre et représentants de la justice comme le Paraguayen Marcelo Pecci (8).
C’est dans ce contexte que s’inscrit le conflit armé contre les cartels du narcotrafic en Amérique latine engagé par les États-Unis à la suite d’un Executive order (décret-loi) signé du président Trump en août 2025. Avec Southern Spear (« Lance du Sud »), la Maison-Blanche mobilise des moyens militaires qui correspondent à plus de 10 % des capacités totales de l’US Navy. Les objectifs sont clairs : « éliminer et expulser les narcoterroristes » et « défendre et protéger notre patrie des drogues qui tuent notre peuple ». Difficile de faire plus simple pour affirmer une « légitime défense » avec une action préventive. Les États-Unis balaient d’un revers de main les critiques juridiques sur les frappes contre les embarcations utilisées pour des go fast, dont une vingtaine a été détruite ces derniers mois, avec près de 87 personnes tuées. « Il en va de notre sécurité et de la cohésion de notre société », répond Washington. L’enjeu est de taille : les États-Unis, comme annoncé dans la National Security Strategy (NSS) (9) rendue publique en novembre 2025, entendent reprendre pied sur le continent. Rétablissement de la sécurité, arrêt des migrations, « endiguement »-fin des régimes alternatifs ou tentés par le « Sud global » (10), « le corollaire Trump à la doctrine Monroe (11) » (p. 5 et 15) a pour but de rétablir une influence de gendarme du continent. Il s’agit de bloquer sinon diminuer la poussée chinoise, de renforcer l’arrivée et le maintien au pouvoir de « gouvernements amis » peu réceptifs à une diversification de partenaires qui s’est traduite, pour Washington, par une déstabilisation présentant une menace pour leur sécurité nationale. Dès lors, 2026 constitue-t-elle l’année du retour au rôle de back yard – les États-Unis considérant l’Amérique latine comme leur arrière-cour et un élément central de leur hémisphère occidental ?
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