Nos États démocratiques confrontés à de nouveaux conflits majeurs doivent désormais décider et commander sous contrainte et dans l’urgence. La question de la décision politico-militaire et du C2, avec l’accélération des transformations technologiques dont le numérique devient central face aux crises géopolitiques que nous devons affronter sur un spectre de plus en plus large.
Décider et commander sous contrainte - La décision politico-militaire et le C2 à l’épreuve des conflits contemporains et des transformations technologiques
Deciding and Commanding Under Pressure—Politico-Military Decision Making and C2 in the Face of Contemporary Conflict and Technological Change
When facing new and major conflicts, our democratic states now have to make decisions and command under pressure and in emergency. With the increasing rate of technological change—in digital matters especially—politico-military decision making and C2 are taking centre stage in the face of the ever-widening spectrum of geopolitical crises that we have to deal with.
L’exercice du commandement et de la décision politico-militaire se recompose aujourd’hui sous l’effet d’une double pression. D’une part, une accélération technologique sans précédent – capteurs omniprésents, fusion multisources, Intelligence artificielle (IA) d’aide à la décision, cloud tactique. D’autre part, les démocraties sont confrontées à des dynamiques de fragilisation politique et sociétale, marquées par une contestation plus fréquente de l’autorité légitime, y compris lorsque celle-ci s’exerce dans un cadre légal et institutionnel. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de polarisation accrue des opinions, qui tend parfois à réduire les espaces de débat démocratique et à compliquer l’élaboration de compromis politiques durables. L’enjeu n’est donc plus seulement de décider vite, mais de décider juste, de décider collectivement, et surtout de décider sous attaque – attaque informationnelle, cognitive et politique.
La décision politico-militaire à l’épreuve de nos modèles démocratiques et de notre courage politique
Primauté du politique vs volonté ou crédibilité politique affaiblie
Alors que la guerre en Ukraine s’inscrit dans la durée, que les réactions européennes face à l’Iran demeurent timides et hésitantes, et que les débats occidentaux ont été largement traversés par une focalisation quasi obsessionnelle sur le conflit israélo-palestinien, parfois au détriment d’autres crises majeures, la question de l’efficacité et de la crédibilité de la décision politico-militaire occidentale s’impose avec acuité.
Cette fragilité du politique se manifeste d’abord par un manque de lucidité et de courage stratégique, évoquant un inquiétant syndrome de Munich : refus de nommer les menaces, tentation du report et préférence pour des postures symboliques plutôt que des décisions engageantes. Elle traduit ensuite une incapacité persistante à appréhender la rationalité propre de l’adversaire, au profit de la projection de nos cadres normatifs, moraux et juridiques sur des acteurs qui ne les partagent pas. Elle révèle enfin une décision politique affaiblie par les dissensions internes aux alliances, les divergences entre alliés et la crainte du coût politique interne de toute action résolue. Ces séquences révèlent moins un déficit moral qu’une difficulté structurelle à hiérarchiser les menaces, à assumer des choix stratégiques durables et à articuler discours, décision et action.
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