Le fonctionnement de l’Otan est souvent mal perçu du grand public avec un présupposé de lourdeur démocratique. Pourtant, avec le principe du consensus, cela permet de faire progresser les capacités collectives, les Nations conservant leur autonomie de décision. L’évolution du C2 (Commandement et contrôle) répond à ce nouvel environnement géopolitique de plus en plus complexe obligeant à innover.
Décision politico-militaire et chaîne de commandement à l’Otan : entre robustesse politique et mutation technologique
Politico-Military Decision Making and NATO’s Chain of Command: Balancing Political Sturdiness with Technological Change
The manner in which NATO functions is often ill-viewed by the public, whose preconception is of democratic inertia. Notwithstanding, the principle of consensus permits collective capabilities to be developed whilst nations retain their decisional independence. Given the need to innovate, current developments in command and control (C2) respond to the new and increasingly complex geopolitical environment.
Dans un contexte stratégique particulièrement tendu, marqué par le retour de la guerre de haute intensité en Europe et par une accélération technologique sans précédent, l’Otan est à la fois critiquée pour la lourdeur supposée de ses processus et reconnue comme un pôle de stabilité indispensable. Cet entretien propose un éclairage tant institutionnel qu’opérationnel sur la prise de décision politico-militaire, l’évolution des chaînes de Commandement et de contrôle (C2) et les transformations en cours au sein de l’Alliance.
Amiral, merci de nous accorder cet entretien malgré un agenda contraint. Le fonctionnement de l’Otan demeure mal connu du grand public et fait régulièrement l’objet de perceptions réductrices, voire de préjugés, en particulier sur sa supposée lourdeur bureaucratique. Pouvez-vous revenir sur la manière dont se construit la décision politico-militaire au sein de l’Alliance, et nous exposer votre analyse de ce processus, à la fois dans ses principes et dans sa mise en œuvre concrète ?
La décision au sein de l’Otan procède d’une règle essentielle : celle du consensus. Il faut d’abord lever un contresens fréquent : le consensus n’est pas un droit de veto. À partir du moment où un pays exprime des réserves, les autres ont le devoir de trouver un moyen d’en tenir compte afin d’aboutir à un consensus. Ce n’est donc pas un système de vote où celui qui dit « non » bloque. C’est un système qui oblige collectivement à retravailler la solution pour tenir compte de ces réserves ; un système où, lorsque l’on arrive au moment d’endosser une décision, le travail a été mené en amont pour que les Nations soient d’accord. C’est un mécanisme exigeant, difficile, mais extrêmement puissant. Personne ne peut ensuite dire : « Oui, mais moi je n’avais pas voté cette décision », car le travail en amont permet, au moment de l’endossement, d’aboutir à une décision effectivement partagée. Une fois le consensus obtenu, la décision est portée par tous.
Le fait de ne pas recourir à une majorité et son cortège de décompte complexe de voix pour y parvenir, explique aussi que le véritable travail décisionnel ne se fasse que rarement en séance formelle. Il s’opère dans les comités, les groupes ad hoc, à plusieurs étages. La délibération se déroule à plusieurs niveaux : rarement en séance unique. Cela génère une activité diplomatique intense, mais qui permet, in fine, d’arriver à des réunions consacrées à la formalisation d’un accord déjà mûri.
Il reste 86 % de l'article à lire
Plan de l'article


_astronaut_Sophie_Adenot_(jsc2025e058846_alt).jpg)




