Le C2 (Commandement et contrôle) des opérations militaires est un enjeu fort au plus haut niveau de l’État. L’accroissement des données disponibles et le numérique bouleversent la chaîne de décision et accélèrent le tempo des opérations. L’irruption de l’Intelligence artificielle (IA) et l’automatisation des systèmes d’armes obligent à réfléchir aux nouveaux processus décisionnels avec des évolutions juridiques nécessaires.
C2 et processus de décision
C2 and Decision Making Processes
Command and control (C2) of military operations presents a major challenge at the highest level of the state. Digital technology and the increased amount of data available are forcing change in the decisional chain and accelerating the tempo of operations. The sudden emergence of artificial intelligence (AI) and the automation of weapon systems compel us to consider new decisional processes along with legal developments necessary to them.
Le C2 (Commandement et contrôle) des opérations militaires est au cœur des enjeux de la conflictualité. Car l’emploi de la force engage toute une nation ou communauté, et que sa décision est prise in fine au plus haut sommet de l’État. Car l’emploi de la force s’inscrit dans une dimension opérationnelle militaire qui décide le plus souvent du sort de la guerre. Car l’emploi de la force répond à un cadre éthique, juridique et moral qui s’est forgé avec le temps, inscrit dans un droit international qui s’efforce de limiter les horreurs de la guerre. Car l’emploi de la force pose la question de la place des décisions individuelles sur le terrain, dans l’usage des armes et du contrôle qui en est fait.
Deux visions un peu extrêmes cohabitent : l’histoire des chefs d’État ou militaires, dont le commandement et le contrôle peuvent se limiter à l’image d’Épinal de l’empereur Napoléon, juché sur son cheval, en évidence sur une hauteur du champ de bataille, décidant seul, cumulant tous les pouvoirs civils et militaires ; l’histoire des grands conflits contemporains, où la guerre s’inscrit dans une lutte totale impliquant évidemment les plus hautes autorités, mais également la mobilisation de toute une société, la mise à disposition de moyens extraordinaires, requérant la mise en tension de toutes les ressources et énergies du pays, sur le modèle des deux guerres mondiales du XXe siècle. D’un côté, l’art de la guerre, de l’autre, la science de la guerre. En réalité, les enjeux de C2 sont au milieu de ces deux réalités. Dans l’actualité récente, en l’absence de conflits majeurs, la question clé du pouvoir de décision politico-militaire a été peu débattue, car les enjeux restaient limités pour les protagonistes à l’exception de la lutte contre le terrorisme, et centrée avant tout sur la bonne information des citoyens et des Parlements nationaux. À l’inverse, la question du cadre juridique contraignant l’emploi de la force a été centrale, car porteuse d’un idéal fort des sociétés démocratiques depuis 1945, dans un contexte de nouvel ordre international post-chute du mur de Berlin qui pouvait apparaître comme celui de la fin de la guerre. Et finalement, deux débats plus novateurs ont occupé l’actualité, celui de la place de l’humain dans la mise en œuvre des systèmes d’armes, sous le coup d’une automatisation de plus en plus poussée et perçue comme un changement de paradigme moral ; celui de la place de l’humain dans la compréhension globale des opérations et sa capacité à traiter l’information, face à un flux gigantesque de données, qui ouvre la voie à la décision d’intelligences artificielles ou automatisées, seules capables de traiter et de décider dans le rythme et le volume souhaités.
Au-delà de l’analyse traditionnelle de l’organisation des pouvoirs civils et militaires qui n’est pas l’objet de cet article, la réflexion sur le C2 aujourd’hui me semble devoir être mise avant tout en perspective des ruptures fondamentales de nos technologies. Trois aspects essentiels peuvent être évoqués : l’automatisation du champ de bataille, le traitement massif de données, l’évolution des conditions de la prise de décision politico-militaire. Plus que par la contraction « C2 », la globalité de ces questions est décrite désormais sous le sigle beaucoup plus complet de C5ISR en anglais pour, Commandement, Controle, Communications (liaisons), Computers (ordinateurs), Combat system and cyber, Intelligence (renseignement), Surveillance et Reconnaissance. Ces trois sujets sont en évolution profonde.
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