La question des prisonniers de guerre était devenue secondaire en l’absence de véritables conflits entre États. Avec la guerre en Ukraine et le risque de combats de haute intensité, le sujet est redevenu d’actualité et oblige à revoir son environnement juridique autour des Conventions de Genève. Un ajustement législatif est aujourd’hui nécessaire pour renforcer ce statut qui avait été un peu oublié.
Les prisonniers de guerre dans les conflits contemporains
Prisoners of War in Contemporary Conflicts
In the absence of any real conflict between states, prisoners of war (PoW) had become a secondary issue; yet with the war in Ukraine and the risk of high-intensity combat the subject is once again under the spotlight and calls for a revision of the legal aspect of PoW status within the Geneva Conventions. Legislative change is now needed to reinforce that somewhat neglected status.
La libération de 146 militaires ukrainiens en contrepartie du rapatriement du même nombre de combattants russes, en août 2025, témoigne du retour d’une pratique dont le dernier exemple est donné par les conflits en ex-Yougoslavie : l’échange de prisonniers de guerre entre deux belligérants en parallèle de la poursuite des combats. Le conflit russo-ukrainien redonne ainsi une actualité au sujet de la capture en masse de combattants ennemis, devenu moins visible depuis le début du XXIe siècle : après les 110 000 combattants des deux camps capturés lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988) et les 80 000 Irakiens faits prisonniers pendant la 1re guerre du Golfe, le dernier conflit ayant donné un nombre important de prisonniers de guerre était l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003.
La diminution depuis la Seconde Guerre mondiale du nombre de conflits entre États explique que la notion de prisonnier de guerre soit tombée en désuétude. En effet, seuls les combattants tombés au pouvoir de l’ennemi pendant un conflit armé international bénéficient de ce statut (3e Convention de Genève de 1949, art. 4) (1). Cette Convention leur garantit un régime protecteur par des règles très détaillées : des conditions de logement au nombre de lettres qu’ils peuvent expédier, en passant par le montant de la solde payée par la Puissance détentrice.
Si les conflits armés non internationaux des deux dernières décennies ont donné lieu à des captures de combattants, notamment sur des théâtres où était engagée l’armée française (Afghanistan et Sahel), les enjeux étaient autres. D’une part, les règles de droit international humanitaire s’imposant à l’État détenteur des personnes capturées dans des conflits intra-étatiques sont bien moins protectrices que celles fixées par la 3e Convention de Genève (même si un État peut choisir de leur faire bénéficier de garanties équivalentes (2)). D’autre part, le nombre de combattants capturés dans ces conflits asymétriques (3) est largement inférieur aux effectifs de prisonniers de guerre que l’on rencontre avec le retour des affrontements de masse.
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