Géopolitique de la Russie (Geopolitics of Russia, reviewed by Eugène Berg)
Géopolitique de la Russie
À l’heure où un dialogue encore entouré de conditions semble s’amorcer entre l’Europe et la Russie, cette nouvelle édition de l’ouvrage paru en 2022 est la bienvenue. L’invasion de l’Ukraine s’est avérée être un aveu de faiblesse. En misant sur le temps long, en recourant à l’aide de ses alliés et en ayant su mobiliser ou neutraliser la société russe, Vladimir Poutine a largement redressé la barre, juge Lukas Aubin, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).
Cependant, son règne dépend désormais de sa guerre permanente contre l’Occident à l’égard duquel Moscou utilise son large clavier de hard power, de soft power (la Fondation Russkiy Mir, l’agence de coopération culturelle Rossotroudnitchestvo, Russian TV et Sputnik – ces derniers, interdits de diffusion en Europe, ont essaimé en Afrique), de smart power (Abkhazie, Ossétie du Sud-Alanie, Transnistrie ou encore Haut-Karabagh) et de sharp power (diffusion de fake news, tentatives d’influence des élections étrangères, etc.). En quelques années on est passé de la notion d’« étranger proche » chez Evgueni Primakov à celle de « rivalité géopolitique » chez Sergueï Karaganov, devenu l’idéologue prônant l’utilisation sans limite de l’arme nucléaire. Dans le même temps, la Russie s’est tournée vers l’Afrique, où elle dispose de 40 ambassades, contre 47 pour la France, 48 pour les États-Unis et 52 pour la Chine. Ses échanges commerciaux y restent toutefois encore modestes, passant de 17 milliards de dollars en 2017 à 27 Mds en 2024, soit 8 % du total des échanges Chine-Afrique. Pourtant, en regardant de près l’état de l’économie, largement dopée par l’économie de guerre, ou de la société frappée par une grave crise démographique, la Russie est une « puissance pauvre » comme l’avait caractérisé Georges Sokoloff en 1993. Au surplus, la guerre en Ukraine a accéléré la mue autoritaire du régime qui ne court aucun danger face à la pluralité des acteurs qui composent l’opposition, la diversité des revendications et des lieux de lutte, et, enfin, la globale impopularité des figures de l’opposition qui, selon l’auteur, ne dépasseraient pas 2 % d’intention de vote dans les sondages.
Dans une certaine mesure, le retour à la politique de puissance entamée par Moscou en 2014 avec l’annexion de la Crimée est devenu la norme, notamment avec le comportement de Donald Trump. La Russie se trouve donc à la croisée des chemins. Pour le moment, elle a commencé son pivot vers l’Asie, profitant de l’élan chinois et des émergents. L’aigle bicéphale russe se tournera-t-il un jour vers l’Europe ? C’est possible, mais ce ne sera peut-être plus la même Europe. ♦
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