Les nombreuses opérations engagées depuis 1992 ont conduit peu à peu les états-majors en opérations à employer la fonction appelée « opérations psychologiques » par l'Otan, en complémentarité des autres fonctions notamment dans les opérations de soutien de la paix. D'un emploi initialement empirique, elle a désormais trouvé sa place dans les théâtres des opérations pour participer à la résolution des conflits dans lesquels sont engagées les démocraties.
Opérations psychologiques, fonction opérationnelle indispensable
Le XXe siècle a vu le développement de ce qu’on appelle la « guerre psychologique ». Ce mythe de la maîtrise parfaite des esprits correspondait bien au besoin de contrôle des âmes par les États totalitaires communistes ou nazis dès le temps de paix. Assimilée initialement à la notion de propagande, notamment pendant la Première Guerre mondiale, pratiquée par les différents belligérants, elle a fait l’objet de nombreuses études entre les deux guerres, en particulier par les chercheurs américains en psychologie sociale. Cependant, en Europe, l’ouvrage de S. Tchakhotine sur les méthodes nazies reste une référence (1) ; il s’est révélé particulièrement intéressant, au point qu’en 1939 sa publication en France a été interdite par le ministère des Affaires étrangères pour ne pas froisser l’Allemagne. Sa préface était édifiante : « L’absence de guerre n’empêche pas l’emploi d’une violence non moins réelle qu’est la violence psychique », (…) « avoir horreur de la guerre est une chose et cultiver l’espoir de la conjurer par les paroles seules, par des litanies ou les invocations en face du danger est une autre affaire ». Par leur complémentarité, le verbe et l’action sont indissociables pour être efficaces dans le succès des buts poursuivis, y compris et surtout pour les démocraties. À la lumière des nouveaux conflits du XXIe siècle, ces appréciations paraissent toujours aussi pertinentes.
Contre la propagande totalitaire, s’est éveillée la contre-propagande démocratique pour construire finalement les guerres idéologiques de l’après-1945. Ce conflit des volontés a abouti selon les camps à des stratégies d’influence, soit pour éradiquer les réflexions critiques, soit pour préserver l’information éclairant le citoyen. En l’occurrence, dans les limites définies notamment par ses textes constitutionnels, une démocratie peut utiliser l’information sous toutes ses formes (2) pour défendre son système politique, au demeurant « le moins mauvais de tous les systèmes ». En Europe occidentale, espace démocratique, les opérations psychologiques ont été conçues dans le domaine spécifiquement militaire comme un système défensif, avec l’exception notable de la France pendant la période des guerres coloniales. Dans le monde communiste, elles ont été conçues avant tout comme un système offensif.
Après avoir rappelé brièvement l’histoire des opérations psychologiques au XXe siècle, l’évolution doctrinale dans les démocraties occidentales sera abordée dans le cadre de l’Otan, avant d’approfondir la forte implication des États-Unis dans cette fonction.
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