Aujourd’hui, la maîtrise de l’économie de la connaissance est la condition de la compétitivité ; l’outil collectif des systèmes privés et publics des États-nations se nomme « intelligence cognitive » dont la mise en oeuvre est permise par une « informatique de puissance ». L’intelligence cognitive consiste à se doter des moyens opérationnels nécessaires pour comprendre et dominer par le savoir le fonctionnement de la mondialisation ; c’est aussi le moyen de hiérarchiser de façon asymétrique toutes les activités humaines au profit de la nation dominante. Seuls les États-Unis et le Japon, bientôt la Chine et l’Inde, semblent en mesure de jouer ce rôle. Hors paradigme, la France est menacée par un décrochage irréversible.
Intelligence cognitive : la France en retard d'un paradigme !
Février 1994 : avec le rapport Martre, publié par le Commissariat général du plan, le néologisme « intelligence économique » semble s’installer durablement dans le vocabulaire français ; il s’agit, face à la compétition économique mondiale, de maîtriser collectivement l’information à tous ses stades d’élaboration afin de fonder une stratégie offensive et de protéger le patrimoine. Sont concernés l’État, les collectivités territoriales et professionnelles et surtout les entreprises, celles-ci étant particulièrement visées par le rapport. Hélas, aucune suite durable ne lui est donnée : l’inculture des élites en matière de renseignement et le corporatisme de divers lobbies le neutralisent.
Il faut attendre huit ans pour que, les comptes de la nation continuant à se dégrader, un Premier ministre lucide relance la dynamique interrompue : ce fut le rapport Carayon de juin 2003, Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale, qui abordait le problème au niveau stratégique, celui des intérêts nationaux. Les propositions du rapport furent rapidement suivies d’effet puisque, en fin d’année, fut désigné un Haut responsable pour l’intelligence économique : M. Alain Juillet ; de surcroît, en 2004, le ministère de l’Économie et celui de l’Intérieur se dotaient chacun d’une Direction de l’intelligence économique.
Malheureusement, près de dix années avaient été perdues. Or le troisième millénaire s’ouvre sur la relève de la civilisation industrielle par celle de l’information, qui accélère tous les rythmes, supprime l’espace et porte des logiques nouvelles : l’intelligence économique n’est plus la panacée ; l’« intelligence cognitive » lui succède et la dépasse ; elle devient clé de la puissance : il ne s’agit plus seulement de maîtriser techniquement l’information dans une compétition ouverte mais bien d’accéder au stade supérieur, celui de la domination exclusive de la connaissance scientifique, conçue comme une arme dans une perspective résolument conflictuelle donc coercitive. C’est la fin de l’ère libérale. Il s’agit d’un véritable changement de paradigme puisque l’informatique de puissance crée un nouvel univers de relations voulues définitivement asymétriques entre acteurs internationaux. En tardant à entrer dans l’économie de la connaissance, la France, arc-boutée sur ses certitudes cartésiennes et aveuglée par son arrogance intellectuelle, risque un irréversible déclin.
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