Deux ans et demi après le début du conflit irakien, l’opinion américaine commence à se désolidariser de ses dirigeants. 2006 et les élections de mi-mandat vont sonner un retrait militaire sur fond d’échec. Les illusions du « Grand Moyen-Orient » auront vécu. Ce, alors que de la prolifération nucléaire aux difficultés de l’unilatéralisme, les néo-conservateurs commencent à percevoir les limites de l’imperium américain.
Politique et diplomatie - Vers de nouvelles défaites américaines
Depuis la guerre de Corée, il y a plus d’un demi-siècle, les États-Unis n’ont gagné aucun des conflits dans lesquels ils se sont impliqués, à commencer par celui du Viêt-nam. Les bénéfices qu’ils tirèrent, sans combattre, de l’effondrement de l’URSS auraient dû les faire méditer sur le principe du « quieta non movere » défini par Sénèque. Bien au contraire, la rencontre des idéologues néoconservateurs, qui rongeaient depuis deux décennies leur frein d’Amérique impériale, et la conjoncture post-11 septembre allaient permettre la mise en œuvre d’une politique de puissance élaborée dix ans avant la chute du mur de Berlin. L’hyperpuissance allait ainsi imposer définitivement sa supériorité militaire (Donald Rumsfeld) et créer un ordre géopolitique nouveau qui commencerait par la recomposition du Moyen-Orient (Paul Wolfowitz) tout en marginalisant les opposants internes et externes (Dick Cheney).
La guerre d’Irak, conçue ex ante, voulue au point d’utiliser le mensonge d’État ad nauseum et d’y sacrifier le capital mondial de sympathie dont bénéficiait l’Amérique après le 11 septembre, devait être le levier de la nouvelle destinée américaine. Elle est en passe d’en devenir le linceul (1).
Le général Richard Myers, chef d’état-major interarmées, reconnaît que la guérilla fait preuve d’une réelle constance : avec 125 attaques mensuelles, près de 2 000 morts et sept fois plus de blessés, l’armée américaine est confrontée à une insurrection de plus en plus violente et qui améliore ses techniques. Sans durée, il ne saurait y avoir de puissance. Au Viêt-nam, l’Amérique avait tué la conscription ; en Irak, elle joue l’avenir de la professionnalisation de son armée.
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