Les difficultés de la guerre en Irak inquiètent les militaires américains et découragent l’opinion. Elles incitent Washington à redécouvrir les vertus du multilatéralisme comme de la prévention des crises et à mettre en sourdine une doctrine « préemptive » décalée au regard des résultats. Tirer le premier reste le fondement de la sécurité des États-Unis, et c’est bien à agir vite et loin que se prépare leur outil de défense.
Après trois ans de guerre en Irak, où en est la doctrine « préemptive » américaine ?
Three years of war in Iraq: whither American pre-emptive doctrine?
The difficulties of the war in Iraq are worrying the American military and turning public opinion. All of this is pushing Washington to rediscover the virtues of multilateralism in crisis-prevention and to reduce reliance on a pre-emptive doctrine whose results are far from those that theory might suggest. Firing the first shot remains fundamental to the security of the United States, which is why its forces are well prepared to act quickly and travel far.
Depuis 1945, tout président américain rédige sa National Security Strategy (NSS), chaque fois décrite comme la « doctrine stratégique présidentielle ». Celle de George W. Bush, publiée en septembre 2002, développe ainsi le concept de preemption (1). Pour comprendre la place de ce concept dans la stratégie de sécurité nationale américaine, le discours de Condoleezza Rice du 1er octobre 2002 (2) est tout à fait éclairant : la NSS n’annule pas cinquante ans de doctrine de containment et de dissuasion ; au contraire, pour répondre à de nouvelles menaces potentiellement catastrophiques, les États-Unis doivent être prêts à agir militairement avant qu’elles ne se soient totalement matérialisées. Ces actions offrent des options nouvelles contre des menaces pour lesquelles la dissuasion serait inopérante.
Deux références paraissent ici déterminantes : le 11 septembre 2001 et la guerre en Irak. Le 11 septembre a mis en évidence la « nature nouvelle de la menace » nécessitant l’adoption d’une nouvelle doctrine comprenant l’option « préemptive » ; tandis que la guerre en Irak serait un exemple de la mise en œuvre de cette option, au sens où l’on a frappé l’adversaire avant qu’il ne le fasse lui-même.
Notre projet est donc d’évaluer l’impact de cette guerre sur l’option « préemptive ». Nous nous replacerons dans une perspective double, historique et institutionnelle, pour tenter de conclure si cette option est appelée à être mise en œuvre régulièrement, ou s’il s’agit plutôt d’une rhétorique à valeur essentiellement dissuasive.
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