La revanche du barème de 1940
S’il est un domaine qui semble devoir répugner à l’usage de cette codification automatique qu’on appelle le barème, c’est bien apparemment celui de l’art de la guerre. Comment assujettir aux règles de l’arithmétique ce fantasque décevant qu’est le combat, drame toujours incertain engendré par le choc de trois forces instables, le courage, la pensée, le matériel, dont les deux premières sont, par essence, si fluctuantes ? N’est-ce pas d’ailleurs une offense au génie et à l’héroïsme, ces divinités suprêmes du culte guerrier, que de vouloir limiter les élans de l’esprit et du cœur à l’application de sèches, banales et anonymes formules, faisant de la guerre un art d’apothicaire ou d’épicier ?
Telle est, pour des esprits traditionnellement nourris de Plutarque, de César, de Napoléon, la réaction qui se rebelle confusément en nous lorsqu’il s’agit de soumettre les conceptions superbes et les envolées épiques à la toise prosaïque des barèmes. Oui, mais le barème se révèle cependant si commode que tout seigneur de la guerre en vient tôt ou tard à recourir aux services de cet auxiliaire modeste mais sûr, tant et si bien que le serviteur devient parfois le maître du maître.
Quand la formule remplace la pensée et que la facilité peut se substituer à l’effort, qui ne s’abandonnerait en effet au penchant de notre naturelle paresse ? La formule et le cliché sont les Maires du Palais de ce Roi fainéant qu’est notre esprit. Faut-il donc bannir de notre activité militaire le barème, ce serviteur prêt à devenir notre tyran ? Prenons garde : le barème est capable de se venger. C’est précisément l’histoire d’une de ces vengeances que nous allons conter.
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