À l'occasion du 50e anniversaire de l'Otan, l'auteur, spécialiste des relations internationales, des questions de défense et économiste éminent, nous fait part de ses réflexions sur les liens entre l'Europe et les États-Unis. Cet article reprend l'essentiel d'une communication présentée au colloque organisé les 1er et 2 avril 1999 à Paris par la Fondation Singer-Polignac.
Alliance atlantique et Europe de la défense : les faits sont têtus
Le cinquantième anniversaire de l’Alliance atlantique et le drame du Kosovo n’ont nullement ralenti l’ardeur des zélateurs de l’Europe de la défense. Bien au contraire : l’infatigable imagination des diplomates et des militaires a donné naissance à quantité de concepts très vite gravés dans le marbre des récents traités européens. De nouveaux sigles sont ainsi apparus, comme l’IEDS, la Pesc, les GFIM ou autres Occar ; mais si tous ces beaux projets n’ont pas dépassé le stade de la pure abstraction, si, comme le dit le ministre allemand de la Défense Rudolf Scharping, « nous avons trop d’institutions et pas assez de substance » (1), n’est-ce pas parce que certains problèmes de fond n’ont pas été examinés ? On se limitera ici à en retenir trois.
Premier problème : la concurrence des dépenses militaires avec les autres dépenses publiques
Cette concurrence a toujours existé, bien sûr. Pendant toute la guerre froide, la perception des menaces militaires soviétiques était tellement forte que les arbitrages budgétaires ont été souvent rendus en privilégiant la défense, surtout aux États-Unis. Même si c’est évidemment beaucoup moins net en ce qui concerne les pays européens (nous reviendrons sur ce point un peu plus loin), le résultat a été dans l’ensemble le même des deux côtés de l’Atlantique : les dépenses militaires ont été souvent préférées aux dépenses sociales ou, du moins, ont-elles freiné la croissance de ces dernières.
Il y a peu de chances qu’il en soit de même dans l’avenir. Pourquoi ? Tout simplement en raison du vieillissement de la population. Il est clair que les enfants que nous concevons présentement mourront au XXIIe siècle et auront donc connu trois siècles. La lecture du récent livre de Peter G. Peterson Gray Dawn dont Politique Internationale a récemment rendu compte (2), de même que Foreign Affairs, Courrier International et Newsweek, invite à réfléchir. Quelques chiffres donneront une idée de l’ampleur des phénomènes démographiques dans les pays de l’Otan.
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