Les minéraux critiques constituent un enjeu géopolitique majeur. L’ouvrage de Rivera et Zamanillo révèle comment la Chine domine désormais la chaîne de valeur des minéraux critiques (lithium, terres rares, etc.), transformant ces ressources en leviers de puissance. L’Occident, en retard, tente de relancer ses filières (UE, États-Unis, France), mais la course à l’autonomie et à l’innovation reste un défi face à la mainmise chinoise.
Among the books —Mining Industry and Geopolitics
Critical minerals represent a major geopolitical issue. Rivera and Zamanillo's book reveals how China now dominates the value chain of critical minerals (lithium, rare earth elements, etc.), transforming these resources into levers of power. The West, lagging behind, is attempting to revive its sectors (EU, United States, France), but the race for autonomy and innovation remains a challenge in the face of Chinese dominance.
Note préliminaire : À propos de l’ouvrage de Rivera Marta et Zamanillo Eduardo, L’industrie minière est morte. Vive la géopolitique minière – Comment la Chine et l’Occident ont transformé les minéraux critiques en levier de puissance géopolitique, QM Books (Canada), 2025, 286 pages.
L’industrie minière aujourd’hui, une chaîne de valeur complète
Cet ouvrage fort clair ne rentre pas des détails physiques ou économiques. Il soutient avec vigueur la thèse selon laquelle l’industrie minière ne se réduit plus à l’extraction de matières premières : les « minéraux critiques » (lithium, nickel, cuivre, graphite, etc.) et les terres rares (1) sont devenus des leviers de puissance, de souveraineté industrielle et de géo-politique. Selon les auteurs, ingénieurs des mines, qui ont travaillé dans plusieurs sociétés internationales, posséder un gisement, l’exploiter et en commercialiser les produits ne suffit plus. Ce qui compte, aujourd’hui, c’est de contrôler (ou au moins de sécuriser) toute la chaîne de valeur, depuis la transformation, le raffinage, la fabrication jusqu’aux technologies finales. À titre d’exemple, même si l’Australie détient près de la moitié des réserves de lithium, un élément indispensable pour les batteries électriques au lithium-ion, c’est la Chine qui le raffine pour l’intégrer dans ces batteries, dont elle assurait la production à hauteur de 75 %. En outre, les prix de ces batteries ont chuté de 30 %. Le soutien à la filière lithium s’est élevé à 100 milliards de dollars sur une décennie, selon un rapport de la Maison Blanche en 2021.
Or l’Occident, qui a longtemps possédé le leadership en matière minière et de transformation, a presque complètement abandonné ce secteur, en dehors des deux grands pays miniers que sont l’Australie et le Canada. On a vécu longtemps dans un modèle linéaire : on extrait à grande distance de chez nous, on produit loin de chez nous, on consomme ici et on envoie nos déchets ailleurs. Aucune mine n’a été ouverte en Europe depuis trente ans. On a trop souvent, insistent-ils, approché la mine comme un simple segment économique, avec des logiques juridiques/procédurales plutôt que stratégiques. La Chine, par contre, a mené une démarche d’ingénieur : investir dans la chaîne complète, s’assurer des approvisionnements, construire des raffineries, sécuriser les gisements. Cette stratégie lui permet d’avoir un avantage géostratégique dans les technologies de transition énergétique, l’Intelligence artificielle (IA), la défense (2), les télécommunications, etc. En vingt ans, elle s’est imposée comme la première puissance dans le commerce des terres rares. Elle contrôle aujourd’hui 90 % du marché mondial (3). Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE ou IEA), Pékin concentre plus de 60 % des extractions et plus de 90 % du raffinage. Une position très dominante, alors que la demande mondiale devrait augmenter de 50 % à 60 % d’ici quinze ans. La Chine fournit 98 % des aimants permanents utilisés par les industriels en Europe (ou le robot Optimus de Tesla) et près de 100 % de l’approvisionnement en terres rares lourdes, selon les données européennes. Ainsi, les États-Unis n’ont pas de capacité de production d’antimoine et 63 % de ses importations proviennent de Chine. Les exportations de cet obscur ingrédient des puces ont chuté de 97 % et les prix ont bondi de 200 %. Le graphite, composant essentiel des véhicules électriques, dont la Chine maîtrise 77 % de la production naturelle mondiale, 95 % de la production synthétique et 100 % de la filière du raffinage, est en cause.
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