Opérations Harpie contre l’orpaillage illégal en Guyane (© État-major des Armées)
La France est acteur stratégique des Amériques face à l’hégémonie américaine. Entre lutte contre le narcotrafic (record de saisies en 2025), coopération régionale (CARICOM, Celac) et tensions avec Washington (Groenland, doctrine « Donroe »), Paris doit affirmer son autonomie stratégique. Avec des territoires en Guyane et aux Antilles, elle joue un rôle clé dans la stabilité régionale, tout en défendant le multilatéralisme et le droit international face aux pressions américaines et chinoises.
Latin America Chronicle —France, a country in the Americas, and the US National Security Strategy
France is a strategic player in the Americas facing of American hegemony. Between the fight against drug trafficking (record seizures in 2025), regional cooperation (CARICOM, CELAC), and tensions with Washington (Greenland, the Donroe Doctrine), Paris must assert its strategic autonomy. With territories in French Guiana and the Antilles, it plays a key role in regional stability, while defending multilateralism and international law against American and Chinese pressure.
La Maison Blanche applique sur le continent américain sa nouvelle stratégie nationale de sécurité (NSS), publiée en novembre 2025, avec une énergie spectaculaire (1) : déploiement d’une armada inédite en mer des Caraïbes et dans l’est de l’océan Pacifique, raid militaire sur Caracas pour capturer Nicolás Maduro, blocus pétrolier du Venezuela et de Cuba, arraisonnements de « super tanker » appartenant à une flotte fantôme commerçant pour la Russie et l’Iran, menaces de frappes au sol au Mexique et en Colombie, pressions sur les États caribéens pour signer des accords d’accueil de migrants (2), revendications sur le Groenland, menaces de nouvelle hausse sur les tarifs douaniers…
La France est membre de la CARICOM (3), du groupe des pays de l’Amazonie, membre observateur du Système d’intégration centraméricain (Sica), de l’Organisation des États américains (OEA), de l’Alliance du Pacifique, et elle constitue un levier important de l’Europe auprès des organisations multilatérales comme la Communauté des États latino-américains (Celac) (4). Elle est donc directement concernée par la stratégie de sécurité nationale déployée par Washington dans les Amériques.
Dans ce contexte où le président Donald Trump tente d’imposer la loi du plus fort de manière méthodique et le plus rapidement possible, la France pourrait-elle être considérée par les Américains comme un « concurrent non hémisphérique » qu’il faudrait « empêcher […] de posséder ou contrôler des actifs stratégiques vitaux dans leur hémisphère » (p. 15) ? Ou bien sera-t-elle regardée comme un « gouvernement […] de la région qui partage globalement [les] principes et [la] stratégie […] » des États-Unis (p. 16) ? Quel positionnement diplomatique et stratégique la France peut-elle adopter face à un allié (ex-allié ?) qui ne la respecte pas, voire qui la menace (5) ? Plus que jamais, la sécurité de l’Amérique latine et des Caraïbes est un sujet intérieur français qui requiert une coopération régionale, malheureusement mise à mal par les tensions bilatérales entre la Maison Blanche et l’Élysée, notamment sur le dossier du Groenland
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