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Éditorial – Échec au poker (T 1801)

Jérôme Pellistrandi, « Éditorial – Échec au poker (T 1801)  », RDN, 16 février 2026

Le secrétaire d'État Marco Rubio prononce un discours lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 14 février 2026 (© Département d'État par Freddie Everett)
Le secrétaire d'État Marco Rubio prononce un discours lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 14 février 2026 (© Département d'État par Freddie Everett)

Entre l’échec américain en Iran (la répression est restée impunie), la guerre d’usure en Ukraine (qui entre dans sa 5e année) et les menaces transatlantiques, l’Alliance atlantique se fissure. Paris, longtemps isolé dans son plaidoyer pour l’autonomie stratégique, voit enfin l’Union européenne réagir — mais trop timidement et les vieux réflexes persistent. Pendant ce temps, Téhéran et Moscou jouent. Et gagnent.

Editorial —Poker failure

Between the American failure in Iran (the repression has gone unpunished), the war of attrition in Ukraine (now entering its fifth year), and transatlantic threats, the Atlantic Alliance is fracturing. Paris, long isolated in its advocacy for strategic autonomy, is finally seeing the European Union react—but too timidly, and old habits die hard. Meanwhile, Tehran and Moscow are playing their cards. And win.

Entre le Vénézuéla, la tentative de coup de force contre le Groenland et, de ce fait, l’Europe, le théâtre iranien a été l’occasion d’une répression effroyable par un régime corrompu et affaibli contre un peuple aspirant à juste un peu plus de liberté. Une fois de plus, malgré les rodomontades de Donald Trump, Téhéran est arrivé à passer outre et a gagné un nouveau délai pour se maintenir au pouvoir ; et ce, comme depuis des décennies.

Parallèlement, dans la quasi indifférence, Moscou poursuit sa politique de destruction systématique des infrastructures énergétiques ukrainiennes, pensant faire craquer la population et ainsi obliger à une capitulation. Tout en abreuvant les réseaux sociaux en Europe d’une propagande éhontée pour faire croire à l’effondrement imminent des armées ukrainiennes en prétendant que la poursuite de la guerre est due aux Européens qui refuseraient la main tendue par Moscou.

La semaine dernière, la conférence de Munich sur la sécurité a vu le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, essayer de se « rabibocher » avec les Européens, après le discours agressif de J. D. Vance, le vice-président américain l’an dernier. Au final, en un an, le lien de confiance – clé de l’Alliance atlantique – a été rompu par l’administration Trump, adepte du rapport de force, des coups de bluff et d’intimidation envers les faibles, tout en restant prudent face aux forts que sont Xi Jinping et Vladimir Poutine, notamment. Une année débridée et incohérente où l’hubris côtoie la mégalomanie, le kitsch et l’arrogance. Un début 2026, où les fronts se sont multipliés pour répondre à une approche idéologique remettant en cause des années de pratiques diplomatiques et de volontés de construire des espaces de prospérité loin des bruits des canons ; comme le projet européen, rattrapé depuis quatre ans par la volonté impérialiste du Kremlin. Ce conflit que Donald Trump prétendait régler en 24 heures va entrer dans sa cinquième année, sans que la détermination du Kremlin n’ait été ébranlée par l’échec de son « opération spéciale militaire » qui ne devait durer que quelques semaines…

Là encore, Donald Trump, qui croit avoir les cartes en main, n’a rien compris de la volonté de Vladimir Poutine ; ou peut-être l’a-t-il si bien compris que le « deal » proposé l’été dernier à Anchorage répondait parfaitement à sa vision simpliste du monde. Tant pis pour l’Ukraine et les Européens, juste des bons clients pour son industrie d’armement.

Paradoxalement, c’est davantage la violence de Donald Trump que celle de Vladimir Poutine qui a réveillé l’Europe de ses décennies de « dividendes de la paix » et d’un certain somnambulisme. Il faut préciser ici que Paris a toujours fait preuve de constance pour souligner le besoin de plus d’autonomie stratégique. Un discours vain pendant des années mais qui, aujourd’hui, est devenu central, y compris à Bruxelles. Cependant, le passage des mots à l’action reste compliqué et l’on voit encore certains membres européens de l’Alliance trop enclins à faire confiance à la Maison Blanche et penser que l’achat de F 35 est la bonne solution.

Quant à la malheureuse population iranienne descendue massivement dans la rue pour se faire massacrer, elle est la nouvelle perdante de cette stratégie inconsistante et violente de Washington, ne raisonnant qu’en termes de « deal » et de « business ». Les Ayatollahs ont su préserver leurs pions sur l’échiquier tandis que le joueur de poker a surtout cru au bluff. Certes, l’option de frappes demeure, mais le calendrier politique américain s’impose avec les mid-terms dans huit mois et, surtout, le 250e anniversaire des États-Unis, un anniversaire censé servir la gloire du « meilleur président » de l’histoire américaine si on écoute le locataire actuel de la Maison Blanche. ♦

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