Connexion
  • Mon espace
RDN Association loi 1904, fondée en 1939 RDN Le débat stratégique depuis 1939
  • Panier - 0 article
  • La Revue
  • e-RDN
    • Tribune
    • e-Recensions
    • Cahiers de la RDN
    • Débats stratégiques
    • Florilège historique
    • Repères
    • Brèves
  • Boutique
    • Abonnements
    • Crédits articles
    • Points de vente
    • Conditions générales de vente
  • Bibliothèque
    • Recherche
    • Auteurs
    • Anciens numéros
  • La RDN
    • Présentation
    • Comité d'études
    • L'équipe
    • Contact
    • Lettre d'infos
    • Agenda
  • Liens utiles
  • Mon espace
  • Connexion
  • Connexion

    Email :

    Mot de passe :

  • La Revue
  • e-RDN
    • Tribune
    • e-Recensions
    • Cahiers de la RDN
    • Débats stratégiques
    • Florilège historique
    • Repères
    • Brèves
  • Boutique
    • Abonnements
    • Crédits articles
    • Points de vente
    • Conditions générales de vente
  • Bibliothèque
    • Recherche
    • Auteurs
    • Anciens numéros
  • La RDN
    • Présentation
    • Comité d'études
    • L'équipe
    • Contact
    • Lettre d'infos
    • Agenda
  • Liens utiles
  • Accueil
  • e-RDN
  • Articles
  • Les Européens et leur défense : Une approche à revoir (T 1802)

Les Européens et leur défense : Une approche à revoir (T 1802)

Guy Vinet, « Les Européens et leur défense : Une approche à revoir (T 1802)  », RDN, 17 février 2026 - 8 pages

Donald Trump (États-Unis), Friedrich Merz (Allemagne), Volodymyr Zelensky (Ukraine) à Davos en janvier 2026 et Emmanuel Macron à Munich (© DR)
Donald Trump (États-Unis), Friedrich Merz (Allemagne), Volodymyr Zelensky (Ukraine) à Davos en janvier 2026 et Emmanuel Macron à Munich (© DR)

Face à la guerre en Ukraine, aux pressions américaines (Groenland, forum de Davos…) et à ses propres divisions, l’Union européenne peine à agir : budgets insuffisants, question de l'Otan, et bureaucratie paralysante. Pourtant, des pistes émergent (coalitions de volontaires, pilier européen dans l’Alliance atlantique), mais le temps presse.

Europeans and their defense: An approach that needs to be reviewed

Faced with the war in Ukraine, American pressure (Greenland, the Davos forum, etc.), and its own divisions, the European Union is struggling to act: insufficient budgets, the question of NATO, and paralyzing bureaucracy. Yet, some solutions are emerging (coalitions of the willing, a European pillar within the Atlantic Alliance), but time is running out.

« Il est très difficile d’être fort politiquement quand on est faible militairement »
Raymond Aron, Le spectateur engagé, 1980.

Depuis des mois, observateurs et experts ont souligné à l’envi que l’Union européenne (UE) n’était pas à la hauteur de la guerre que mène la Russie en Ukraine avec son train de conséquences. Il a été dit et répété ad nauseam que, dans cette circonstance, l’UE a fait la preuve de sa faiblesse géopolitique et de son impéritie stratégique. Au dossier ukrainien est venue s’ajouter l’évolution agressive des États-Unis à l’égard de l’Europe. Celle-ci se retrouve ainsi dans une situation de vulnérabilité stratégique, menacée de diverses manières sur son flanc oriental et inquiétée par une dépendance incertaine sur son flanc ouest.

L’Europe fait ainsi face à un défi stratégique majeur et multiforme qui mérite une grande attention. Il convient de sortir des schémas établis, d’élargir l’angle de vue et de mettre les véritables difficultés en perspective. Ainsi apparaît-il nécessaire de revisiter les récents événements à ce sujet, de poser la question des responsabilités et d’esquisser des solutions pragmatiques.

Les faiblesses intrinsèques de l’Union européenne

Longtemps, l’UE s’est rêvée en organisme universel de régulation avec sa capacité à édicter des normes qui étaient censées faciliter, harmoniser et protéger la vie de ses citoyens européens dans différentes sphères mais, également, inspirer, voire guider, les autres pays. La Commission européenne a excellé dans ce zèle normatif jusqu’à qu’il devienne contre-productif en Europe et modérément apprécié, même fermement critiqué et rejeté, au-delà. Ces désordres ont été soulignés par le chancelier allemand Friedrich Merz à Davos, de même que l’excessive bureaucratie de l’UE (1), dont la gouvernance complexe limite et ralentit les capacités à réagir.

Le principe de l’unanimité sur les questions de politique étrangère prend appui sur la souveraineté des États et, en conséquence, constitue un réel obstacle à la prise de décision conjointe et rapide. Il est en outre fréquent que les positions de la Commission européenne et celles du Conseil européen ne soient pas parfaitement alignées. Depuis le Traité d’Amsterdam (1997), la coopération renforcée est une option proposée à un nombre limité d’États de l’UE pour avancer dans un domaine particulier sans l’accord de tous ; cette possibilité a été étendue par le Traité de Lisbonne (2007). Ces outils destinés à donner de la souplesse aux États membres sont restés de portée limitée. Aujourd’hui et face à la guerre en Ukraine, une nouvelle voie a été proposée : la coalition des volontaires, qui ne se limite pas aux membres de l’UE. Cette option semble prometteuse. C’est probablement celle qui va s’imposer, comme l’a montré la décision prise en décembre dernier sur l’Ukraine.

Par ailleurs, l’UE n’est pas exempte de vaines prétentions. Elle entend expliquer à ses propres citoyens comment ils doivent voter et aux autres comment ils doivent se comporter sur un certain nombre de sujets sociaux, sociétaux et de politique interne. De longue date, l’UE s’est érigée en donneuse de leçons et s’est auto-promue comme phare de la civilisation occidentale ayant vocation à éclairer le monde. En recourant à l’arme économique qu’offrent son vaste et riche marché, ainsi que ses capacités financières d’assistance, elle s’est employée à répandre ses valeurs en matière de gouvernance et de libertés fondamentales. Bien que soutenue par les meilleurs sentiments et de louables intentions, cette démarche allie inconséquence et naïveté ; elle se révèle, in fine, contreproductive.

L’UE ne dispose pas des moyens pour faire entendre sa voix en matière de politique étrangère comme l’ont montré le cas de l’Ukraine et les questions palestinienne ou iranienne, pour prendre les exemples les plus récents. C’est parfois à raison que certains États extra-européens ont dénoncé les différences de traitement entre tel ou tel cas par l’UE, ce qui les a amenés à dénoncer son « double standard ». Il n’est jamais bon de mêler morale et politique.

L’histoire récente a fait litière de ces prétentions européennes ; il est temps de revenir à un peu plus de réalisme car, comme nous le suggère Raymond Aron : « une bonne politique se définit par son efficacité, non pas sa vertu » (2). L’UE s’est fondée sur les valeurs de la démocratie, des libertés et des droits de l’homme qui lui ont garanti paix, prospérité et stabilité. Elle n’a pas vocation à les véhiculer à l’extérieur mais, plutôt, à se constituer comme modèle que d’autres États et leurs populations pourraient éventuellement regarder pour s’en inspirer.

L’attractivité de l’Europe reste un sujet sensible. Vue d’Afrique ou d’Asie, l’UE apparaît souvent comme une terre de bonheur alors que ses propres citoyens en soulignent plutôt les faiblesses (3). Toujours attractive, l’UE devrait pouvoir, sans conditions, se poser en un modèle qui fasse rêver les citoyens d’autres continents comme ce fut le cas avec l’American Way of Life (« Mode de vie à l’Américaine ») qui a fait fantasmer des générations d’Européens.

Les flux migratoires venus d’Afrique et du Proche-Orient qui n’ont cessé de déferler sur l’Europe depuis le pic de 2015 en attestent le pouvoir d’attraction, mais leur gestion catastrophique en obère les potentialités. Non seulement l’immigration illégale en Europe sape les principes mêmes d’une immigration naturelle et nécessaire mais, de plus, elle fragilise les sociétés qui l’accueillent de manière contrainte.

Davos 2026 ou la vulnérabilité européenne au grand jour

La faiblesse première de l’Europe n’est ni économique, ni commerciale, elle est géopolitique et stratégique comme le montrent de très récentes péripéties. L’épisode du Groenland et le discours ahurissant du président américain Donald Trump à Davos le 21 janvier 2026 (4) ont marqué les esprits européens. Finalement, ces derniers ont, sans en avoir été vraiment conscients, conduit le président américain à revoir sa position. C’est probablement la menace européenne de reconsidérer le « deal » commercial entre l’UE et les États-Unis qui a joué en faveur de la première (5) et entraîné un assouplissement américain sur la question du Groenland. C’est du moins ce que nombre de dirigeants européens aiment à penser.

En revanche, le discours du Premier ministre canadien Mark Carney dans la même enceinte de Davos (6) la journée précédente a mis en exergue des perspectives que les Européens ne devraient pas ignorer plus longtemps (7). Avec modération et fermeté, il a souligné l’importance des puissances moyennes qui ont tendance à se mésestimer et qui doivent, au contraire, affirmer leurs forces et leurs valeurs contre les différents impérialismes, et cesser de se lamenter sur l’évolution du monde. Les questions relatives au droit international, au libre-échange commercial et à la défense collective doivent être réexaminées par les Européens car, au bout du compte, il s’agit davantage de fictions que de solides réalités (8). Le Premier ministre canadien invite ainsi les Européens, notamment, à arrêter de se payer de mots sur des notions dépassées et à verser dans la voie d’une autonomie concrète. Il encourage les puissances moyennes à faire cause commune afin de ne pas se laisser vassaliser davantage par les puissances impériales que sont aujourd’hui la Chine, les États-Unis et la Russie. Toutefois, comme l’a souligné le 2 février dernier l’ancien président de la banque centrale européenne, Mario Draghi, l’addition de petits ou de moyens ne fait pas nécessairement un bloc puissant (9).

Le 26 janvier dernier, le secrétaire-général de l’Otan, Mark Rutte, s’adressait à des parlementaires européens (10). Il soulignait qu’en dépit des récents efforts, l’Union européenne n’était pas en mesure de se défendre efficacement sans le concours des États-Unis. Cette considération, au réalisme un peu aride, douchait la naïveté de certains Européens, dont les Français. Il s’agit pourtant d’une réalité peu contestable aujourd’hui, qui ne signifie pas pour autant qu’elle soit destinée à se pérenniser pour les décennies futures. Le secrétaire-général de l’Otan est dans son rôle d’assurer, voire de renforcer la cohésion de l’Alliance atlantique en ces temps incertains. C’est également son devoir de mettre les Européens face à leurs responsabilités au-delà des discours convenus et émollients. Enfin, il n’y a pas incompatibilité entre la volonté de l’UE de renforcer son autonomie stratégique et celle de l’Otan de rappeler sa mission et ses atouts. Le retrait américain annoncé de deux hauts postes de commandement Otan aux États-Unis et en Europe doit être apprécié à cette aune (11).

Quand l’Union européenne affirme sa volonté de se doter de capacités de commandement et de contrôle, de planification et de renseignement, on ne peut que souligner le risque de duplication avec l’Otan qui a déjà, historiquement et largement, ces moyens. Par ailleurs, il existe depuis vingt ans un état-major militaire de l’UE sur la fonction duquel il est permis de s’interroger.

L’épisode Davos/Groenland a mis en lumière la volatilité d’une Alliance atlantique où un des membres a pu menacer de s’en prendre physiquement à un autre et la cohésion de l’UE qui n’a pas eu à utiliser son instrument anti-coercition pour calmer le président américain. Si l’affaire est close pour l’instant, rien ne permet de dire qu’elle ne peut pas resurgir ultérieurement sous une autre forme et avec des risques similaires, voire aggravés. Les Européens auraient tort de croire à un retour à la normale et doivent impérativement tirer les leçons de ce fâcheux précédent. Le soulagement ne doit pas l’emporter sur la prudence et l’anticipation.

Après les déclarations du vice-président américain J. D. Vance à la conférence de Munich en 2025, le traitement de la guerre en Ukraine par les États-Unis incluant leur arrêt de l’aide militaire, le « deal » commercial entre l’UE et Washington de l’été 2025, la nouvelle stratégie de sécurité nationale publiée par Washington en novembre 2025 assortie de sa volonté de réduire les effectifs militaires stationnés en Europe, les desseins américaines sur le Groenland ont confirmé que, au sein de l’Alliance atlantique, les Américains ne considèrent plus les Européens comme de vrais alliés.

Un effort européen insuffisant

L’UE sait, en principe, ce qu’elle devrait faire : investir sérieusement dans ses capacités militaires en intégrant ses moyens de planification et d’achats, en diversifiant ses partenaires commerciaux et en réduisant ses risques dans les domaines d’économie critique et sensible, de l’énergie et la technologie à la finance et aux chaînes d’approvisionnement. Elle doit construire un outil militaire en renforçant sa résilience industrielle et économique.

Le plan ReArm Europe prévoit d’investir jusqu’à 800 milliards d’euros d’ici 2030 pour des dépenses militaires en recourant à une clause dérogatoire du pacte de stabilité afin d’éviter une procédure pour déficit excessif. Ces sommes permettraient aux États membres d’augmenter leurs dépenses militaires jusqu’à 3,5 % de leur PIB. Pour réussir, la mise en œuvre de ce plan doit surmonter quelques difficultés : la bonne volonté de tous les États de l’UE à jouer le jeu, le choix de la qualité et de la pertinence des domaines d’investissements, et la priorité donnée au Made-in-Europe. Pour mémoire, le plan n’a pas de caractère contraignant et, aujourd’hui, les investissements européens en matière de défense sont largement inférieurs à ceux des États-Unis ou de la Chine ; 54 % des importations d’armes en Europe proviennent des États-Unis (12).

À l’égard de l’Ukraine, l’UE a accordé au pays un prêt de 90 milliards d’euros dont les deux tiers sont prévus pour faire face à des dépenses militaires, le reste servant à combler le déficit budgétaire du pays. Pour la part militaire, l’objectif est d’en dépenser 65 % sur des produits et composants européens. Actuellement, l’UE dépense 0,2 % de son PIB pour aider l’Ukraine ; ce pourcentage devrait être doublé pour fournir une aide qui soit soutenable et efficace dans le temps (13). Ainsi, afin d’éviter l’effondrement du pays, l’Europe doit augmenter significativement son budget militaire. Toutefois, même avec les moyens militaires nécessaires, l’Europe n’est pas en position, politiquement, de se frotter à la Russie, cette dernière ne reconnaissant que les États-Unis comme interlocuteur valable.

En marge de l’UE, la coalition des volontaires, lancée sous impulsion franco-britannique, planifie, dans l’éventualité d’un accord de cessez-le-feu en Ukraine, des opérations de reconstruction et de réarmement du pays ainsi que le déploiement d’une opération de contrôle de la cessation des hostilités. Aujourd’hui, on imagine assez mal la Russie accepter une telle option. Si cela était, les Européens seraient bien en mal d’agir seuls. Ils auraient besoin des Américains en matière de renseignement, de logistique, de défense anti-aérienne, d’aide au commandement et, surtout, de leur garantie d’assistance si les choses tournaient mal. Nous sommes donc bien loin d’une autonomie stratégique européenne, incontestablement nécessaire à terme, mais encore fantasmée aujourd’hui.

Incidemment, on note que le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, vient de proposer ces jours derniers la mise sur pied d’une coalition de volontaires sur les questions de l’intelligence artificielle et du numérique. Le concept fait école et pourrait, au bout du compte s’imposer au nom du pragmatisme (14).

En bref, depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine en février 2022, l’UE s’agite et parle beaucoup pour des résultats bien maigres, comme l’a souligné le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, en dénonçant les retards constants de l’Europe à fournir à son pays ce dont il a besoin pour résister à l’envahisseur avec sa formule choc : « L’Europe aime parler d’avenir et évite d’agir dans le présent. (15) »

Une gouvernance de sécurité et de défense européenne à inventer

Il apparaît tous les jours de manière plus patente que l’Union européenne n’est pas l’instrument adéquat pour affronter les turbulences internationales d’un environnement stratégique en pleine évolution. Entre un présent caractérisé par le conflit en Ukraine et un lien transatlantique fragilisé et un futur riche de nombreuses menaces extérieures à l’Europe, l’UE gère principalement sa communication. Si les forums de discussions et les outils de coopération existent, un pôle de décision manque cruellement. De surcroît, l’UE n’est pas l’Europe et cela est d’autant plus vrai depuis le Brexit. Des pays comme l’Islande, la Norvège, le Royaume-Uni et la Suisse ou la Moldavie et ceux des Balkans occidentaux sont également intéressés, à divers titres, par la sécurité européenne. L’UE dispose de capacités financières certaines pour agir dans les domaines évoqués, mais elle est entravée par un défaut de gouvernance combiné à un excès de bureaucratie.

La Communauté politique européenne (CPE) avec ses 47 États du continent semble constituer le premier niveau de discussions et d’échanges dans le domaine de la sécurité européenne. Cette structure informelle ne devrait pas évoluer vers une « nouvelle usine à gaz » mais se limiter à un véritable lieu de consultations et de débats permettant, au niveau le plus large, d’évaluer les risques majeurs et de dégager les grandes orientations.

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) devrait être aussi un forum important sur ces thématiques mais elle est aujourd’hui parasitée par la guerre russe en Ukraine, fragilisée par une attitude américaine équivoque et détournée de sa mission fondamentale par des activités accessoires. Elle retrouvera sa pertinence et son opérationnalité lorsqu’une cessation des hostilités aura été obtenue en Ukraine et que tous les acteurs concernés pourront, ou devront, dialoguer à nouveau.

L’Otan serait l’outil idoine, mais les Américains y jouent actuellement un rôle ambigu, susceptible de freiner ou distraire les Européens dans leurs initiatives. Pour être efficace vis-à-vis des problématiques européennes de sécurité, l’Otan doit accepter la réalité d’un pilier européen autonome en son sein tel que cela avait été envisagé dans les années 1990 avec l’Identité européenne de sécurité et de défense (IESD). Celle-ci, apparue dans le concept stratégique de l’Alliance atlantique de 1991, avait ensuite progressivement disparu au gré des querelles byzantines opposant alors l’Otan, l’UE naissante et l’Union de l’Europe occidentale (UEO) en fin de vie. Par ailleurs c’était le moment où la France envisageait sérieusement de rejoindre la structure militaire de l’Alliance atlantique. On sait ce qu’il advint de tout cela : peu de choses. Il n’en demeure pas moins que l’Otan reste l’organisation de défense collective européenne la plus élaborée à ce jour. À cet égard, le chancelier allemand, Friedrich Merz, a exprimé une position claire à l’occasion de la Conférence sur la sécurité de Munich, le 13 février 2026, en déclarant que « notre plus importante priorité pour nous est de renforcer l’Europe au sein de l’Otan » (16). Lors de ce même événement, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, s’est montré beaucoup plus ouvert à l’endroit de l’Europe que l’avait été le vice-président américain J. D. Vance l’année dernière. Il a souligné l’immense héritage européen, artistique et intellectuel, il a rappelé que « les États-Unis et l’Europe sont liés par des liens indissolubles » et que son pays a besoin d’une Europe forte (17). Il reste à savoir quelle sera la portée réelle de ce discours dans les faits, mais il semble de nature à adoucir certaines tensions transatlantiques.

La question cruciale est celle de la capacité à prendre des décisions rapides, pertinentes et conséquentes. Au sein de l’Otan, tout reste possible sous réserve d’éclaircir les relations entre États-Unis et Europe. Pour l’Union européenne, l’affaire est plus compliquée compte tenu du mode de prise de décision en matière de politique étrangère et de sécurité commune. Pour contourner l’obstacle et élargir l’approche, un organe décisionnel spécifique, restreint sans être limité à l’UE et fort doit mis en place. Seuls quelques États disposant des moyens militaires crédibles devraient constituer cette sorte de conseil de sécurité. Ce « conseil » serait l’organe décisionnel et de conduite politique des coalitions de volontaires proposées face à tel ou tel défi sécuritaire. Il pourrait être composé du Triangle de Weimar (Allemagne, France et Pologne) auquel s’ajouteraient le Royaume-Uni compte tenu de sa dimension militaire et l’Italie par souci d’équilibre géographique. L’Espagne, la Norvège et la Turquie pourraient également rejoindre et compléter cet organe. Une telle configuration ne peut voir le jour sans l’assentiment de tous les autres pays. Ainsi, au-delà des structures et à travers elles, les États doivent prendre leurs responsabilités en faisant fi des représentations anciennes et dépassées et en anticipant les scénarios les plus défavorables selon le plus large spectre.

Conclusion

Sur les questions de sécurité et de défense internationales, l’Union européenne ne convient pas. Sa structure, son mode de gouvernance et son périmètre géographique ne correspondent pas à la finalité recherchée : faire face aux menaces et risques de tous types et sur tous fronts éventuels que les Européens dans leur ensemble doivent identifier, anticiper et affronter.

Avec les outils existants (CPE, OSCE, Otan, UE), les Européens doivent faire preuve d’un pragmatisme éclairé et sophistiqué en recherchant la voie qui combine une rapidité de décision opérationnelle et budgétaire avec une allocation et mise en œuvre des moyens nécessaires sur la base d’une stratégie englobante et de long terme. Cela exige une prise de conscience indépendante des vues du passé et des enjeux particuliers du présent.

Pour l’heure, on ne saurait dire que l’Europe a été à la hauteur de l’histoire. L’horloge tourne et il est encore temps d’en infléchir le cours. ♦


(1) « Special Address by Friedrich Merz, Federal Chancellor of Germany », 23 janvier 2025 (www.weforum.org/).
(2) Aron Raymond, « Lettre ouverte d’un jeune Français à l’Allemagne », Commentaire, n° 192, page 858.
(3) L’ancien président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, in Boudet Jean-François, « L’attractivité fiscale de l’Union européenne », Gestion & Finances publiques, avril 2020, p. 123-129 (https://droit.cairn.info/).
(4) « Davos 2026: Special Address by Donald J Trump, President of the United States of America », 21 janvier 2026 (www.weforum.org/).
(5) Balfour Rosa, « The EU finally used an economic threat against Trump. But the markets forced his climbdown », The Guardian, 24 janvier 2026 (www.theguardian.com/).
(6) « “Bâtir quelque chose de meilleur” : le discours intégral de Mark Carney à Davos », Le Grand Continent, 21 janvier 2026 (https://legrandcontinent.eu/fr/2026/01/21/le-discours-integral-de-mark-carney-a-davos/).
(7) El Karoui Hakim, « Avec Mark Carney, réinventons l’Occident ! », L’Opinion, 26 janvier 2026.
(8) Llorca Raphaël, « Les lunettes d’Emmanuel Macron, le discours de Mark Carney : les leçons de Davos », L’Opinion, 26 janvier 2026.
(9) « Mario Draghi : Les fondements de l’Europe nouvelle », Le Grand Continent, 2 février 2026 (https://legrandcontinent.eu/fr/2026/02/02/mario-draghi-les-fondements-de-leurope-nouvelle/).
(10) « Remarks by NATO Secretary General Mark Rutte », 26 janvier 2026 (www.nato.int/).
(11) Agence France Presse (AFP), « Les États-Unis renoncent à deux commandements, mais en gagnent un autre », La Presse, 9 février 2026 (www.lapresse.ca/).
(12) Mirlicourtois Alexandre, « Réarmer l’Europe : la politique face à la réalité », XERFI Canal, 27 janvier 2026 (https://www.xerficanal.com/).
(13) Ciaramella Eric et Besch Sophia, « Fortress Ukraine —How a Coalition of the Willing Can Rearm Kyiv Without Washington », Foreign Affairs, 27 janvier 2026.
(14) « La coalition de Pedro Sánchez contre le “Far West numérique” : discours intégral », Le Grand Continent, 4 février 2026 (https://legrandcontinent.eu/).
(15) « “Les Européens sont restés en mode Groenland” : le discours choc de Zelensky à Davos en intégralité », Le Grand Continent, 22 janvier 2026 (https://legrandcontinent.eu/).
(16) « Friedrich Merz Remarks @ MSC 2026 (Transcript) », The Singju Post, 14 février 2026 (https://singjupost.com/).
(17) « “Notre destinée nous attend ensemble” : Le discours intégral de Marco Rubio à Munich », Le Grand Continent, 14 février 2026 (https://legrandcontinent.eu/).

Partagez...

  • Accéder aux tribunes

Février 2026
n° 887

Décision politico-militaire et commandement : repenser l’efficacité stratégique

Je participe au débat stratégique


À vos claviers,
réagissez au dossier du mois

 

Actualités

16-02-2026

Opération Chammal : décès d’un militaire français en opération au Levant

11-02-2026

Transrade : Du nouveau pour la rade de Brest

09-02-2026

Sophie Adenot décollera vers la Station spatiale internationale le 11 février pour la mission Epsilon de l’ESA

06-02-2026

Un niveau historique de commandes passées par la DGA en 2025

02-02-2026

Centenaire de Valéry Giscard d'Estaing

Adhérez au CEDN

et bénéficiez d'un statut privilégié et d'avantages exclusifs (invitations...)

Anciens numéros

Accéder aux sommaires des revues de 1939 à aujourd’hui

Agenda

Colloques, manifestations, expositions...

Liens utiles

Institutions, ministères, médias...

Lettre d'infos

Boutique

  • Abonnements
  • Crédits articles
  • Points de vente
  • CGV
  • Politique de confidentialité / Mentions légales

e-RDN

  • Tribune
  • e-Recensions
  • Cahiers de la RDN
  • Florilège historique
  • Repères

Informations

La Revue Défense Nationale est éditée par le Comité d’études de défense nationale (association loi de 1901)

Directeur de la publication : Luc de Rancourt

Adresse géographique : École militaire,
1 place Joffre, Paris VII

Nous contacter

Tél. : 01 44 42 31 90

Email : contact@defnat.com

Adresse : BP 8607, 75325 Paris cedex 07

Publicité : 01 44 42 31 91

Copyright © Bialec Tous droits réservés.