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  • Revue n° 349 Novembre 1975
  • Outre-mer - La Conférence de Lima - Affaire Claustre (Tchad) : une rébellion en miettes et la coopération en cause

Outre-mer - La Conférence de Lima - Affaire Claustre (Tchad) : une rébellion en miettes et la coopération en cause

Bernard Guillerez, Bernard Brionne, « Outre-mer - La Conférence de Lima - Affaire Claustre (Tchad) : une rébellion en miettes et la coopération en cause  » Revue n° 349 Novembre 1975 - p. 164-169

La conférence de Lima

La cinquième conférence des ministres des Affaires étrangères des pays non-alignés s’est réunie à Lima du 26 au 30 août 1975 pour préparer la conférence des chefs d’État et de gouvernement qui se tiendra à Colombo (Sri Lanka) en août 1976 et pour définir une attitude commune à adopter au cours des débats de la session extraordinaire de l’ONU qui, à partir du 1er septembre, devait traiter du développement et de la coopération internationale. 88 États africains, américains ou asiatiques participaient à cette Conférence en tant que membres du groupe. Parmi eux, les pays de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), à l’exception des Comores, constituaient à eux seuls la majorité ; l’Asie comptait 13 États participants dont le plus important était l’Inde ; le Proche-Orient 12, à savoir tous les pays de la péninsule arabique, plus Bahreïn, la Syrie, le Liban, l’Irak et la Jordanie ; l’Amérique latine 6 ; étaient présents en outre Chypre, Malte et la Yougoslavie, cofondatrice du groupe en 1956 avec l’Inde et l’Indonésie, Les observateurs étaient représentés par 8 États d’Amérique latine ou des Antilles, par les Comores, par tous les mouvements africains de libération de l’Angola (à l’exception de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola ou UNITA), des Seychelles, de la Namibie, de la Somalie, de l’Afrique du Sud et de la Rhodésie (Zimbabwe African National Union ou ZANU et Zimbabwe African People Union ou ZAPU et non l’African National Congress ou ANC qui regroupe ces partis depuis décembre 1974), par le Parti socialiste de Porto Rico et par l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).

Après le discours d’ouverture prononcé par le président de la République péruvienne, le général Velasco Alvarado, le débat porta sur l’admission de nouveaux membres, Il avait été préparé par le Comité de coordination, créé à Alger en 1973, dont l’Algérie assure la présidence et qui comprend 17 États, Panama, la Corée du Nord, le Vietnam du Nord et l’OLP ont été admis à siéger comme membres à part entière. Mme Binh, ministre des Affaires étrangères du Vietnam du Sud, s’est opposée à l’admission des Philippines et de la Corée du Sud qui hébergent des bases militaires américaines ; toutefois, les Philippines ont été acceptées comme invité avec le Guatemala, l’Autriche, la Finlande, la Suède, l’Australie, le Costa Rica, le Honduras, la Roumanie et le Portugal. La candidature de Lisbonne comme membre à part entière avait été posée par l’Algérie, soucieuse d’encourager les efforts déployés par le « Mouvement des Forces Armées » afin de mettre en place un régime militaire analogue à ceux que connaissent actuellement en Afrique, l’Éthiopie, l’Algérie, le Congo, le Mali, et en Amérique latine le Pérou. Le Zaïre s’y était opposé pour protester contre la politique portugaise en Angola : l’amiral Rosa Coutinho, qui représentait son gouvernement à Lima, n’avait pas fait acte de candidature en raison du maintien du Portugal dans l’Otan. El Salvador et Grenada ont été acceptés avec le statut d’observateurs.

Après ces premiers affrontements, des commissions politique et économique furent désignées. Leurs travaux rencontrèrent les difficultés que la conférence au sommet de l’OUA, réunie quelques semaines auparavant, avait connues : les pays les plus pauvres reprochaient aux producteurs de pétrole leur attitude égocentriste. Déjà le général Velasco Alvarado, dans son discours d’ouverture, avait donné le ton. « Certains d’entre nous, avait-il déclaré, disposent de ressources économiques considérables et ne les utilisent que dans une faible proportion pour le soutien et l’aide aux pays frères : en revanche elles sont investies dans des pays qui jouissent d’un haut degré de développement économique ». Cette remarque n’était pas pour déplaire à la plupart des pays africains qui, bien qu’ils eussent accepté d’admettre l’OLP parmi les membres jouissant du droit de vote à la Conférence, en profitèrent pour discuter âprement la résolution, proposée par l’organisation palestinienne, demandant l’exclusion d’Israël de l’ONU.

La confusion des débats fut accentuée par divers incidents : l’annonce du coup d’État qui, le 29 août, venait de déposer le Président péruvien Velasco Alvarado au profit du Premier ministre, le général Francisco Morales Bermudez ; les difficultés du gouvernement argentin ; l’éviction du Premier ministre Vasco Gonçalves du gouvernement de Lisbonne ; enfin les travaux du comité des « vingt-quatre » qui préparait la session spéciale de l’ONU et dont les préoccupations immédiates interféraient dans les débats. Ce comité est l’émanation du groupe dit, à l’origine, des « soixante-dix-sept », aujourd’hui constitué, dans l’organisation internationale, par 104 pays en voie de développement et détenant la majorité des voix à l’assemblée générale. À la même époque, M. Kissinger avait ouvert la négociation entre Israël et l’Égypte pour régler le problème du Sinaï sans avoir encore abordé ni celui du Golan qui oppose Tel-Aviv à Damas, ni celui des Palestiniens en faveur desquels les États arabes, l’OUA et même l’ensemble des pays non-alignés avaient adopté, en 1974, une position apparemment intransigeante.

Par ses nuances, le document adopté par la Conférence de Lima le 29 août reflète certaines des préoccupations du moment. Ses 62 pages se divisent en deux parties et comportent quatre résolutions. Le premier texte, dit « programme de solidarité et d’assistance mutuelle de Lima », traite de la situation internationale en général et souligne que la « détente Est-Ouest crée des conditions favorables pour résoudre les problèmes de la guerre froide circonscrits entre les zones développées du monde ». Il aborde ensuite des problèmes particuliers allant de la situation du Proche-Orient au statut de la femme en passant par la coopération dans le domaine sportif. Les points les plus intéressants concernent Israël, les Comores, le TFAI, l’océan Indien, l’Afrique australe et le Sahara occidental.

Les pays non-alignés sont appelés, devant les agressions continues d’Israël contre les pays arabes et les violations persistantes de la Charte et des résolutions de l’ONU, à « examiner d’autres mesures conformément aux dispositions du chapitre VII de la Charte ». Ce chapitre prévoit les procédures à suivre en cas de sanction, y compris la possibilité d’expulsion des pays qui violent la Charte. Les décisions de Lima sont donc identiques à celles prises au douzième « sommet » de l’OUA : il s’agit de renforcer la pression sur Israël par une série de sanctions pouvant aller jusqu’à l’expulsion mais non de l’application immédiate de cette dernière mesure comme le réclamaient les Palestiniens. La conférence salue la proclamation de l’indépendance faite par le peuple des Comores et demande à la France de retirer ses troupes de ce territoire ; elle affirme son « soutien à l’indépendance immédiate et inconditionnelle du peuple de la Côte des Somalis qu’on appelle le Territoire des Afars et des Issas (TFAI) ». Elle condamne le renforcement de la présence militaire des grandes puissances dans l’océan Indien, notamment le développement de la base de Diego Garcia, louée par les États-Unis, et invite les États du littoral à « ne pas octroyer de facilités aux marines de guerre et aux avions militaires des grandes puissances ». Cette phrase vise en particulier la Somalie et le Sud-Yémen pour leurs accords avec l’Union soviétique, le Kenya et surtout le Sultanat d’Oman, qui ont une coopération militaire avec la Grande-Bretagne, et le TFAI, sur le territoire duquel se trouve une base française, pour le cas où un nouveau statut lui serait accordé. Rien de bien nouveau n’est mentionné concernant l’Afrique du Sud sinon que les pays non-alignés ont « noté avec inquiétude le resserrement des relations de ce pays avec le Paraguay, l’Uruguay et le Chili » et la « coopération croissante avec Israël dans les domaines militaire, politique, diplomatique et économique ». Quant au problème du Sahara occidental, « les manœuvres espagnoles pour entraver la procédure engagée devant la Cour internationale de La Haye à la demande conjointe du Maroc et de la Mauritanie » sont seules mises en accusation et la Conférence appuie les revendications du Maroc sur les enclaves de son territoire encore placées sous juridiction espagnole (Ceuta, Melilla et les Îles Safarines [NDLR 2025 : Zaffarines]).

Le second texte est intitulé « Stratégie pour le renforcement de l’unité et de la solidarité des pays non-alignés et pour la réalisation d’un nouvel ordre économique international ». Ce plan d’action reprend les grandes lignes de celui qui fut défini au « sommet » d’Alger en 1973 ; il comporte en outre quatre dispositions qui font l’objet de résolutions particulières : création d’un fonds de solidarité pour le développement économique et social des pays non-alignés, auquel chaque pays membre contribuera à raison de 500 000 droits de tirage spéciaux (environ 2 750 000 FF) payables en quatre versements annuels ; fonds qui sera complété plus tard par des contributions additionnelles volontaires ; création d’un fonds spécial de régulation du prix des matières premières dont un groupe d’experts est chargé d’étudier la forme pour février 1976 -, création d’un conseil des Associations des pays en voie de développement (« groupe des 77 ») producteurs et exportateurs de matières premières, conseil qui regroupera les associations déjà existantes et s’efforcera d’en créer de nouvelles si les travaux des experts désignés par la Conférence de Dakar (février 1975) sont satisfaisants ; création d’un fonds de solidarité pour la reconstruction des pays d’Indochine « qui ont subi les assauts de l’agression impérialiste » (contributions volontaires).

On notera également avec intérêt l’appel adressé par les pays non alignés au « groupe des 77 » et relatif à la Conférence de Paris sur l’énergie et les matières premières. Ce texte aurait été proposé par la Yougoslavie et l’Argentine ; il demande que les pays en voie de développement désignent, dans le cadre de l’ONU, leurs représentants à la Conférence de Paris et définissent une politique commune à tout le Tiers-Monde dans les domaines traités par cette réunion internationale. Cet appel à une représentation plus équitable des pays en voie de développement à la « concertation » patronnée par le président de la République française peut apparaître dans une certaine mesure comme une sorte de défiance à l’égard de l’Algérie qui avait été chargée par la Conférence d’Alger de coordonner les positions du Tiers-Monde dans le domaine de l’énergie, des matières premières et du développement.

La Conférence de Lima était à peine achevée que s’ouvrait la 7e session extraordinaire de l’ONU sur le développement et la coopération économique internationale, au cours de laquelle M. Bouteflika, ministre algérien des Affaires étrangères, s’affirma le porte-parole le plus percutant des thèses des pays non-alignés. Malgré la volonté de dialogue exprimée tant par celui-ci que par le représentant des États-Unis, les plans proposés restent difficilement conciliables : d’un côté, Washington ne veut que renforcer la coopération économique internationale dans le cadre et l’esprit des institutions actuelles ; de l’autre, Alger s’en tient au programme qui fit l’objet du discours prononcé par le président Boumédiène devant l’ONU en 1974 et qui trace le schéma d’un nouvel ordre économique mondial grâce auquel les pays riches et pauvres seraient appelés à coopérer sur un pied d’égalité dans les domaines monétaires et économiques.

Bernard Brionne

Affaire Claustre : une rébellion en miettes et la coopération en cause

L’épilogue d’une affaire, s’il en supprime les difficultés, n’efface pas les questions qu’elle a fait surgir. Certes, il est des agissements qui provoquent l’indignation, qui suscitent le désir de représailles, mais cette irritation ne peut mener bien loin, aussi profonde soit-elle. L’affaire Claustre est assez exemplaire en ce sens. Le cœur n’a pas cessé de donner libre cours à ses impulsions et comment aurait-il pu en être autrement ? Peu lui importent les erreurs commises au départ, que lui importent les obstacles, voire les raisons : à la spontanéité de ses sursauts, il entend bien que répondent des actions d’éclat. La presse, la radio et la télévision ont suffisamment motivé de tels réflexes pour qu’il soit bien utile à notre tour d’en faire le thème de nos considérations. Demandons-nous plutôt comment il se fait que le gouvernement tchadien puisse si mal tenir son pays alors qu’un chef rebelle sait si bien tirer parti de son attitude ; examinons surtout les conséquences d’une telle affaire sur les relations franco-africaines. Le dernier repas de Mme Claustre au Tibesti aura-t-il refroidi que les causes de son drame ne seront pas éteintes, non plus que ses répercussions.

Ce tour d’horizon commence au soir du 21 avril 1974 à Bardai, dans l’extrême nord du Tchad, à la limite des zones que le président Tombalbaye a, dit-on, concédées à la Libye en échange de sa neutralité envers la rébellion. Mme Claustre, ethnologue du CNRS s’y prépare à étudier des tombes préislamiques. C’est le docteur Stacwen, homme étrange dont on ne sait pas grand-chose sinon qu’il est le neveu de l’ancien président Heinemann d’Allemagne fédérale, qui a incité la jeune Française à se rendre ainsi dans cette région où ses recherches pouvaient trouver quelque intérêt. Il est vrai que c’est munie de tous les papiers officiels tchadiens que Mme Claustre a fait ce déplacement. Des autorisations accordées par une administration qui n’avait aucun contrôle réel sur cette partie du territoire depuis la création du FROLINAT en 1966. Où fut alors l’inconscience ?

Toujours est-il qu’en ce soir du 21 avril des hommes de main de Hissène Habré capturent Françoise Claustre, Marc Combes et le docteur Staewen dont l’épouse trouve la mort (par erreur, dira le chef des rebelles Toubous) au cours de l’opération. Les autorités de Bonn réagissent avec célérité : leur ressortissant est ainsi libéré contre une rançon de quatre millions de francs, rançon officielle car certains renseignements inclinent à penser qu’une « rallonge » de nature inconnue a été consentie. La France intervient par l’intermédiaire de M. Puissant dont les coudées sont d’autant moins franches que se joue l’élection présidentielle. La question est en effet d’importance : convient-il de court-circuiter le gouvernement tchadien au détriment des accords de coopération ? Personne ne se rend encore bien compte que le régime du président Tombalbaye sombre dans la turpitude. Des actions militaires sont menées à sa demande, plus néfastes qu’efficaces jusqu’au moment où il acceptera qu’un émissaire français rencontre Hissène Habré à condition que ce soit le commandant Galopin. N’était-ce pas condamner ce spécialiste de la lutte antiguérilla à une mort certaine ? Celle à laquelle il a été conduit effectivement.

Peu de temps après, le président Tombalbaye était assassiné au cours d’un putsch. Le régime tchadien changeait, le général Malloum (sorti un an auparavant des geôles présidentielles) devenait chef d’État mais avec Hissène Habré les palinodies allaient continuer.

Ce boursier de la République a soif désormais de notoriété. Il est entré en rébellion contre les autorités tchadiennes avec l’argent qui lui avait été confié. Par la suite il rançonnera les caravanes et les commerçants avant de parvenir à cet exploit de monnayer son audience contre un otage. Mis au ban de la rébellion par le Front de libération nationale du Tchad (le FROLINAT), expulsé de Libye, il s’adjoindra la complicité du fils du Derdéi, le chef spirituel des Toubous, pour former à la fin de 1972 son armée, une armée de soldats-paysans dont les effectifs n’atteindront jamais mille hommes. Retranché dans ses montagnes, il réunit un congrès afin de destituer Abba Seddick, le chef du FROLINAT, et se fait élire président du « conseil du commandement des forces armées du nord ». En dépit des divisions qui ébranlent le FROLINAT, l’influence de Hissène Habré reste faible, restreinte à la région de Bardai et de Zouar. Or, l’exil dans le désert satisfait mal ce marxiste dont le charme est inséparable de la mitraillette et qui sent bouillir sous sa casquette cubaine de grands desseins. Alors, la voie triomphale, pourquoi ne la trouverait-il pas dans une spectaculaire prise d’otage ?

Dans la nation désorganisée, une minorité peut espérer s’arroger un rôle prépondérant. Pour Hissène Habré, qui en a bien conscience, il convient donc d’atteindre le gouvernement tchadien au cœur, c’est-à-dire brouiller ses relations avec la France. Du même coup il dresse son personnage sur la scène internationale et paraît s’imposer comme le véritable chef de la rébellion, laquelle est aussi divisée que le pays. Et puis tout souci moral n’étant pas absent de la panoplie du guérillero, Habré affirme que la rançon exigée doit être considérée comme une réparation des torts causés aux rebelles par l’assistance militaire française aux autorités légales du pays ! L’opération est simple et l’idée en a d’ailleurs été reprise en Éthiopie par les séparatistes érythréens qui détiennent quatre otages américains afin de contraindre Washington à reconsidérer son attitude envers Addis-Abeba.

Devant la menace, les responsables tchadiens tentent de rétablir leur autorité par des interventions militaires, notamment aériennes. De son côté le mari de Françoise Claustre agit isolément, ce qui le conduit à certaines mésaventures et ce qui embrouille encore la situation en mécontentant tout à la fois Hissène Habré et le gouvernement de N’Djamena. Avec la venue au pouvoir du général Malloum, les choses semblent devoir prendre un tour nouveau. Paris délègue sur place un plénipotentiaire qui parvient à un accord avec les rebelles à la mi-juillet. Des indiscrétions ou des rumeurs font alors croire au général Malloun que la France va, en fait, aider militairement la rébellion. Tout est remis en cause et N’Djamena décide de négocier directement avec Hissène Habré. La preuve de l’impuissance du gouvernement tchadien sera ainsi faite sans préserver l’entente avec la France. Il est vrai que de nouvelles tentatives malheureuses de M. Claustre viennent encore irriter le général Malloum : M. Claustre sera, à son tour, retenu en otage et le chef d’État tchadien, considérant que de telles ingérences bafouent sa dignité, finira par demander le retrait des troupes françaises stationnées au Tchad. La manœuvre de Hissène Habré réussit donc avant même d’atteindre son terme.

« Tenez pour certain que la politique extérieure ne préoccupe pas du tout les Français… » affirmait Guizot. On l’a encore constaté au cours de ces mois difficiles. Le drame humain prenait le pas sur tout autre considération. Or, le différend qui a éclaté entre le Tchad et la France n’est pas sans importance ni sans gravité, aussi bien pour Paris que pour N’Djamena. L’assistance française est compromise mais les gisements miniers récemment découverts au Tchad ne seront pas dévolus à nos entreprises. De plus, c’est toute la colonie française au Tchad qui risque de pâtir de cette nouvelle situation si bon ordre n’est pas mis rapidement dans les relations entre nos deux pays. Il est vrai que l’OUA a pris fait et cause pour le Conseil militaire supérieur tchadien. Toutefois des possibilités de médiation existent. Les ignorer serait donner encore plus d’ampleur à la subversion de Hissène Habré. Car si son action locale s’appuie sur l’irrédentisme d’une minorité, son dessein n’est pas de répudier seulement les dirigeants de N’Djamena mais encore de compromettre la coopération franco-africaine. On pouvait en douter avant l’affaire Claustre, nulle illusion n’est plus permise désormais. Son admiration pour Georges Habache, le plus irréductible et le plus révolutionnaire des dirigeants palestiniens n’est d’ailleurs pas sans signification.

Le fait essentiel est là : pour Hissène Habré nul compromis n’est acceptable qui ne porte pas atteinte directement à la diplomatie des États. Par son imprudence, Mme Claustre lui a fourni et l’occasion et l’instrument d’une mise en échec du pouvoir tchadien comme de la politique française de coopération. Le dire n’est pas faire un procès mais une simple constatation. Ce chef rebelle a pu en effet, en la circonstance, jouer sur la susceptibilité des jeunes États africains et sur la prudence de vieilles nations. Il lui a suffi de mettre en place l’engrenage menant à une confrontation aussi certaine que nullement désirée. Dès lors ses centaines de soldats n’étaient plus là que pour le décor et leurs propres aspirations devenaient le moindre de ses soucis. De la sorte Hissène Habré n’aura pas seulement dérouté la diplomatie des États de ses objectifs, il aura encore dévoyé le mécontentement (peut-être justifié par certains côtés) de ceux qui, ignorant les dédales de son idéologie, le suivent l’arme à la main dans les monts du Tibesti. Pour l’heure, Hissène Habré est prisonnier de ces montagnes abruptes tout autant que Lénine dans son wagon plombé. Il dépend de la sagesse des gouvernements que sa subversion l’emporte ou non.

La sagesse, en de telles circonstances, est de ne pas céder à des mouvements d’humeur. Les dégâts commis par Hissène Habré, nulle assurance ne les couvre, mais la diplomatie, fille peut-être de Pénélope, dispose des réserves nécessaires pour les réparer. La coopération, elle aussi, est une « ardente obligation » et ce n’est pas le général Malloum dont les sentiments à l’égard de la France ne peuvent être mis en doute qui en disconviendra. Dans l’affaire Claustre, l’inconscience, la sottise et l’irrésolution ont fait plus de mal que cent mille rebelles. Le gouvernement tchadien en a pris ombrage et l’opinion française s’en est émue, mais si on ne veut pas que cet exemple devienne contagieux, il faut changer les méthodes, donner le pas sur ce qui engendre le désordre à ce qui maintient l’entente, l’amitié et les échanges qui tissent l’avenir. C’est pourquoi l’ultime exigence du rebelle d’obtenir des armes au mépris des accords acceptés, a été rejetée. ♦

non-alignés, OUA, Tchad, François Claustre, Hissène Habré

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