Pour la pensée stratégique
Le siècle s’en va et laisse les nations désemparées ; aucune évidence ne succède encore à l’ordre qui régissait le monde. Les hommes observent le silence stratégique, nostalgiques de l’ancien tumulte rassurant de la multitude réglée des États, impatients et inquiets à la fois de la cohérence à venir, désorientés par l’accélération du temps. Une certitude cependant : quand le rythme s’accroît et que les repères deviennent flous de paraître si rapidement dépassés, il est prudent de prendre le temps de restaurer leur netteté ; quand la vue se trouble, il est sage de retrouver l’usage de la vision globale et celle des trois principes de Joël de Rosnay : « S’élever pour mieux voir, relier pour mieux comprendre, situer pour mieux agir » (1).
Ainsi, avant que ne se cristallisent les bouillonnements de l’après-guerre froide, le temps et l’occasion sont venus d’approfondir encore les démarches de réflexion amorcées, de dépasser les adaptations essentiellement organisationnelles à l’évolution du monde, de concentrer la réflexion sur la pensée stratégique.
Porte ouverte sur l’avenir
Le temps suspendu
Des deux lutteurs, figés dans leur empoignade mortelle par l’égale contraction de leurs muscles, l’un s’est brutalement effondré de n’avoir pas su soutenir, dans le temps, son effort. L’autre reste seul debout, grandi de sa victoire, mais étonné déjà de voir les petits, jusque-là clients maîtrisés des athlètes, prétendre revenir à leurs activités anciennes. On défie même le vainqueur, quelque peu empêtré par la masse de son excessive puissance et mal à l’aise, finalement, pour régler de sa hauteur les jeux turbulents des enfants de la cour.
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