Les bouleversements en Afrique centrale ont déclenché une ère d'instabilité qui inquiète beaucoup de commentateurs. Pour mieux comprendre tous les aspects de cette crise majeure dans le "ventre mou de l'Afrique", l'auteur nous livre une étude détaillée des enjeux politiques et économiques qui mettent notamment en lumière certains réseaux du monde de l'affairisme.
Les acteurs réels de la crise en Afrique centrale
Le génocide au Rwanda en 1994 n’a pas seulement secoué la zone des grands lacs. Par les flux incontrôlés de réfugiés qu’il a occasionnés dans l’ex-Zaïre, il a aussi perturbé gravement les fragiles équilibres humains et rallumé les braises des haines interethniques qui couvaient depuis plusieurs décennies. Par la suite, l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir à Kinshasa a provoqué des renversements d’alliances à l’échelon régional qui ont introduit une nouvelle donne géopolitique. Dans cette tragédie en plusieurs actes, le poids de l’histoire, les antagonismes persistants, les ambitions politiques et les intérêts économiques ont compliqué et alimenté une crise atypique qui menace la stabilité d’une grande partie du continent africain.
L’évolution de la tragédie congolaise
Premier acte : les racines du mal congolais
La genèse du drame se situe dans la province orientale du Kivu où cohabitent plusieurs communautés qui possèdent chacune des traditions et une histoire différentes. Parmi celles-ci, les Banyarwanda (les « gens du Rwanda », Hutus et Tutsis) qui se sont implantés par vagues successives sur les terres les plus fertiles depuis le début du XVIIIe siècle. Les mouvements migratoires ont été amplifiés à partir de 1920 sous l’action des autorités belges à la recherche d’une main-d’œuvre « plus docile » que celle fournie par les tribus locales. Ces transferts de populations en provenance du Rwanda ont ébranlé l’équilibre démographique et créé un foyer de tensions sociales : ce phénomène a été très mal perçu par les autochtones qui ont été privés d’une partie importante de leur patrimoine agricole et souvent humiliés par l’insolente réussite économique de ces nombreux immigrés devenus propriétaires de vastes ranchs d’élevage extensif.
La situation s’envenime à la suite du massacre des Tutsis au Rwanda et la prise de pouvoir à Kigali par le Front patriotique rwandais (FPR) à dominante tutsie au cours de l’été 1994. L’onde de choc provoque l’exode de plusieurs centaines de milliers de Hutus dans le Kivu. Le brusque surpeuplement de la province orientale du Zaïre occasionne alors des affrontements violents entre les Hutus et les Tutsis dont les communautés sont déjà déchirées par des rivalités séculaires. Les haines ont été ravivées. À cette dynamique explosive, viennent s’ajouter les miliciens interhamwe (supplétifs hutus, exécutants du génocide des Tutsis au Rwanda) et les FAZ (forces armées zaïroises), incontrôlées parce que systématiquement payées avec plusieurs mois de retard, qui se livrent au pillage des terres tutsies.
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