Janvier 2026 - n° 886

L’informationnel et l’IA à l’heure de la guerre cognitive

136 pages

Éditorial

Chères lectrices et chers lecteurs de la Revue Défense Nationale, français et étrangers, en France et en dehors de nos frontières, toute l’équipe de la RDN vous souhaite une très bonne année 2026. Lire la suite

  p. 1-3

L’informationnel et l’IA à l’heure de la guerre cognitive

Cette année 2026 s’ouvre avec ce numéro, consacré à « L’informationnel et l’IA à l’heure de la guerre cognitive ». Comme la revue en a pris l’engagement auprès de ses lecteurs, le rendez-vous du mois de janvier s’installe désormais dans la production des études stratégiques et il sera toujours consacré aux questions informationnelles. Lire la suite

  p. 9-10

L’Intelligence artificielle (IA) générative est devenue d’usage courant au point d’être utilisée de plus en plus dans les processus décisionnels. Or, une part d’incertitude demeure avec des risques d’une fiabilité relative. Ces outils peuvent permettre de faciliter en amont la compréhension du problème posé. Cela exige une formation préalable obligeant à connaître son métier. Lire les premières lignes

  p. 12-22

Le besoin en information est vital pour un service de renseignement. Une analogie peut être faite avec la sphère de la santé et des taxonomies proches. Cette approche n’est pas un simple exercice théorique mais bien un schéma d’analyse pertinent et producteur d’initiatives doctrinales nécessaires pour des développements concrets. Lire les premières lignes

  p. 23-31

Les conflits actuels utilisent l’IA à des fins de déstabilisation de nos sociétés via le biais de la guerre cognitive. Il s’agit désormais d’altérer les processus décisionnels en manipulant le vrai. Le projet SPREADS de l’Agence de l’innovation de Défense (AID) vise à étudier ces mécanismes pour mieux les comprendre et donc contrer ces menaces nouvelles. Lire les premières lignes

  p. 32-39

L’Institut Polytechnique de Paris, implanté sur le plateau de Saclay, a été créé en 2019. C’est un acteur majeur avec ses écosystèmes de la recherche, la formation et l’innovation. En fédérant les écoles et les partenariats. Hi! PARIS s’inscrit dans la dynamique mondiale sur la recherche pour une IA responsable et souveraine. Lire les premières lignes

  p. 40-44

À l’ère de l’IA, maîtriser l’espace informationnel est un impératif pour la France et l’Europe. Il y va de l’affirmation de nos valeurs démocratiques. Cela passe par le renforcement de notre tissu d’entreprises déjà performantes. Il faut également disposer de capacités d’actions dans le champ informationnel pour conforter notre volonté de stabilité dans un environnement contesté. Lire les premières lignes

  p. 45-51

L’usage du numérique est devenu courant depuis plusieurs décennies mais l’irruption des Intelligences artificielles (IA) bouleverse les règles, en particulier avec l’IA générative. Celle-ci remet en cause la question de la confiance entre les utilisateurs et les propositions générées par l’IA. Il y a donc besoin de repenser cette relation en mutation accélérée. Lire les premières lignes

  p. 52-56

La Chine utilise abondamment l’Intelligence artificielle (IA) dans une perspective de guerre cognitive favorable à ses intérêts. Des entreprises privées participent directement à la mise en œuvre de la politique de Pékin en cherchant à mieux cibler ses campagnes de désinformation en diffusant des récits calibrés. Ces évolutions rapides ne peuvent être ignorées. Lire les premières lignes

  p. 57-64

L’Intelligence artificielle (IA) s’impose comme une nouvelle révolution transformant les rapports entre les Nations. Le besoin de puissance de calcul généré par l’IA devient un enjeu majeur et oblige à des investissements massifs de la part des entreprises et des États. Cette dimension devient structurante et déterminera les capacités à agir et à conserver une souveraineté géopolitique. Lire les premières lignes

  p. 65-73

La cotation d’une information est une étape essentielle dans le travail d’analyse du renseignement. L’officier traitant doit s’assurer de la crédibilité de la donnée recueillie et de la fiabilité du dispositif de collecte. Les Traitements automatiques des langues (TAL) participent à ce processus qui doit rester sous le contrôle de l’expert humain. Lire les premières lignes

  p. 74-82

La confrontation informationnelle est au cœur de la conflictualité actuelle. L’Intelligence artificielle (IA) est devenue un multiplicateur de puissance au risque de déstabiliser nos démocraties fragiles face à la désinformation et la manipulation des opinions publiques. Cela oblige à renforcer notre résilience et constitue désormais un enjeu sociétal majeur dans cette compétition mondiale. Lire les premières lignes

  p. 83-90

Il y a 50 ans

Couv janv 1976Sommaire janv 1976Raymond Aron (1905-1983) a marqué de son empreinte la réflexion stratégique française dans les années 1960-1970. Sa conférence prononcée à l’École militaire sur la notion de rapport de force à l’heure de la dissuasion nucléaire reste d’une pertinence remarquable et rouvre le débat à l’heure où les « dividendes de la paix » se sont évanouis et que la guerre de haute intensité – sur fond de menaces nucléaires – est redevenue d’actualité sur le sol européen. Lire la suite

  p. 92-92

Opinions

L’Intelligence artificielle (IA) est d’usage courant désormais pour les capacités de renseignement (ISR). Pour le Canada, il faut répondre aux dilemmes éthiques majeurs issus du recours à l’IA, en veillant à préserver la vie privée tout en participant à l’analyse des métadonnées nécessaire pour préserver la sécurité du pays. La gouvernance de l’ISR est scrutée de près par le public canadien. Lire les premières lignes

  p. 93-99

L’information ou plutôt la désinformation sont devenues des armes d’usage courant utilisées sans vergogne par nos compétiteurs stratégiques. Cela oblige à développer une stratégie de la vigilance institutionnelle pour pouvoir anticiper et a minima limiter les effets néfastes dans le champ informationnel. Cela exige beaucoup de lucidité et d’adaptabilité. Lire les premières lignes

  p. 100-107

La question des robots armés est clairement posée au regard des évolutions du champ de bataille. L’autonomie de tels systèmes doit faire l’objet d’une réflexion complète, du rôle du chef décidant de l’emploi aux impératifs éthiques à prendre en compte dont le contrôle de l’action y compris l’ouverture du feu. Ce champ étant décisif et dimensionnant. Lire les premières lignes

  p. 108-120

Chroniques

Revisiter l’art de la guerre selon Turenne, revient à comprendre la révolution militaire que le maréchal sut introduire. La manœuvre, par la combinaison des armes, devait amener à la bataille tactique et donc à la victoire stratégique. Cette capacité à réfléchir l’action a profondément inspiré le comte de Guibert comme théoricien de la guerre, puis Napoléon, fervent admirateur. Lire les premières lignes

  p. 121-125

En 2026, l’Amérique latine sera une priorité pour l’Administration Trump, désireuse de reprendre la main en écartant le rival économique que constitue la Chine. L’autre cible est la production de drogue et les États complices en laissant faire. De fait, la région redevient un théâtre de jeux politiques et stratégiques majeurs. Lire les premières lignes

  p. 126-131

Recension

Bourg Holeindre Guerre et climatLe thème de la guerre et du climat est devenu classique et a fait l’objet de nombreux exposés et études depuis une vingtaine d’années. C’est au cours d’un débat nourri que l’abordent Dominique Bourg, philosophe franco-suisse, expert de l’écologie politique, et Jean-Vincent Holeindre, politiste, spécialiste de la pensée stratégique et des relations internationales, qui a été directeur scientifique de l’Irsem. Lire la suite

  p. 132-132

Revue Défense Nationale - Janvier 2026 - n° 886

L’informationnel et l’IA à l’heure de la guerre cognitive

Editorial

Information and AI in Cognitive Warfare

Generative artificial intelligence (GenAI) is now in widespread use, and is increasingly incorporated into decision-making processes. Nevertheless, there remains some uncertainty regarding reliability risks. GenAI tools can help early understanding of a problem as long as prior training is given to learn the methodology thoroughly.

Information is an essential requirement for any intelligence service. One might make an analogy with health and similar subject spheres: the approach is not a simple theoretical exercise, but one in which a scheme of pertinent analyses is followed to arrive at the necessary doctrinal initiatives which lead to positive developments.

In current conflicts use is made of AI to destabilise our societies through cognitive warfare—distorting decisional processes and manipulating the truth. The Defence Innovation Agency (Agence de l’innovation de Défense—AID) is backing the SPREADS [Scenarios of Potential Risks Evolution through Algorithms and Data in Sciences] project, which is aimed at studying these mechanisms to understand them better, therefore to be in a better position to counter new threats.

The Polytechnic Institute of Paris (Institut Polytechnique de Paris), was established in 2019 on the Plateau of Saclay, to the south of the city. Its facilities for research, training and innovation make it a major player in these fields. Hi! PARIS brings together schools and partnerships to join a global trend towards responsible and independent research into AI.

In the AI era, mastery of information space is imperative for France and Europe. It is a matter of affirming our democratic values, and will require giving our high-performance business structure a further boost. We will also need to have capability for action in the informational field to support our objective for stability in a contested environment.

Digitised information has been in use for several decades, yet the advent of different types of artificial intelligence (AI) is changing the rules—generative AI in particular. Its use is calling into question users’ confidence in proposals generated by AI. There is therefore a need to review their rapidly-changing relationship.

China is making considerable use of artificial intelligence (AI) as it looks ahead to a cognitive war which would favour its own interests. Private companies are participating directly in putting Beijing’s policy into effect by better targeting of its disinformation campaigns through spreading suitably tailored reports and stories. Such rapid developments cannot be ignored.

Artificial intelligence (AI) represents a new revolution which is transforming relationships between nations. AI’s need for computing power is a major challenge, requiring massive investment by industry and government. It is therefore an increasingly structural element which will determine the capability to act and to maintain geopolitical independence.

Rating the value of a piece of information is an essential step in intelligence analysis. The officer handling it needs to be sure of the credibility of the received data and of the reliability of the source. Automatic language processors contribute to this process, which must nevertheless remain under the control of a human expert.

Confrontation of information is central to current conflict. Artificial intelligence (AI) has become a power multiplier which risks destabilising our fragile democracies when they are faced with disinformation and manipulation of public opinion. We therefore need to boost our resilience to deal with this major, worldwide challenge to society.

Fifty years ago

Opinions

Artificial intelligence (AI) is now in everyday use in intelligence, surveillance and reconnaissance (ISR) capabilities. Canada needs to act upon the major ethical dilemmas which arise from the use of AI, being careful to respect individuals’ privacy yet at the same time conducting the analysis of metadata necessary to the security of the country. The governance of ISR is closely scrutinised by the Canadian population.

Information, or perhaps disinformation, has become an everyday weapon used shamelessly by our strategic competitors. It calls on us to develop a strategy for institutional vigilance so we might anticipate and, at the very least, limit any harmful effects in the field of information. It will require much clarity and adaptability.

The existence of armed robots poses important questions with regard to developments in the battlefield. The autonomy of such systems must be thoroughly examined, from the role of the decision-making commander to the ethical imperatives to be taken into account, among which command of the action and opening fire. This is a decisive and defining field.

Chronicles

Taking a new look at Turenne’s vision of the art of war requires an understanding of the military revolution that the Marshal set in motion. By combining arms, a manoeuvre should lead to a tactical battle thence to strategic victory. His ability to think through an action greatly inspired Comte de Guibert as a theorist on warfare and, later, Napoleon, who was a fervent admirer.

In 2026, Latin America will be a priority for the Trump Administration, keen to recover the upper hand by sidelining its economic rival, China. The other target is narcotics production and those states which are complicit in allowing it to happen. It is clear that the region is once again becoming a theatre of major political and strategic manoeuvres.

Book Review

Revue Défense Nationale - Janvier 2026 - n° 886

L’informationnel et l’IA à l’heure de la guerre cognitive

Chères lectrices et chers lecteurs de la Revue Défense Nationale, français et étrangers, en France et en dehors de nos frontières, toute l’équipe de la RDN vous souhaite une très bonne année 2026.

Après sept années comme président du Comité d’études de défense nationale et directeur de publication de la RDN, je cède la place au général d’armée aérienne (2S) Luc de Rancourt et je lui souhaite autant de bonheur que j’en ai eu. Durant toutes ces années, avec l’équipe de la RDN, le comité de rédaction et le conseil d’administration, nous avons essayé de décrypter l’évolution du monde pour éclairer nos lecteurs et tenter, bien humblement, d’esquisser des pistes de réflexion pour les décideurs de la Défense. Plus que jamais, la Revue doit être celle du débat stratégique pour éclairer un monde qui a de moins en moins de stratèges. Si l’autre n’était pas autre, nous n’aurions pas besoin de stratégie. Si nos compétiteurs, nos contestateurs ou nos ennemis potentiels n’avaient pas leurs propres objectifs, nous n’aurions pas besoin de faire de la stratégie.

Chaque année, dans mon éditorial je constatais que le monde s’était un peu plus complexifié. En 2025, les tendances constatées se sont confirmées. La présidence de Donald Trump a démarré sur les chapeaux de roues et l’Union européenne a de plus en plus de difficultés à réellement compter. La volonté de D. Trump de mettre fin à la guerre en Ukraine est louable, mais nous pouvons légitimement craindre que la paix imposée ne soit pas durable.

Au moment où les jeunes générations qui arrivent aux commandes s’inquiètent, à juste titre, pour l’avenir de la planète, ils entendent leurs dirigeants leur prédire « du sang et des larmes » pour faire face aux menaces russes, chinoises et autres détracteurs du monde occidental. Plus de trente ans après la chute du mur de Berlin, ils entendent les dirigeants du monde libre parler de nouveaux murs : mur de drones, mur entre le Mexique et les États-Unis, entre Israël et ses voisins. En Europe, nous ne pouvons pas nous contenter de penser le futur de nos enfants dans l’édification d’un nouveau mur à l’est de l’Europe. Certes, il est nécessaire que les pays européens réarment pour être forts et dissuader Vladimir Poutine de continuer à les défier mais en même temps, il est urgent de penser une nouvelle architecture de sécurité européenne et d’achever ce que nous aurions dû mettre en place après la fin de l’URSS : tenir compte des aspirations des uns et des autres pour construire une paix durable.

Les premières visites de Léon XIV en Turquie et au Liban visent à faire tomber des murs, là où d’autres voudraient en édifier. Je vois dans l’élection de ce pape comme un espoir pour éclairer le monde sur les excès du capitalisme non régulé, dans tous les domaines. Il y a presque 40 ans, le pape Jean-Paul II, dont on ne peut nier le rôle dans la fin de l’URSS, nous invitait à ne pas considérer la chute du communisme comme le triomphe du capitalisme et incitait les dirigeants à imaginer une troisième voie. Léon XIV est un pape américain qui a passé une partie de sa vie sur le sous-continent sud-américain. Il y a vu tant les méfaits du communisme que du capitalisme.

Je ne conçois pas le débat stratégique animé par la Revue sans que la vision de l’autre puisse être exposée. Ce fut notre défi durant ces dernières années. En passant le flambeau, je formule le souhait que la Revue, plus que jamais, soit le lieu du débat contradictoire.

Général d’armée aérienne (2S) Thierry Caspar-Fille-Lambie
Directeur de la Revue Défense Nationale (2018-2025)

* * *

En reprenant la présidence du conseil d’administration du CEDN, c’est avec un profond sentiment de continuité, de responsabilité et d’humilité que je m’inscris dans une histoire intellectuelle prestigieuse qui dépasse les générations. Il s’agit d’embrasser un héritage qui, de longue date, accompagne les mutations du monde et les met en perspective tout en s’engageant dans cette histoire qui reste fidèle à sa vocation : permettre à la réflexion stratégique de précéder et d’éclairer l’action.

Créée à la veille de la Seconde Guerre mondiale, interrompue par la tourmente de 1940 puis relancée au lendemain du conflit, la Revue a suivi pas à pas les grandes transformations de notre histoire contemporaine et accompagné les débats qu’elles provoquaient. Au fil des décennies, elle a accueilli les analyses de grandes figures de la pensée stratégique française qu’elles soient politiques, militaires, diplomatiques, économiques ou encore intellectuelles. Des signatures comme celles de Raymond Aron y ont côtoyé celles de généraux comme Beaufre, Ailleret, Gallois ou Poirier dont les travaux ont contribué à structurer la doctrine de dissuasion et, plus largement, la culture de défense de notre pays.

Je tiens à saluer ici l’action de mon prédécesseur, le général d’armée aérienne (2S) Thierry Caspar-Fille-Lambie, dont l’énergie, la capacité à fédérer et le leadership persévérant ont profondément marqué la vie de notre Comité. Il a su articuler sa culture stratégique à une approche économique, parfois disruptive, découlant de son esprit entrepreneurial, irriguant ainsi le comité d’une nouvelle sensibilité. Par son engagement, il a renforcé l’ancrage de la Revue, des Cahiers ou autres tribunes dans les réalités géopolitiques, industrielles, technologiques ou financières de la puissance et de la conflictualité contemporaine, tout en maintenant l’exigence intellectuelle qui fait sa singularité.

Un numéro de la RDN est toujours une œuvre collective, et il importe d’insister sur l’action de tous ceux, femmes et hommes, qui la rendent possible numéro après numéro. Au-delà des signatures, l’exigence éditoriale de la Revue repose sur le professionnalisme, la créativité et le sens du service de son rédacteur en chef, le général (2S) Jérôme Pellistrandi, de ses collaborateurs, de son comité de rédaction et de son comité de lecture, qui tiennent le cap malgré des moyens comptés. Leur capacité à conjuguer rigueur intellectuelle, réactivité et fidélité au projet de la revue constitue un atout décisif dans une période où l’esprit de défense a plus que jamais besoin de repères exigeants.

La génération qui est la mienne a connu les paradoxes des « dividendes de la paix » et n’a pourtant jamais cessé d’être engagée. Loin d’une parenthèse d’apaisement après un demi-siècle de guerre froide, ces décennies ont été marquées par une succession d’opérations extérieures et de crises qui ont mis à l’épreuve doctrines, concepts d’emploi, matériels, soldats, marins et aviateurs : de l’Afrique au Golfe, des Balkans au Cambodge, de l’Afghanistan au Levant, et dans la lutte contre le terrorisme. Ces expériences, conduites bien au-delà du « Sanctuaire », ont poli notre outil de défense au contact du réel et nourrissent aujourd’hui la réflexion stratégique que la Revue a vocation à accueillir, approfondir et transmettre.

À l’heure où des failles profondes se dessinent dans l’ordre géopolitique et où les rivalités s’aiguisent, notre pays sait ainsi pouvoir compter sur la qualité opérationnelle de ses forces armées et sur une faculté d’adaptation éprouvée dans la durée et héritée de ces trois dernières décennies. Les jeunes générations, je le sais, vont y apporter un supplément décisif, d’une part en incarnant au quotidien des valeurs d’engagement fortes et, d’autre part, par leur écot à cette réflexion d’autant plus nécessaire que les temps sont incertains.

Plus qu’avant, la période qui s’ouvre impose de penser la défense dans toutes ses dimensions, au sens d’une approche globale de la défense et de la sécurité nationale. Celle-ci associe la posture militaire et la préparation opérationnelle de nos forces armées, mais aussi la résilience des institutions, la solidité de notre Base industrielle et technologique de défense (BITD), la sécurité de nos infrastructures critiques, la maîtrise de l’information et du cyberespace, la vivacité de nos partenariats et alliances stratégiques ainsi que la mobilisation de notre économie et de la société civile autour des enjeux de souveraineté. La Revue nationale stratégique 2025 rappelle, à cet égard, que la France doit désormais se préparer à un continuum de menaces, de la compétition stratégique quotidienne jusqu’à la possibilité d’un conflit de haute intensité en Europe, en mobilisant l’ensemble de ses leviers de puissance militaires, diplomatiques, économiques, technologiques et sociétaux.

Dans ce cadre, la Revue Défense Nationale doit continuer d’unir, au-delà des institutions et des générations, ceux qui considèrent que la réflexion stratégique est à la fois instrument de souveraineté et un vecteur d’unité nationale. Au seuil de cette nouvelle année, pour laquelle je formule à chacun de nos lecteurs et de leurs proches mes meilleurs vœux, l’ambition est claire : faire de la Revue un lieu de rencontre entre les expériences du terrain, les exigences de la décision, les dynamiques du monde économique et les apports de la recherche. Servir la RDN, c’est prolonger une œuvre commencée en 1939 ; c’est maintenir vivant un dialogue exigeant entre pensée et action, entre passé et avenir, au service des intérêts de la Nation et de sa défense.

Général d’armée aérienne (2S) Luc de Rancourt
Directeur de la Revue Défense Nationale

Thierry Caspar-Fille-Lambie, Luc Rancourt (de)

Revue Défense Nationale - Janvier 2026 - n° 886

L’informationnel et l’IA à l’heure de la guerre cognitive

La RDN vous invite dans cet espace à contribuer au « débat stratégique », vocation de la Revue. Cette contribution doit être constructive et doit viser à enrichir le débat abordé dans le dossier. C’est l’occasion d’apporter votre vision, complémentaire ou contradictoire. Vos réponses argumentées seront publiées sous votre nom après validation par la rédaction.

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