Juillet 1978 - n° 379

Angoulême, le 28 mai 1978. Lire la suite

  p. 7-17

La guerre sur le théâtre Centre-Europe n’est certes pas impossible mais heureusement peu probable en raison de la terreur qu'inspire aux éventuels belligérants la perspective d'une escalade nucléaire incontrôlée. Les forces terrestres, si elles doivent être vigilantes, agiles et disponibles, ne vivent pas pour autant dans une hantise semblable à celle des défenseurs du Désert des Tartares. La Marine, par contre, en raison de la dimension globale et de la permanence de son action, mais aussi parce que la mer aujourd'hui est la source la plus évidente de conflits, est immédiatement concernée par toute crise dans laquelle les intérêts de la France ou la vie de ses ressortissants sont en jeu. Elle est directement affectée par les tensions du monde moderne, d'autant plus qu'en fond de tableau de toute crise se profile toujours la perspective de l'issue nucléaire, menaçante niais moins terrifiante dans la vaste étendue inhabitée des océans. Or, la marine fournit la composante essentielle de la force nucléaire. Lire les premières lignes

  p. 19-32

Certes, rien ne prouve qu’une guerre aujourd'hui sur le théâtre Centre-Europe – à supposer que la dissuasion ait échoué – ressemblerait initialement à celle d'hier. Mais il n'est jamais inutile de méditer les enseignements de l'histoire. C'est ce que fait ici l'auteur qui découvre de troublantes similitudes entre la percée que fit l'Armée Rouge sur le Don durant l'hiver 1942-1943 et une éventuelle offensive en direction du Rhin. Sans doute comparaison n'est pas raison. Il y a là néanmoins une méthode, d'ailleurs bien connue des chercheurs – celle par analogie – qui offre l'avantage de fournir un cadre concret à la réflexion de nos stratèges et de nos autorités territoriales qui, en pareil cas, auraient à faire face à des problèmes ardus que chacun, selon son niveau et sa spécialité, ne manquera pas d'imaginer.

  p. 33-40

Ce n'est pas le moindre paradoxe que ce soit à travers une critique d'inspiration marxiste, celle de M. Goldring (dans Démocratie, croissance zéro), que la connaissance de la Commission trilatérale, cette sorte de « Société de pensée » accusée d'être une émanation des multinationales, ait été répandue dans un large public français. L'auteur retrace ici les origines et les buts de la Trilatérale, en récapitule les résultats et en cherche les limites, en Europe notamment en raison de l'absence d'un centre politique européen et des problèmes que soulèvent encore les relations économiques inégales tant avec Washington qu'avec Tokyo. Il est vrai que les partisans de la Trilatérale ne manqueront pas de trouver dans de telles difficultés une incitation supplémentaire à leur action de recherche en commun de solutions permettant, malgré la crise mondiale, un développement harmonieux de l'ensemble occidental (au sens large) et un dialogue fructueux avec le Tiers-Monde. Lire les premières lignes

  p. 41-53

On se souvient qu'en juin 1953 Berlin-Est et la plupart des grandes villes de la zone d'occupation soviétique en Allemagne furent pendant quelques jours en quasi-état d'insurrection. Aujourd'hui, parmi les forces du Pacte de Varsovie, la Volksarmee de la République démocratique allemande apparaît comme la plus fiable avec ses six divisions bien équipées et entraînées. Cette impression de force et de discipline donnée par l'alliée la plus fidèle de Moscou est encore rehaussée par les nombreux lauriers glanés par les sportifs est-allemands. Qu'y a-t-il derrière cette façade ? En fait, la RDA est actuellement ébranlée par une crise endémique ou plus exactement par une série de crises qui se manifestent notamment par une montée de la contestation. L'auteure retrace ici l'évolution de la République démocratique allemande depuis que M. Erich Honecker, successeur de Walter Ulbricht, a pris le pouvoir en 1971.

  p. 55-68

Dans cet océan Pacifique dont l'importance stratégique ne fera que croître, nos Territoires connaissent une évolution rapide du fait de leur accession à un statut de quasi-autonomie et de la création d'une zone économique exclusive autour de chacun d'eux. Mais ces changements fondamentaux eux-mêmes ne peuvent être disjoints de l'évolution politique et économique de l'ensemble de cette région et en particulier des institutions qui s'y sont développées : la « Commission du Pacifique Sud », d'une part, qui regroupe les puissances administratives et les Territoires ayant accédé récemment à l'indépendance, et d'autre part le « Forum du Pacifique Sud » limité aux pays indépendants de la région, excluant par conséquent les Puissances métropolitaines extérieures et affichant, avec son propre « Bureau de coopération économique », sa volonté de développement indépendant. Il en résulte des frictions qui s'alimentent à la montée des nationalismes locaux. L'auteur situe l'action de la France dans ce cadre que les moyens de communication et de transport modernes ont singulièrement rétréci.

  p. 69-77

Au moment où est rédigé cet article, le Premier ministre turc, M. Ecevit, vient de plaider devant les instances de l'Otan à Bruxelles et à Washington le dossier de son pays dont la défense est affaiblie par l'embargo sur les livraisons d'armes américaines. Il doit se rendre aussi prochainement à Moscou. Déçue par les États-Unis et estimant trop élevé le prix de sa participation à l'Otan, la Turquie est tentée d'adopter un nouveau concept de défense qui s'inspirerait sinon du neutralisme du moins d'une politique plus indépendante à l'égard des États-Unis. L'auteur retrace l'évolution de la politique extérieure de la Turquie, ses orientations actuelles et les possibilités qu'elle a de les infléchir. Lire les premières lignes

  p. 79-90

Pour l'Iran, compte tenu du retrait britannique à l'Est de Suez et de la nécessité d'assurer rapidement son développement grâce à des revenus pétroliers quadruplés mais éphémères, la sécurité et la stabilité de cette région charnière entre trois continents sont des impératifs primordiaux. Face à ce défi, l'Iran continue à développer ses forces armées et à les équiper essentiellement avec l'aide des États-Unis. Ce souci de sécurité ne doit rien à une prétendue rivalité arabo-iranienne pour la domination du Golfe mais est beaucoup plus orienté vers l'Est en vue d'y appuyer le projet d'une coopération quadripartite avec le Pakistan, l'Inde et l'Afghanistan et de faire échec à une manœuvre en tenaille visant la Corne de l'Afrique et la vallée de l"Indus. Lire les premières lignes

  p. 91-104
  p. 105-110

L'économie française est un organisme vivant plongé dans une crise mondiale assimilable à un système d'ondes auquel il lui faut réagir et s'adapter faute de pouvoir le maîtriser. Cet organisme a lui-même ses défauts, ses faiblesses, voire ses malformations structurelles ; il n’est d'ailleurs pas animé par une volonté unique mais est soumis aux pressions et impulsions d'acteurs multiples. L'analyse des éléments de cet ensemble complexe étant opérée, et leur portée étant évaluée, il s'agit d'imaginer les scénarios selon lesquels le système peut évoluer afin non pas de prescrire les remèdes miracles à lui appliquer mais de viser à un nouveau modèle de développement et de déterminer les degrés de liberté pour y parvenir. C'est ce que fait ici l'auteur.

  p. 111-124
  p. 125-141

Chroniques

Le 12 mai, les ministres de l’Agriculture des neuf membres de la Communauté ont réussi à trouver un accord sur les prix agricoles, mais, une nouvelle fois, au terme d’un véritable marathon. Leurs discussions ont mis en lumière la nécessité d’un renforcement de « l’Europe verte ». La France veut aligner en trois ans, par des dévaluations successives du franc vert, les prix agricoles français sur les prix communs. Mais cette opération n’a de sens que si elle n’est pas compromise par de nouvelles chutes du franc, et la tentative est d’autant plus délicate que le rattrapage rend cette défense de la monnaie difficile, puisqu’il est par nature inflationniste. Reste que si M. Barre gagne son pari, il se trouvera en meilleure position pour négocier à Bruxelles et orienter la politique agricole commune. Une fois de plus, la France a dû gaspiller sa force de persuasion sur des affaires circonstancielles et somme toute subalternes, en subissant les effets pervers du décalage entre ses prix agricoles et ceux des pays à monnaie forte. Rejoindre, au moins sur le terrain agricole, le camp des « forts » et retrouver ainsi une plus grande liberté de manœuvre ne sera pas superflu dans une Europe verte de moins en moins intégrée et, par là même, bien difficile à gérer. La Communauté, pour avoir voulu trop se hâter en limitant à cinq ans la période de transition, n’a pas encore « digéré » son passage de six à neuf. On le voit sur le plan agricole, où la Grande-Bretagne, par exemple, vit en état de dérogation quasi généralisée. Cette tendance ne pourra évidemment que s’accentuer en cas d’élargissement, les trois pays candidats ayant des économies agricoles encore teintées de sous-développement. Les aléas que comporte pour l’Europe verte la perspective de l’adhésion de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne sont d’autant plus grands que les Neuf ne semblent pas, politiquement, capables de réaliser un rééquilibrage sérieux, ordonné et efficace de leur politique agricole au profit des régions méditerranéennes de l’actuelle Communauté. Lire les premières lignes

  p. 143-146

L’élaboration de plans de paix perpétuelle a stimulé des esprits aussi sérieux qu’Henri IV, l’abbé de Saint-Pierre ou Kant. Tandis que les philosophes mettaient au net sur le papier de savantes constructions, les hommes d’État multipliaient les congrès ou les conférences pour établir des conventions propres à limiter les guerres ou leurs effets. Le peu d’efficacité de telles initiatives n’a jamais détourné l’homme de sa recherche et, dès après la Seconde Guerre mondiale, le plan Baruch constitua une nouvelle tentative de limitation des armements avant qu’on en vienne dans les années 1950 à envisager les modalités d’un désarmement général et complet. Lire les premières lignes

  p. 147-150

Au titre de 1978, la loi de finances a prévu pour l’infrastructure de l’Armée de terre une dotation représentant 11,94 % des crédits du Titre V. Lire la suite

  p. 151-152

L’Armée de l’air a aussi ses congrès. Au moins deux : le Congrès de la chasse est désormais un grand classique, le Congrès du transport a l’ambition de le devenir à son tour. Lire les premières lignes

  p. 153-157

Après avoir pensé acquérir l’hélicoptère SA-330 Puma dans sa version navalisée et aussi le Lamps III de Sikorsky, la marine fédérale allemande a dû pour des raisons financières choisir finalement le WG-13 pour équiper les 6 frégates type 122 de son programme naval. Lire les premières lignes

  p. 158-164

Le continent africain s’embrase plus rapidement que prévu. À côté des secteurs qui attirent l’attention depuis plusieurs années, Sahara occidental, Éthiopie, Afrique australe, se rallument des brûlots mal éteints. Les situations au Tchad et au Zaïre, par exemple, préoccupent à un tel point les pays occidentaux et certains États africains qu’ils n’hésitent pas à y envoyer des troupes afin de protéger leurs ressortissants. La réactivation des conflits latents inquiète. Il existe en Afrique de nombreux foyers dont on ne peut dire qu’ils sont tout à fait apaisés : les problèmes qui ont provoqué des crises dans le passé n’ont jamais été résolus ; ils ont simplement perdu de leur acuité quand ils ont cessé d’intéresser le monde extérieur. Chose curieuse, les premiers réveils se situent dans la partie du continent la plus névralgique, celle où des nations mal cousues font le pont entre les pays côtiers de l’Atlantique et de l’océan Indien : ces nations, si elles étaient dotées d’un État fort, seraient capables d’avoir un pouvoir de rayonnement sur leurs nombreux voisins. Tout se passe comme si un cerveau, caché quelque part en milieu « progressiste », cherchait à contrebalancer les interventions soviéto-cubaines en Éthiopie et en Angola en provoquant, dans des secteurs bien choisis, les actions similaires de pays occidentaux afin d’effacer ce que la neutralité, que ces derniers affectent à l’égard des problèmes africains, a de désobligeant pour l’attitude de l’URSS et de Cuba. La France, notamment, est amenée à conduire des opérations ponctuelles ou permanentes de protection en Mauritanie, au Tchad et au Sahara : opérations qui sont jugées par les pays « progressistes » comme des actes d’agression, alors que ces mêmes pays affirment que l’URSS et Cuba, qui n’ont pas l’excuse de protéger leurs ressortissants lorsqu’ils aident, par exemple, l’Éthiopie à conserver l’Ogaden et l’Érythrée, ne font que répondre à l’appel d’assistance d’un gouvernement ami ; ils portent d’ailleurs le même verdict sur l’Angola où l’action cubaine ne vise pourtant qu’à consolider un régime qui n’a jamais pu s’imposer par son propre rayonnement. Lire les premières lignes

  p. 165-172

* On ne peut progresser dans la voie du désarmement qu’à condition d’avancer vers une nouvelle amélioration des relations internationales… Cette approche est basée sur trois idées fondamentales : la première est qu’il existe pour chaque État un droit légitime à la sécurité ; la deuxième est que le désarmement n’est pas le monopole de quelques-uns mais doit devenir l’affaire de tous ; la troisième idée est que l’approche du désarmement doit tenir compte des situations régionales. Lire la suite

  p. 0-0

Même si le grand public n’en a pas des échos constants, il est utile de rappeler que l’Établissement cinématographique et photographique des armées (ECPA), installé depuis de nombreuses années au Fort d’Ivry, reste le plus important producteur de films de court-métrage en France. Peu parmi ces films sont « commercialisés », le gros de la production étant réservé – et c’est normal – à une large diffusion dans les différentes unités de l’Armée et de la Marine. Car, bien entendu, cette production reflète toutes les activités dans toutes les branches des trois armées. Et, comme toujours, de nombreux films sont destinés à l’instruction et à l’enseignement. Lire les premières lignes

  p. 174-176

Bibliographie

Ce nouvel ouvrage de Pierre Le Goyet (après Le Mystère Gamelin dont la Revue Défense Nationale a rendu compte dans son numéro de novembre 1976), se présente comme une suite d’études portant sur un certain nombre d’épisodes ou de « moments » marquants de l’histoire militaire contemporaine. Dans l’esprit de l’auteur, le lien entre ces épisodes est constitué par le rôle qu’ont joué dans leur déroulement les problèmes de liaison, que ce soit sur le plan de l’organisation ou sur celui des relations humaines entre chefs et exécutants. Lire la suite

  p. 177-177

Abel Thomas / Jacques Massu et Henri Le Mire : Comment Israël fut sauvé. Les secrets de l’expédition de Suez / Vérité sur Suez 1956  ; Éditions Albin Michel, 1978 ; 280 pages / Éditions Plon, 1978 ; 270 pages  - Claude Delmas

L’« opération Suez » – l’intervention militaire franco-britannique contre l’Égypte à l’automne 1956 – avait déjà fait l’objet de plusieurs études. Le hasard fait que deux livres viennent de paraître à peu près au même moment, qui en éclairent singulièrement la genèse, le développement et la signification. L’un est de M. Abel Thomas, à l’époque directeur du cabinet de M. Maurice Bourgès-Maunoury, ministre de la Défense nationale. L’autre est du général Jacques Massu, auquel le colonel Henri Le Mire a apporté une précieuse collaboration – le général Massu qui, commandant la 10e Division parachutiste (DP), dirigea, aux côtés de son collègue anglais Butler, les forces terrestres engagées dans l’opération. Lire la suite

  p. 177-180

Benoist-Mechin : L’Empereur Julien  ; Librairie Académique Presse, 1977 ; 478 pages - J.-P. G.

À la mémoire de Julien est associé le surnom d’« Apostat », qualificatif flétrisseur appliqué par les chrétiens des premiers temps à ce descendant de Constantin qui avait osé renier la religion de Jésus pour revenir à des cultes païens. Cette attitude insolite, à une époque où le christianisme triomphe partout et où le glorieux empire romain jette ses derniers feux, appelait de la part de l’historien une démarche toute de curiosité et d’objectivité en vue peut-être d’une certaine réhabilitation. Lire la suite

  p. 180-181

Revue Défense Nationale - Juillet 1978 - n° 379

Revue Défense Nationale - Juillet 1978 - n° 379

Il n'y a pas d'éditorial pour ce numéro.

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