Comme beaucoup l’ont relevé, nos forces armées sont aujourd’hui engagées dans de nombreuses opérations simultanées ; exigeantes et sensibles, elles font appel à leur réactivité et leur savoir-faire, à leur sang-froid et leur abnégation. Dans la ville d’Abidjan pour sauvegarder la légalité des choix démocratiques d’un peuple ami ; dans le ciel de Libye pour protéger une population révoltée aux prises avec un pouvoir déjugé, au Liban pour aider à pacifier une zone tampon, dans le golfe d’Aden et au large de la Somalie pour contrer la piraterie, en Afghanistan pour lutter contre le terrorisme et aider à la modernisation de ce pays charnière. Engagées précisément sur cet arc de crise qui est l’arc de responsabilités le long duquel nous défendons directement nos intérêts et nos valeurs. Engagées pour contribuer à une stabilité régionale, condition de la sécurité du continent européen et du territoire national. Lire la suite

  p. 1-1

En présentant les travaux de réflexion que va conduire le CSFRS le 8 juin, l’auteur détaille l’ensemble des questions centrales que se pose un monde en transition et qui aborde, sans tabous, la question de la durabilité des systèmes qui l’organisent aujourd’hui. Lire les premières lignes

  p. 5-8

Je disais l’autre jour à un mien camarade que l’entropie, piège pour Trissotin, me paraissait aujourd’hui un concept fructueux. Mon ami se pique de science et sait que je n’y entends rien. Aussi rappela-t-il, simplifiant à mon usage, que si je mêle un demi-verre d’eau chaude et un autre d’eau froide, j’obtiens un verre d’eau tiède lequel, si je le laisse tranquille, sera bientôt froid. Toute énergie se dégrade en ce bas monde en sorte que celui-ci, abandonné à lui-même, tendrait vers l’indistinction. Assuré de ce point de départ, nous observâmes de concert que le propre de l’homme pourrait bien être de lutter contre cette dégradation entropique. Sur quoi mon interlocuteur, féru de mauvais calembours comme le sont souvent les savants désireux de se divertir, proposa de nommer « néganthrope » le trublion humain. Lire la suite

  p. 32-32

Le chef d’état-major de la Marine rappelle les évolutions stratégiques rapides d’une planète de plus en plus dépendante des flux maritimes. Il montre comment la Marine nationale, qui est une marine océanique à vocation mondiale, se retrouve au coeur de la défense des intérêts du pays et comment elle s’organise pour relever les défis du monde qui vient. Lire les premières lignes

  p. 9-14

Théâtre national et sauvegarde

L’auteur expose l’engagement de la Gendarmerie nationale dans la protection du territoire national, en particulier dans celle des espaces et infrastructures vitales, notamment nucléaires, et dans la continuité de l’action de l’État, en temps normal comme en temps de crise. Lire les premières lignes

  p. 17-23

C’est dans le cadre de l’organisation civile territoriale et dans les trois dimensions du territoire national que les forces armées prêtent leur concours à l’ordre public pour faire face aux diverses circonstances permanentes (vigilance), occasionnelles (soutien aux événements) ou accidentelles (catastrophes) qui requièrent son engagement. Une structure rénovée est mise en place et testée qui préserve les spécificités d’emploi de la force armée et une forte réactivité en cas de nécessité. Lire les premières lignes

  p. 25-31

La disparition de la menace aux frontières a fait que le territoire national n’apparaît plus comme un enjeu de sécurité nationale. Comment dès lors perpétuer l’esprit de défense et maintenir la capacité de résistance du pays pour lui permettre, s’il le fallait, d’encaisser d’autres coups ? L’auteur esquisse quelques pistes notamment dans le domaine immatériel de la défense. Lire les premières lignes

  p. 33-38

En faisant le point sur les évolutions récentes du déploiement des forces armées outre-mer, l’auteur nous montre comment elles s’intègrent de plus en plus étroitement dans les missions de service public et de sauvegarde territoriale des espaces ultramarins de souveraineté nationale. Lire les premières lignes

  p. 39-44

La France est en guerre ! Et même, souligne la presse, en guerres. Aux armes citoyens ? Certainement pas, car la France n’est l’ennemie de personne, elle œuvre pour la gouvernance mondiale. C’est pourquoi le Parlement n’a rien voté car il n’est nul besoin de demander à la nation de déclarer des guerres qui n’existent pas puisque l’ONU s’en charge à notre place. Un souci de moins pour nos élus. Et puis l’article 35 nouveau de la Constitution permet de se contenter d’un débat et le vote d’une ligne Opex de suppler à la volonté générale. On lui laisse cela au Parlement, l’impôt, ça date du temps des rois : mais il faudra bien un jour supprimer cet archaïsme hérité des premiers États généraux. Lire les premières lignes

  p. 68-68

La question afghane

L’engagement militaire français en Afghanistan a provoqué une lente prise de conscience du changement de nature des combats et des limites de l’emploi classique de la force armée. L’aggiornamento conceptuel et doctrinal qui en a résulté pour les forces terrestres a conduit à une adaptation pragmatique des structures et des moyens. Il reste que les efforts accomplis et les sacrifices consentis ont eu peu d’échos dans l’opinion publique. Telle est l’opinion qu’exprime l’auteur. Lire les premières lignes

  p. 45-52

En mettant en perspective le glissement d’une guerre contre le terrorisme vers l’établissement d’un État afghan viabilisé selon les normes occidentales, l’auteur nous montre comment s’est construite l’impasse actuelle. Lire les premières lignes

  p. 53-62

Si la mise en oeuvre d’une large coalition est censée concilier légitimité de l’emploi de la force et efficacité de celle-ci, le conflit afghan pourrait révéler bien des failles de cette configuration en apparence vertueuse. Lourdeurs opérationnelles inhérentes à l’effet d’échelle, tentations à s’engager a minima aux côtés d’un acteur prépondérant sont autant d’entraves à l’efficacité générale sur le terrain. Lire les premières lignes

  p. 63-67

Repères - Opinions - Débats

La question libyenne interroge la plupart des pays qui ont des intérêts en Méditerranée. Mais aussi tous ceux qui sont attentifs aux questions des minorités de confession musulmane. C’est bien sûr le cas de la fédération de Russie comme nous le montre l’auteur, expert de ce pays. Lire les premières lignes

  p. 71-73

Derrière la qualification d’État failli, se cache une grande variété de positions qui toutes ne sont pas de désordre et d’irresponsabilité. La Corne de l’Afrique présente une combinaison de structures quasi-étatiques dont l’auteur suggère qu’elle pourrait préfigurer la diversification de l’État au service de l’Afrique. Lire les premières lignes

  p. 75-78

Le regroupement du soutien des armées dans un commandement interarmées et la mise en oeuvre des bases de défense (BdB) obligent à un important effort d’initiative et de créativité de la part des militaires engagés dans cette réforme. Une véritable politique du personnel coordonnée entre les armées et une information continue sont nécessaires pour renforcer l’adhésion générale et relever ce défi urgent. Telle est la proposition de l’auteur. Lire les premières lignes

  p. 79-83

La coopération européenne en matière d’armement est laborieuse. Si la fonction armement est un indicateur de puissance et de souveraineté nationale, si la France a organisé ce secteur en fonction de son exigence d’autonomie stratégique, elle a aussi toujours souhaité la constitution d’une véritable base européenne d’armement, un projet qui se développe lentement. Lire les premières lignes

  p. 84-90

La spécificité du projet européen conjuguée à la nature dégradée du système international ne favorise pas l’européanisation des intérêts stratégiques nationaux. Quant à la capacité normative européenne qui n’impose pourtant pas l’abstention militaire, elle est insuffisante pour éviter l’impuissance et la paralysie de l’Union européenne que déplore l’auteur. Lire les premières lignes

  p. 91-99

Les actuelles mutations arabo-musulmanes dans la périphérie européenne suggèrent à l’auteur un nouveau paradigme stratégique pour dynamiser une UE fragilisée par la mondialisation. Le resserrement géographique de ses actions et de ses politiques lui apparaît comme l’un des moyens de stimuler une relance européenne articulée sur une géopolitique de la proximité. Lire les premières lignes

  p. 100-107

Le schéma géopolitique de l’amiral Castex peut-il nous aider au XXIe siècle à analyser la ligne de fracture historique entre puissances maritimes et puissances continentales ? Où la France et l’Europe doivent-elles se situer ? Assurément aux côtés des thalassocraties dans la défense des valeurs de liberté, expose l’auteur. Lire les premières lignes

  p. 108-114

Revues - Rapports

L’Histoire nous enseigne que la force ne suffit pas pour gagner les guerres. Le stratagème reste un outil déterminant qui permet de leurrer l’adversaire, de le surprendre et de le vaincre. Le philosophe Machiavel (1469-1527) a affirmé que les hommes d’action au pouvoir sont contraints d’utiliser deux moyens magistraux pour imposer leur autorité. Le premier repose sur la puissance, symbolisée par le lion. Cette domination demeure nécessaire pour conquérir ou maintenir un État. Le second, tout aussi indispensable, est beaucoup plus subtil : c’est la ruse incarnée par le renard. Le gouvernant, comme le patron d’une entreprise qui lutte pour gérer une concurrence impitoyable, doit être à la fois lion et renard : « il faut être renard pour éviter les pièges et lion pour effrayer les loups ». Ce principe universel de référence exprimé dans Le Prince (1513) s’applique également au chef de guerre. L’astuce, arme favorite du faible face au fort, s’appuie en priorité sur la déception et la désinformation. Ces deux dynamiques fallacieuses sont préparées par une pénétration des esprits du camp adverse qui peut se comparer à l’action de l’eau : « l’eau contourne les hauteurs, s’infiltre dans les creux (...) et s’adapte à n’importe quel récipient ». Cette réflexion attribuée au penseur chinois Sun Tse au IVe siècle avant notre ère convient très bien aux situations de guerre dans lesquelles les commandants de grandes et petites unités doivent « s’adapter » au contexte du moment ou au théâtre d’opération, « contourner » les guets-apens de l’ennemi et « s’infiltrer » dans les fenêtres d’opportunité pour monter une manœuvre de tromperie. Lire les premières lignes

  p. 117-118

Cet article introduira un ouvrage du Centre de recherche des Écoles de St-Cyr-Coëtquidan (1). La publication rassemblera les communications de deux colloques de 2010 consacrés aux aspects éthiques et juridiques des systèmes d’armes robotisés. Le programme de recherche « Robotisation du champ de bataille » se clôturera par un colloque international organisé à Coëtquidan les 9 et 10 novembre 2011Lire les premières lignes

  p. 119-121

Recensions

Pierre-Marie Guillon : Il faut supprimer l’armée française  ; Éditions Dangles, 2010 ; 226 pages - Pierre-Dominique Ornano (d')

Lecteur, en lisant ce titre provocateur ne couvre pas de cendre mortifère ta tête affligée. Inquiète-toi plutôt du redoutable constat fait par l’auteur sur l’état de ton pays. Résumons cette aimable pochade : à quoi bon garder une force militaire devenue inconsistante, « bombe » comprise. Elle tombe des mains tremblantes d’un vieux peuple fatigué, totalement dépassé par les nouveaux rapports de force internationaux au milieu desquels il ne fait qu’agiter ses vieilles lunes obsolètes. Lire la suite

  p. 123-125

L’auteur, journaliste et chercheur spécialiste des questions d’urbanisme et des problèmes des banlieues, nous propose une approche intéressante, bien documentée et de nature à ouvrir le débat sur les évolutions de la politique de sécurité française face à la violence des cités. Il y décrit comment les autorités politiques envisagent et conduisent le maintien de l’ordre avec de nouvelles pratiques théorisées notamment dans le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale publié en 2008. Lire la suite

  p. 125-126

Vice-amiral d’escadre Marcel Duval : Marin sous trois républiques (1931-1995)  ; Économica, 2011 ; 288 pages - Camille Sellier

Les plus anciens et fidèles lecteurs de la Revue Défense Nationale se souviennent certainement de celui qui la dirigea en tant que président du Comité d’études de défense nationale de 1977 à 1983, mais aussi de l’auteur de nombreux articles et notes de lecture d’ouvrages, traitant de questions stratégiques et de défense, régulièrement publiés par cette même revue sur une période de près de trente ans puisque le dernier, « La géopolitique de l’énergie », parut dans la livraison de février 2005. Lire la suite

  p. 126-127

Prithwindra Mukherjee : Les racines intellectuelles du mouvement d’indépendance de l’Inde (1893-1918)  ; Éditions Codex, 2010 ; 472 pages - Bernard Norlain

Cet ouvrage, préfacé par Jacques Attali, constitue la thèse de doctorat d’État du docteur Prithwindra Mukherjee. Dirigée par Raymond Aron, elle fut soutenue en 1986 devant un jury présidé par Emmanuel Le Roy Ladurie. L’auteur sociologue, écrivain, poète et musicologue rend ainsi un hommage fervent à son grand-père Jatindra Nâth Mukherjee qui fut l’un des acteurs principaux du mouvement d’indépendance indien. Bien que relativement ancienne, cette thèse est d’une brûlante actualité. En effet, à un moment où l’Inde s’affirme comme une des puissances du XXIe siècle, il n’est pas inutile de comprendre comment s’est construit cet immense pays et sur quels fondements idéologiques et culturels il a conquis son indépendance et bâti son identité. Lire la suite

  p. 128-128

Jean Lopez : Berlin  ; Économica, 2010 ; 644 pages - Pierre Morisot

Le lecteur potentiel pourrait se sentir découragé devant l’épaisseur de l’ouvrage paru dans la collection « Campagnes et Stratégies » et commençant en janvier 1945 à hauteur de la Vistule. Il serait alors tenté de se contenter de feuilleter en se disant que l’essentiel est connu : le rouleau compresseur soviétique écrasant les restes d’une Wehrmacht aux abois, tandis que le Führer joue du faux Wagner au fond de son bunker. Ce lecteur aurait tort, en particulier pour deux raisons : la première est qu’après les dramatiques revers subis à Stalingrad et dans le saillant de Koursk (épisodes déjà traités par Lopez), l’armée allemande reste puissante et se défend avec acharnement, si bien que les premiers mois de l’année voient des batailles gigantesques, accompagnées des deux côtés de pertes tout aussi gigantesques, à hauteur des grands fleuves qui figurent autant d’obstacles pour les assaillants que d’espoirs de blocage en face ; la seconde raison, peut-être essentielle, vient du fait qu’au-delà de la description, l’auteur émet des réflexions catégoriques et parfois iconoclastes sur la valeur et les méthodes des adversaires. Lire la suite

  p. 129-130

Revue Défense Nationale - Mai 2011 - n° 740

The author describes the programme of studies which the High Council for Strategic Education and Research will present on 8 June, detailing the crucial questions posed by a world in transition and which question the durability of the systems which govern it today

The Chief of the French Naval Staff describes the rapid strategic developments of a world increasingly dependent on maritime transport. He shows how the French Navy, a blue-water navy with a world-wide perspective, is at the heart of the defence of the country’s interests and how it is organized to meet the challenges of the future.

The author describes the role of the Gendarmerie in the protection of national territory, in particular of vital areas and infrastructure, especially nuclear installations, and in the continuity of the functioning of the state, in normal times as well as in times of crisis

The armed forces support the functions of public order in dealing with various circumstances whether permanent (vigilance), occasional (reaction to events) or accidental (catastrophes). They operate within the context of the civil territorial organization and in the three dimensions of national territory. An updated structure has been created and tested which retains the characteristics specific to the use of armed force and a high state of readiness in case of need.

The disappearance of the threat to our frontiers has meant that national territory no longer seems to feature prominently as an issue in national security. How then to promote the spirit of defence and maintain the state’s capability for resistance to enable it, if necessary, to withstand the unexpected? The author sketches out some possibilities, particularly in the less tangible areas of defence

In summing up recent developments in the overseas deployment of the armed forces, the author shows how they are becoming ever more integrated into missions of public service and the preservation of national sovereignty in overseas territories

French military commitment in Afghanistan has resulted in a gradual realisation that the nature of combat and the limits of the conventional use of armed force have changed. For the land forces, the resulting conceptual and doctrinal updating has led to pragmatic changes in structures and resources. However, in the author’s opinion, the efforts and sacrifices made have not been reflected in public opinion.

The author explains how the current stalemate in Afghanistan has arisen by describing the gradual morphing of a war against terrorism into the establishment of an Afghan state constructed on western lines.

Although the construction of a wide coalition is supposed to confer legitimacy on the use of force and to increase its efficiency, the Afghan conflict could reveal many fault-lines in this apparently virtuous assemblage. The operational complexities inherent in the effects of scale and the temptation to indulge in minimal commitment alongside a dominant player are all hindrances to general efficiency on the ground

Opinions and Viewpoints

The Libyan question concerns not only most of the countries with interests in the Mediterranean but also all those with an interest in matters concerning Muslim minorities. This is certainly the case for the Russian Federation, as explained by the author, who is an expert on the country.

The label of ‘failed state’ hides a wide variety of situations which are not all ones of disorder and irresponsibility. The Horn of Africa presents a variety of quasi-state structures which the author suggests could prefigure the diversification of the state in Africa.

The consolidation of the French armed services support functions under joint services command, and the creation of defence bases requires a considerable effort of initiative and creativity on the part of the military personnel engaged in the reforms. The author proposes that a personnel policy coordinated between the armed services and a continuous information campaign are required to strengthen cohesion and to meet this urgent challenge.

European cooperation in the armaments sector is laborious. The armaments function is an indicator of power and national sovereignty and France has organized this sector as a function of its demand for strategic autonomy. But it has also always sought the constitution of a true European armaments base, a project which is developing only slowly.

The particular nature of the European project combined with the flagging state of the international system does not favour the Europeanization of national strategic interests. The European Union’s prescriptive ability, although it does not sanction military abstention, is not adequate to avoid the powerlessness and paralysis which the author deplores.

The current Arab-Muslim events on the European periphery suggest to the author a new strategic model to revitalize a European Union weakened by globalization. The re-ordering caused by these events seems to him a means of stimulating a European relaunch based on geopolitics of proximity.

Book reviews

Pierre-Marie Guillon : Il faut supprimer l’armée française  ; Éditions Dangles, 2010 ; 226 pages - Pierre-Dominique Ornano (d')

Vice-amiral d’escadre Marcel Duval : Marin sous trois républiques (1931-1995)  ; Économica, 2011 ; 288 pages - Camille Sellier

Prithwindra Mukherjee : Les racines intellectuelles du mouvement d’indépendance de l’Inde (1893-1918)  ; Éditions Codex, 2010 ; 472 pages - Bernard Norlain

Jean Lopez : Berlin  ; Économica, 2010 ; 644 pages - Pierre Morisot

Revue Défense Nationale - Mai 2011 - n° 740

Comme beaucoup l’ont relevé, nos forces armées sont aujourd’hui engagées dans de nombreuses opérations simultanées ; exigeantes et sensibles, elles font appel à leur réactivité et leur savoir-faire, à leur sang-froid et leur abnégation. Dans la ville d’Abidjan pour sauvegarder la légalité des choix démocratiques d’un peuple ami ; dans le ciel de Libye pour protéger une population révoltée aux prises avec un pouvoir déjugé, au Liban pour aider à pacifier une zone tampon, dans le golfe d’Aden et au large de la Somalie pour contrer la piraterie, en Afghanistan pour lutter contre le terrorisme et aider à la modernisation de ce pays charnière. Engagées précisément sur cet arc de crise qui est l’arc de responsabilités le long duquel nous défendons directement nos intérêts et nos valeurs. Engagées pour contribuer à une stabilité régionale, condition de la sécurité du continent européen et du territoire national.

Ces déploiements multiples, souvent à faible préavis, en correctif plutôt qu’en préventif, nous font prendre conscience de l’instabilité ambiante mais aussi, et c’est peut-être nouveau, des contraintes et des limites des engagements collectifs, qu’ils soient européens ou atlantiques. Ils nous montrent la valeur irremplaçable de la qualification des faits et de la légitimation que procure le Conseil de sécurité des Nations unies dont la détermination et la lucidité sont les vrais garants de l’action cohérente d’une communauté internationale à la recherche de régulation stratégique. Ils nous font prendre également mieux conscience de la souplesse d’emploi de nos forces que procure une organisation politico-militaire éprouvée, appuyée sur un dispositif assez cohérent et des capacités opérationnelles dont la modernisation tenace et pragmatique permet de mettre en œuvre une large gamme de tactiques variées. Peut-être prenons-nous aussi toute la mesure de la valeur d’une autonomie stratégique préservée car les coalitions des volontaires et des capables sont souvent des freins voire des leurres. Sans dire que pour agir, il suffit certes de disposer de moyens, mais en quantités finalement mesurées, mais surtout d’objectifs clairs et de détermination ; sans dire que nous avons encore de la marge d’action.

Dans ce registre, et au-delà de l’exigence d’organisation de l’espace géostratégique européen qui est rappelée régulièrement malgré la paralysie actuelle de l’Union européenne, les transformations de la planète et les émergences stratégiques qui se profilent révèlent que c’est également au grand large et en relation avec des partenaires largement déployés que nous devons aller défendre nos intérêts et assumer nos choix géopolitiques et géo-économiques.

Les réflexions que diffuse ce numéro de mai illustrent ce temps de l’action militaire, qu’il s’agisse d’une meilleure prise en compte des réalités du territoire national, de soutien des forces, d’analyse stratégique des opérations en Afghanistan, d’évolutions africaines ou d’impasses militaires et industrielles européennes… ♦

Jean Dufourcq

Revue Défense Nationale - Mai 2011 - n° 740

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