Février 2020 - n° 827

Pierre Hassner

« Réduire l'incertitude, c'est bien souvent d'abord discerner des intérêts communs, éduquer à la confiance mutuelle et refuser ensemble l'inacceptable »

Amiral Pierre Lacoste

Réfléchir le monde, comprendre les déséquilibres et décrypter la violence intrinsèque à l’humanité en évitant l’optimisme béat des idéalistes et le cynisme des idéologues, tel fut le parcours intellectuel de Pierre Hassner (1933-2018), dont le chemin de vie, de Bucarest à Paris, contribua largement à sa compréhension des mécanismes des relations internationales et de la géopolitique. Lire la suite

  p. 1-1

Lorsque Pierre Hassner nous a quittés, le 29 mai 2018, la multiplication des hommages venus de tous horizons intellectuels a pu témoigner de l’envergure de cet observateur perspicace de la scène internationale, de ce philosophe de la guerre et de la paix, de ce compagnon au long cours de tous ceux qui veulent étudier et comprendre notre monde. Cette salutation unanime a été à la mesure de ce penseur à la longévité exceptionnelle. Né en Roumanie et installé en France en 1948 à l’âge de quinze ans, Pierre Hassner, après ses études à l’École normale supérieure et son agrégation de philosophie, commença à réfléchir sur la scène internationale dès les années 1950 et continua sans interruption jusqu’à ses derniers mois. Lire la suite

  p. 7-9

« J’ai consacré ma vie à l’étude des deux fléaux du totalitarisme 
et de la guerre, pour essayer de comprendre ce qui les rendait 
possibles et ce qui permettrait de les surmonter (1). »
 Lire les premières lignes

  p. 10-14

Pierre Hassner

Après la décennie 1950 marquée par la guerre froide, les années 1960 constituent une période de transition avec une certaine normalisation des rapports Est-Ouest, marquée par des équilibres locaux s’inscrivant dans la bipolarité du monde. Cependant, les difficultés intérieures propres au bloc soviétique, les évolutions sociétales confrontées à l’idéologie communiste et la question non résolue des nationalismes dans l’Europe de l’Est et du Sud-Est peuvent constituer des sources de pessimisme quant à la paix. D’où la nécessité d’un dialogue intereuropéen plus important dépassant la partition actuelle en deux camps. Lire les premières lignes

  p. 17-28

Ce qui est aujourd’hui en question dans la thèse de Clausewitz, ce n’est pas la présence de la force ni son importance dans la politique, mais la nature de leur relation. Actuellement paralysée au niveau supérieur, nucléaire, la violence se répand sous diverses formes à l’intérieur des États. La distinction jadis classique de Hobbes entre l’état civil et l’état de nature, caractéristiques respectivement des rapports intra- et interétatiques, s’en trouve singulièrement compliquée. À partir de ces réflexions, voici un essai de prospective concernant les diverses manifestations de la violence et les régions du monde qu’elles peuvent affecter. Lire les premières lignes

  p. 29-41

La multipolarisation ne change pas seulement le nombre des acteurs, mais la nature de leurs relations et cette transformation ne consiste pas seulement à passer du conflit à la coopération. Il s’agit d’une diversification, ainsi que d’une transformation plus profonde et plus complexe qui fait apparaître de nouveaux clivages et de nouvelles solidarités, et dans laquelle l’influence indirecte et réciproque que les évolutions et les révolutions respectives des différentes sociétés exercent les unes sur les autres prend une importance croissante. Cette influence, jadis gelée à l’époque de la guerre froide par le monolithisme des blocs, est désormais libérée par la détente. Quelle Europe naîtra de cette conjoncture complexe : une Europe dominée par la coopération des deux grands ? Une Europe à dominante atlantique ? Une Europe de l’Oural à l’Atlantique ? Ou bien une Europe européenne et équilibrée ? Cette Europe-là ne se fera pas sans une ferme volonté des Européens, ni, hélas, sans frictions. Lire les premières lignes

  p. 42-56

L’Europe ne veut ni d’une pax sovietica ni d’une pax americana, pas plus qu’elle n’est disposée à se soumettre à un condominium soviéto-américain. Elle refuse de se laisser enfermer dans les dilemmes dont l’auteur donne maints exemples et dont les deux termes du jargon politique américain traduisent l’alternative : linkage or decoupling ? Lier les problèmes ou les dissocier ? Ces faux dilemmes et ces vrais problèmes, elle veut les surmonter par une attitude de coopération qui n’exclut pas la fermeté et qui rejette la transformation des anciens antagonistes en complices et celle des alliés en antagonistes. Lire les premières lignes

  p. 57-70

La Conférence d’Helsinki n’a-t-elle été que le « sommet » de la détente ? Ne sommes-nous pas maintenant engagés sur une pente menacée par les orages ? L’Europe, surtout dans sa partie méridionale, est en état d’instabilité politique. Le risque existe donc de la voir basculer du côté du communisme, apportant ainsi à l’Union soviétique, dont l’effort militaire ne se relâche pas, un avantage stratégique considérable. Comment les gouvernements occidentaux doivent-ils réagir ? L’auteur répond en mettant en garde contre les erreurs à ne pas commettre dans l’analyse de la situation et dans l’attitude à adopter à l’égard des forces de changement et face à la puissance militaire de l’Est. Lire les premières lignes

  p. 71-81

Les Soviétiques souhaitent-ils la victoire des partis communistes occidentaux ? Sont-ils prêts à exploiter la crise économique qui frappe certaines démocraties européennes ? De telles questions ne comportent sans doute pas de réponse unique et certaine. La vision dialectique et mondiale de la « corrélation des forces » convainc l’URSS que celles-ci jouent à long terme en sa faveur, mais elle ne tient à exploiter les processus révolutionnaires que dans la mesure où elle peut en garder le contrôle et éviter en particulier les chocs en retour sur son « imperium » ou sa puissance. L’URSS n’a donc pas fait le choix d’une stratégie définitive et garde toujours « deux fers au feu ». Il importe de le savoir pour une appréciation correcte de la situation en Europe et de l’attitude à adopter vis-à-vis de l’eurocommunisme. Lire les premières lignes

  p. 82-93

Cet exposé répond à certaines des principales questions que nous nous posions sur l’Asie : celle des implications des conflits asiatiques dans les rapports soviéto-américains et celle de la marge de liberté de la politique européenne à l’égard de la Chine. En 1979, Moscou disposait d’une force bien supérieure et d’une volonté expansionniste bien plus forte que Pékin. L’Europe, bien que marginalisée en Asie, se devait de suivre avec intérêt les évolutions à venir en s’interrogeant sur le futur de la Chine. Puissance en devenir ? Lire les premières lignes

  p. 94-100

Les trois principaux partis communistes occidentaux, français, italien, espagnol, se sont en apparence ralliés aux thèses officielles de leurs pays respectifs sur la défense militaire. Si les grandes options ne sont pas mises en question, en est-il de même pour les priorités et les arrière-pensées ? Pour pouvoir aspirer au gouvernement de leur pays, ces partis doivent montrer leur attachement à l’indépendance et à la souveraineté nationale, à l’Occident et à ses alliances. L’absence de neuf partis, dont l’espagnol et l’italien, à la conférence des partis communistes européens sur la paix et le désarmement organisée par le PCF consacre cependant une certaine rupture de l’eurocommunisme. L’Afghanistan a apporté un choc supplémentaire, et chaque parti semble prendre, dans son pays, une position originale, mais on verra probablement d’autres changements. Lire les premières lignes

  p. 101-110

À l’occasion d’un colloque sur « guerres et paix au XXIe siècle », Pierre Hassner revenait sur la théorie du choc des civilisations présenté par Samuel Huntington. Pour le Français, cette thèse comprenait des ambiguïtés, notamment autour de la place de la religion, alors qu’il lui semble nécessaire de prendre en compte les systèmes économiques et politiques face à la modernisation et à la globalisation (aujourd’hui la mondialisation). Avec la question non résolue du lien entre démocratie et individualisme et entre fondamentalisme et « barbarisation ». Lire les premières lignes

  p. 111-114

La grammaire stratégique classique n’a plus cours. À sa place, des règles incertaines et des frontières diffuses entre politique et stratégie, et deux champs de confusion ; celui des armes nucléaires et celui de l’intervention militaire qu’explore l’auteur. Désordre et contradictions sont désormais les constantes de la dérégulation stratégique, laissant les sociétés incapables de dialoguer entre elles, alors qu’il y a urgence. Lire les premières lignes

  p. 115-121

L’auteur nous livre une réflexion générale sur les notions de guerre, de stratégie et de puissance, et sur les rapports complexes qu’ils entretiennent au début du XXIe siècle. À la lumière des engagements récents de la France, il les réinterprète en montrant combien la combinatoire actuelle requiert le sens du bon voisinage, la volonté d’équilibre et de compromis pour préserver ce qu’il ne nomme pas, mais qui est au cœur de l’identité, la liberté de choisir son propre destin. Lire les premières lignes

  p. 122-128

C’est de la régulation stratégique qu’il s’agit dans cette réflexion qui examine comment y contribuent la négociation, la dissuasion et l’intimidation. En convoquant théoriciens et analystes, et en examinant le système international dont il pointe les limites, l’auteur montre qu’elle est plus que jamais fragile. La désorganisation du monde ne cesse de grandir avec un brouillage des différents acteurs, chacun se fixant ses propres règles et réfutant celles des autres. Lire les premières lignes

  p. 129-135

L’incertitude stratégique que beaucoup ressentent, résulte de fragiles équilibres antérieurs désormais rompus, de l’apparition de nouveaux acteurs et de nouvelles frictions, mais surtout de la crise générale du politique qui est la marque d’un monde en transition rapide. Cette déstabilisation des anciens équilibres s’accroît d’autant plus que les échelles de temps sont désormais distinctes entre les différents acteurs, les uns voulant l’instantanéité et les autres le temps long. Lire les premières lignes

  p. 136-140

Après un rappel historico-politique, l’auteur expose la complexité et la relativité actuelles, plus grandes qu’à d’autres époques, des notions d’équilibre et de supériorité stratégiques. Il montre comment l’ambiguïté ou la précarité des équilibres conditionnent cette supériorité et imposent le recours à une stratégie vraiment totale, embrassant le long terme et s’appuyant sur une vision globale des réalités du monde. Lire les premières lignes

  p. 141-146

Chronique

Les Alliés considéraient avoir la supériorité navale face à l’Allemagne, mais dans les faits les flottes françaises et britanniques avaient de nombreuses lacunes que la Kriegsmarine avait identifiées. De plus, la Royal Navy subissait un vieillissement de ses navires qui ne serait surmonté qu’à partir de 1941. Lire les premières lignes

  p. 149-150

Recensions

Hélène Bravin et Kamel Almarache : Libye, des révolutionnaires aux rebelles  ; Éditions Erick Bonnier, 2018 ; 340 pages - Jérôme Pellistrandi

Depuis la mort brutale de Kadhafi en octobre 2011 à la suite de l’intervention militaire soutenue principalement par la France et le Royaume-Uni consécutivement aux « Printemps arabes », avec l’appui des pays du Golfe, la Libye a basculé dans une nouvelle guerre civile et est toujours en proie à tous les tourments et les affres d’une reconstruction institutionnelle ratée. Lire la suite

  p. 151-152

Learning War est un ouvrage précieux et d’une grande actualité. Précieux, car il offre une immersion de premier plan dans l’histoire opérationnelle et intellectuelle de l’US Navy au cours des décennies qui l’ont vue passer du statut de simple marine régionale à celui de première marine mondiale. D’une grande actualité, car Trent Hone y met magistralement en lumière les ingrédients nécessaires à l’émergence réussie d’une culture de l’innovation dans un organisme complexe. Lire la suite

  p. 152-154

Florian Manet : Le Crime en bleu – Essai de thalassopolitique  ; Nuvis, 2018 ; 262 pages - Thibault Lavernhe

Colonel de gendarmerie, Florian Manet livre avec Le Crime en bleu un tableau complet et précis de l’écosystème des activités illicites en mer. Fort de sa connaissance du monde maritime et de son expérience de chef de la section de recherche de la gendarmerie maritime, cet officier y développe l’idée selon laquelle « la criminalité organisée en mer apparaît comme la face cachée d’une mondialisation des échanges fondée sur la maritimisation des économies ». Partant, le colonel Manet construit un propos à la fois théorique et pratique, qui vise à montrer comment la maritimisation, par ses caractéristiques, agit comme multiplicateur de puissance pour les malfaiteurs. Qu’il s’agisse de narcotrafic (cas d’école par excellence, d’ailleurs largement développé par l’auteur), de contrefaçons, de pêche illicite, de piraterie ou encore de trafic d’êtres humains, l’auteur constate que « telle la bernique, l’activité criminelle s’est accrochée au rocher d’une mondialisation irréversible, lui assurant un avenir des plus prospère ». Lire la suite

  p. 155-155

Brigitte Le Guen (dir.), Maria Cecilia D’Ercole, Julien Zurbach : Naissance de la Grèce. De Minos à Solon (3200 à 510 avant notre ère)  ; Belin, 2019 ; 690 pages - Serge Gadal

Du roi mythique Minos à Solon, l’un des Sept sages de la Grèce ancienne, ce beau volume, richement illustré et cartographié, retrace l’histoire des mondes égéens depuis leur origine en embrassant la totalité des cultures archéologiques qui se sont succédé pendant l’âge du bronze. On assiste ainsi à la formation en Égée des premières sociétés dites mycéniennes et à l’édification de vastes monuments appelés conventionnellement « palais », qui font suite à ceux préalablement attestés en Crète. Au XIIe siècle avant J.-C., surviendront la destruction de ces bâtiments et la disparition concomitante de l’écriture liée à leur fonctionnement, le linéaire B, dont la langue transcrite était déjà du grec. Viennent ensuite les « âges obscurs », du début de l’âge du fer, d’où émergeront peu à peu des formes urbaines embryonnaires, qui donneront naissance, aux environs du VIIe siècle avant J.-C., aux entités nommées poleis (cités ou cités-États). Un même modèle civique se diffusera si largement par le biais de colonies qu’en l’espace de deux siècles des Grecs seront présents du détroit de Gibraltar à la Syrie et de la Crimée au delta du Nil, en passant par les côtes de la Turquie actuelle. Dans le même temps, la monnaie fera son apparition, ainsi qu’un nouvel alphabet emprunté très vraisemblablement aux Phéniciens. Lire la suite

  p. 156-156

Revue Défense Nationale - Février 2020 - n° 827

Pierre Hassner

[RDN No 289, May 1970] After the 1950s, a decade dominated by the Cold War, the 1960s were a transition period in which there was some normalisation of East-West relations, notably in localised balances, yet overall in line with the bipolar nature of the world. Nevertheless internal difficulties in the Soviet bloc, societal changes that challenged communist ideology and the unresolved question of nationalism in eastern and south-eastern Europe fuelled pessimism regarding peace. There is thus a need for greater inter-European dialogue that goes beyond the current divide between the two camps.

[RDN No 306, December 1971] The big question arising today from Clausewitz’s theory concerns neither the presence of force nor its importance in politics, but the nature of their relationship. Whilst currently paralysed at the highest—nuclear—level, violence of all forms is spreading within states. The once classical Hobbes distinction between the civil state and the natural state, which respectively characterise relationships within states and between them, has therefore become singularly complicated. Presented here is an essay based on these thoughts, with regard to the future, the various manifestations of violence and the regions of the world that they could affect.

[RDN No 320, March 1973] Multi-polarisation changes not only the number of players but also the nature of their relations. This change is not only one of moving from conflict to cooperation: it concerns diversification as well as deep and complex transformation that is giving rise to new divisions and new interdependencies. It is also under the indirect and reciprocal influence of the evolutions and revolutions of different societies, which in acting on each other are taking on growing importance. Détente has liberated this influence that was previously frozen in the era of the monolithic Cold War blocs. What type of Europe will emerge from this complex situation—one dominated by cooperation with the two big powers? A Europe dominated by the Atlantic? A Europe that stretches from the Urals to the Atlantic? Or a truly balanced European Europe? The latter Europe cannot be created without firm will on the part of the Europeans or, alas, without friction.

[RDN No 334, June 1974] Europe has no desire for pax Sovietica or pax Americana, any more than it wishes to be subjected to a Soviet-American condominium: it refuses to get trapped in dilemmas, which in American political jargon are regarded as linkage or decoupling—the author gives numerous examples. Linking problems or dissociating them? Europe wants to overcome these false dilemmas and real problems through an attitude of cooperation that does not exclude firmness and that rejects the transformation of former antagonists into partners and of allies into antagonists.

[RDN No 350, December 1975] Was the Helsinki Conference simply the summit of détente? Having passed the summit, are we now on a downhill slope with thunderclouds amassing above us? Europe, particularly its southern part, is in a state of political instability, and there is a risk of seeing it swing towards communism thus affording the Soviet Union a considerable strategic advantage. How should Western governments react? The author replies with a warning about the errors not to commit in analysing the situation and in the attitude to adopt regarding the forces of change and the military power of the East.

[RDN No 362, January 1977] Are the Soviets seeking victory for Western communist parties? Are they looking to exploit the economic crisis that is hitting some European democracies? Such questions probably have no unique, certain answers. Worldwide debate over correlation of forces has convinced the USSR that it works in its favour over the long term, but the USSR only looks to exploit revolutionary processes insofar as it can maintain control and in particular avoid knocks to its sphere of influence or its power. The USSR has therefore not chosen a definitive strategy, and always keeps two irons in the fire. It is important to know this if a correct assessment of the situation in Europe is to be made and for deciding the attitude to adopt regarding Euro-communism.

[RDN No 393, November 1979] This exposé looks at some of the principal questions we have about Asia: the effect of Asian conflicts on Soviet-American relations, and the degree of freedom European policy enjoys with regard to China. In 1979 Moscow had far superior forces than Beijing and a far stronger expansionist will. Though now on the side-lines in Asia, Europe needs to follow coming developments closely and question the future of China: a power in the making?

[RDN n° 402, August/September 1980] The three main Western communist parties, in France, Italy and Spain, would appear to rally to the official lines of their respective countries on military defence matters. Though they do not call into question the principal policy options, what of their priorities and ulterior motives? In order to aspire to the government of their countries, these parties need to show their attachment to independence, national sovereignty, the West more generally and its alliances. The absence of nine parties, of which the Spanish and Italian ones, from the European communist parties’ conference on peace and disarmament organised by the French communist party (PCF) nevertheless shows a degree of dissent within Euro-communism. Afghanistan was a further shock and each party appears to be taking a particular position within the context of its own country: further changes are likely.

[RDN n° 574, April 1996] At the colloquium on Wars and peace in the twenty-first century, Pierre Hassner reviewed Samuel Huntington’s theory of clash of civilisations. For the Frenchman, this theory has a number of ambiguities, particularly on the place of religion, yet for him it would appear appropriate to take into account the economic and political systems that are facing modernisation and globalisation. There remain the unresolved matters of the link between democracy and individualism and that between fundamentalism and barbarism.

[RDN No 729, April 2010] Classical strategic language no longer has its place. Instead, we have vague rules and diffuse boundaries between policy and strategy, together with two areas of confusion: that of nuclear weapons and that of military intervention. The author explores the disorder and contradictions that are henceforth the constants of strategic deregulation that renders societies incapable of speaking to each other—despite the urgent need to do so.

[RDN No 743, October 2011] The author takes a broad look at the notions of war, strategy and power, and at their complex relationships at the beginning of the twenty-first century. He reassesses them in the light of recent French commitments by showing the degree to which their current state requires a sense of good neighbourliness, a will to arrive at an equitable balance, and a will to compromise in order to preserve what is at the heart of identity, although he does not name it as such—the freedom to choose one’s own destiny.

[RDN n° 758, March 2013] This essay looks at strategic regulation and how negotiation, deterrence and intimidation contribute to it. The author calls on theoreticians and analysts, and examines the international system and its limits to show that strategic regulation is more fragile than ever. Worldwide disorganisation continues to grow, with blurring of the various players, each of which fixes his own rules and refutes those of others.

[RDN n° 766, January 2014] The strategic uncertainty felt by many is the result of the upsetting of former delicate balances, the appearance of new players and new sources of friction and above all of the general political crisis that is the mark of a world undergoing rapid change. Such destabilisation of former balances is increasing, especially given that those players now have distinctly different timescales—some wanting instant results, others seeking results over the longer term.

[RDN n° 771, June 2014] Following a historical-political reminder, the author expands upon today’s greater than ever complexity and relativity of notions of balance and strategic superiority. He shows how ambiguity and insecurity in balances is conditioning such superiority and necessarily leading to a total strategy to cover the long term that draws on an overall vision of the realities of the world.

The allies considered that they had naval superiority over Germany but the facts reveal that the French and British fleets had many failings which had been identified by the Kriegsmarine. Moreover, the Royal Navy was suffering from ageing of its ships, an issue only overcome from 1941.

Book Reviews

Hélène Bravin et Kamel Almarache : Libye, des révolutionnaires aux rebelles  ; Éditions Erick Bonnier, 2018 ; 340 pages - Jérôme Pellistrandi

Florian Manet : Le Crime en bleu – Essai de thalassopolitique  ; Nuvis, 2018 ; 262 pages - Thibault Lavernhe

Brigitte Le Guen (dir.), Maria Cecilia D’Ercole, Julien Zurbach : Naissance de la Grèce. De Minos à Solon (3200 à 510 avant notre ère)  ; Belin, 2019 ; 690 pages - Serge Gadal

Revue Défense Nationale - Février 2020 - n° 827

Pierre Hassner

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Juin 2020
n° 831

La puissance américaine : assise et évolutions stratégiques

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