Février 1979 - n° 385

Selon les interprètes actuels de la théorie du père de la géopolitique, Sir Halford Mackinder, les relations Est-Ouest peuvent être utilement analysées comme la perspective d'un affrontement permanent entre l'imperium soviétique (Heartland, c'est-à-dire la zone pivot du monde constituée par l'Eurasie) et l'imperium des États-Unis (Outer Crescent, c'est-à-dire le croissant insulaire extérieur). Entre ces deux puissances, des zones d'affrontement existent : les croissants intérieurs, marginaux ou insulaires (Rimland ou Crescent). En Asie orientale ce sont l'Afghanistan, l'Iran et la Turquie. En Asie du Sud-Est, le croissant insulaire est constitué par le chapelet d'États qui bordent le continent de la Corée à la Malaisie en passant par le Japon, Taïwan et les Philippines. C'est pour la domination de cette ceinture du continent asiatique que la lutte est engagée entre Moscou et Pékin tandis que Washington et Tokyo y recherchent l'extension de leur puissance économique et la consolidation de leur influence diplomatique.

  p. 7-20

À l'Ouest comme à l'Est, de nouveaux chars font leur apparition. Ils bénéficient des progrès technologiques accomplis depuis une dizaine d'années en matière de blindage, de puissance, de précision et de rapidité de tir – même en marche – d'aptitude au combat de nuit, de maniabilité et d'agilité, de capacité de survie enfin qui en font vraiment les instruments de combat les mieux adaptés à la bataille terrestre moderne en ambiance nucléaire. Lire les premières lignes

  p. 21-34

À la 24e session de l'Assemblée de l'Union de l'Europe occidentale (UEO), à Paris en novembre 1978, un rapport fit quelque bruit : celui du Britannique Critchley, portant sur « Une politique européenne d'armements ». Il invoquait la nécessité d'une production en commun des armements pour permettre l'interopérabilité et la standardisation des matériels, affirmait que les progrès en ce sens opérés jusqu'à ce jour au sein du Groupe européen indépendant de programmes (GEIP) étaient trop lents et trop limités et il ne proposait rien moins qu'une restructuration de l'industrie européenne d'armements sous l'égide de la Communauté européenne. Cette perspective d'extension abusive des compétences de la Communauté au domaine de la défense suscita, comme on pouvait s'y attendre, les protestations et le rejet de la part des représentants français. Lire les premières lignes

  p. 35-48

La visite spectaculaire du président syrien Hafez el Assad à Bagdad du 24 au 26 octobre 1978, l'adoption d'une « charte nationale d'action commune » et la création d'une instance politique supérieure aux deux pays scellent la réconciliation de la Syrie et de l'Irak et leur détermination d'opposer à Israël un « Front de la fermeté ». L'auteur souligne l'importance de ce rapprochement entre les deux capitales du Baas après une dizaine d'années de brouille et de rivalités. Ainsi les Accords de Camp David auront-ils eu pour résultat paradoxal de faire accomplir un pas important à l'unité du monde arabe. Lire les premières lignes

  p. 49-62

Les mécanismes de formation et de prise de décision au Japon sont profondément différents des nôtres. L'oublier, c'est s'exposer à de graves mécomptes dans nos relations avec ce pays, ou dans l'analyse de sa politique extérieure. L'auteur vient de passer quelques années au Japon et tire ici les enseignements de ses expériences. Lire les premières lignes

  p. 63-72

La catastrophe de l’Amoco-Cadiz a provoqué dans le monde entier de sérieuses études sur les dangers de pollution résultant de la circulation intensive des superpétroliers, particulièrement dans les détroits servant à la navigation internationale. L'auteur, délégué à la Conférence des Nations unies sur le droit de la mer et spécialiste de l'océan Indien, analyse les mesures prises par les États riverains des détroits de Malacca pour prévenir de tels dangers, sans entraver le libre transit dans ces détroits dont la position stratégique est capitale entre le Pacifique et l'océan Indien. Il propose également que des mesures du même ordre soient étudiées en France, avec la Grande-Bretagne et l'Italie, pour les détroits du Pas-de-Calais et de Bonifacio.

  p. 73-84

La fermeture du canal, de 1967 à 1975, à la suite de la guerre des Six Jours, a dérouté le trafic pétrolier par Le Cap et a provoqué l'apparition des superpétroliers qui ont bouleversé le marché du fret. Pour récupérer une partie de ce trafic, indispensable à son économie, l'Égypte aujourd'hui a un ambitieux projet d'approfondissement et d'élargissement du canal en deux phases que l'auteur expose ici et dont il évalue les conditions de rentabilité.

  p. 85-92

L'auteur après avoir enseigné, a exercé des responsabilités dans le commerce pétrolier et la navigation rhénane. Ce profil de carrière l'a conduit à réfléchir aux problèmes opérationnels qu'il évoque ici : quelles facilités et quels obstacles le terrain de l'Europe du Nord-Ouest, modelé par l'industrie moderne, l'extension de l'urbanisation et de l'habitat, le développement des voies navigables, offre-t-il à un envahisseur ? Quel parti peut en tirer le défenseur ? L'auteur se défend de quelque prétention que ce soit en matière opérationnelle : il souhaite simplement que ses idées sur la géographie moderne puissent être de quelque utilité aux tacticiens et aux stratèges.

  p. 93-105
  p. 107-113
  p. 115-128

Chroniques

L’historien qui établira le bilan de l’année 1978 retiendra sans doute, comme événements majeurs, l’enlèvement et l’assassinat du président Aldo Moro, l’intervention des parachutistes français à Kolwezi, la mort de Paul VI et celle de Jean-Paul Ier puis l’installation au Vatican d’un pape venu de l’Est où la religion demeure très fervente et ne paraît pas être « l’opium du peuple », le « sommet » de Camp David, les espoirs qu’il a suscités et les difficultés auxquelles se sont heurtées les idées émises par ses participants. Cet historien retiendra aussi les événements d’Iran, l’ébranlement de la Turquie et l’ouverture de la Chine à l’Occident. Alors que 1977 n’avait fait que continuer 1976, 1978 laissera le souvenir de grands changements. Jusqu’en décembre il semblait que ceux-ci restaient limités à l’Asie, notamment à l’ancienne Indochine et à la Chine : le traité de paix sino-japonais puis la normalisation des relations sino-américaines ont effectivement ouvert une ère nouvelle et un équilibre nouveau pour le Pacifique. Mais, dans les dernières semaines de l’année, ce sont les confins européo-asiatiques qui ont connu les remous les plus profonds et les plus lourds de signification. L’Iran et la Turquie avaient été à l’origine, en 1947, du réengagement des États-Unis en Europe, et c’est à propos de ces deux pays (indépendamment de l’Allemagne, évidemment) que s’était engagée la guerre froide. Aujourd’hui leur avenir est mis en question, et c’est ainsi une région-clé qui risque de se trouver déstabilisée. Si l’on tient compte, en outre, des nouveaux retards enregistrés pour la conclusion d’un second accord sur la limitation des armements stratégiques, on comprend que l’année 1979 ne se soit pas ouverte sous le signe de l’optimisme. Lire les premières lignes

  p. 129-132

En 1973, à l’issue de l’aventure vietnamienne, la conscription, impopulaire, a été « suspendue ». Depuis, la défense repose sur des forces armées constituées de personnels recrutés uniquement par voie d’engagement volontaire. Coûteuses par essence, ces forces, d’un volume limité, devraient dès le temps de crise être renforcées par des réserves nombreuses. Lire les premières lignes

  p. 133-141

L’année 1978 s’est achevée en Chine avec l’apparition du coca-cola à Pékin, mais le mercantilisme ne sera pas le seul bénéficiaire du rapprochement sino-américain et la presse cherche surtout à en déceler les répercussions stratégiques. Naguère « tigre de papier » la puissance américaine engage sa diplomatie sur cette voie que Léonid Brejnev, en juin dernier, qualifiait de « dangereuse et à courte vue ». Le Kremlin y voit l’amorce d’une politique programmée à long terme contre sa propre sécurité. Le conseiller du président Carter, Brzezinski, a beau affirmer que Washington n’a pour objectif que d’instaurer un « système international plus ouvert et pluraliste », on n’en croit rien à Moscou où l’on estime que ces subtilités doctrinales masquent une réalité beaucoup plus crue. Lire les premières lignes

  p. 133-141

La Loi de programmation 1977-1982 sera révisée par le Parlement dans le courant de l’année 1979. Après avoir rappelé brièvement ses objectifs, nous dresserons un court bilan de son exécution pour l’Armée de terre. Lire les premières lignes

  p. 146-151

Le début du mois de décembre 1978 a vu deux prises de position importantes au sujet de l’AWACS (Airborne Warning and Control System selon la terminologie américaine). Il s’agit d’abord de la confirmation par l’Allemagne fédérale (RFA) de son adhésion au système proposé par l’Otan, puis de la décision des ministres de la Défense des pays membres de cette organisation d’équiper les forces du Pacte de 18 appareils Boeing-Westinghouse E-3A. Les États-Unis et la RFA financeront, à eux deux, au moins 69 % du coût de la réalisation de ce projet qui représente une dépense de 1,860 milliard de dollars, en l’état actuel des estimations. Lire les premières lignes

  p. 152-156

Pour un navire nouveau dont la construction s’effectue dans un bassin, il n’y a évidemment pas de lancement. Les cérémonies qui généralement accompagnent cette opération toujours spectaculaire sont alors reportées soit au moment où le navire est mis à flot dans le bassin, soit à la sortie de ce dernier quand il va gagner le quai où il sera achevé. C’est ce qui s’est passé le 2 décembre 1978 à Brest pour la corvette Dupleix et le pétrolier-ravitailleur Meuse qui avaient été montés dans les bassins de Laninon. La cérémonie s’est déroulée en présence de l’amiral préfet maritime de la 2e Région, de l’ingénieur général directeur des constructions et armes navales et des principales personnalités civiles et militaires de Brest. Lire les premières lignes

  p. 157-161

Par ses ressources économiques et humaines, le Nigeria est le pays le plus important d’Afrique noire (1). Il compte néanmoins parmi les plus pauvres en raison de la densité de sa population et des graves crises internes qu’il a connues depuis son accession à l’indépendance. Paradoxalement aussi, il représente à la fois un facteur de stabilité pour l’ensemble du continent et d’instabilité dans une Afrique occidentale morcelée dont il aspire à devenir la clé de voûte du regroupement mais qui craint ses ambitions hégémoniques. Après la guerre du Biafra, ses gouvernements successifs s’étaient bornés, en politique étrangère, à s’efforcer de disloquer l’encerclement dont ils croyaient que leur pays était l’objet pendant qu’ils en reformaient les structures pour accroître l’autorité du gouvernement central. Depuis que le régime militaire a terminé son œuvre de consolidation intérieure et qu’il s’apprête à céder le pouvoir aux civils, depuis surtout l’éviction de l’armée d’une fraction de jeunes officiers progressistes, Lagos intervient plus volontiers dans les affaires du continent et fait entendre sa voix dans tous les secteurs en crise. Lire les premières lignes

  p. 162-167

* Les ministres de l’Otan ont observé avec préoccupation le développement continu des forces et des armements du Pacte de Varsovie, aussi bien dans le domaine conventionnel que nucléaire, bien que l’Est ne cesse de réaffirmer qu’il ne vise pas à la supériorité militaire. Les ministres soulignent donc la nécessité de continuer à dégager les ressources voulues pour moderniser et renforcer le potentiel allié dans la mesure requise pour assurer la dissuasion et la défense. Prochaine réunion ministérielle du Conseil de l’Atlantique nord à La Haye les 30 et 31 mai 1979. Lire la suite

  p. 168-169

Bibliographie

Général Sir John Hackett (dir.) : The Third World War: The Untold Story  ; Éditions Sidgwick and Jackson 1978 ; 368 pages - Emmanuel Hublot

Sir John Hackett a commandé l’Armée britannique du Rhin (BAOR) en même temps qu’il était, dans l’Otan, le commandant désigné du groupe d’armées nord, formé d’éléments anglais, allemands, belges et hollandais. Il a tiré la sonnette d’alarme quand il a estimé qu’un souci trop poussé d’économie compromettait dangereusement l’aptitude de ses forces à jouer le rôle qu’on attendait d’elles. Rendu à la vie civile, et plus précisément à la carrière universitaire à laquelle il se destinait avant-guerre, il revient sur cette question en l’étendant à l’ensemble des moyens alliés. Lire la suite

  p. 170-172

René Levesque : La passion du Québec  ; Éditions Stock, 1978 ; 302 pages - Pierre-Louis Mallen

Comment trouver le temps et la liberté d’esprit nécessaires pour écrire un livre quand on a la responsabilité de diriger un pays et, circonstance aggravante, dans une époque cruciale de son évolution historique ? Lire la suite

  p. 172-173

John Lukacs : La dernière guerre européenne  ; (traduit par Jean-Pierre Cottereau) Éditions Fayard, 1978 ; 486 pages - André Nolde

John Lukacs, historien et philosophe de l’histoire, est fort connu dans les pays anglo-saxons. Sa réputation est moindre en France, où, jusqu’à présent, un seul de ses ouvrages, Guerre froide avait paru en traduction chez Gallimard en 1962. Lire la suite

  p. 173-174

Marc Dem : Mourir pour Cao Bang  ; Éditions Albin Michel, 1978 ; 246 pages - André Nolde

En se proposant de reconstituer ce que fut au mois d’octobre 1950 le désastre militaire de la Route coloniale n° 4 – celle qui longe la frontière chinoise dans le Nord du Tonkin entre Cao Bang et Lang Son – Marc Dem, journaliste et écrivain, ne s’étend malheureusement pas beaucoup sur les sources auxquelles il a pu avoir accès. Il se borne à mentionner, dans la dédicace, l’aide qui lui a été apportée par la lecture des mémoires (inédites ?) du colonel Pierre Charton, l’un des principaux protagonistes du drame. Ni dans le texte, ni à la fin du volume, on ne trouve la moindre indication bibliographique, ni la moindre allusion à d’autres témoignages ni à un quelconque document. Lire la suite

  p. 175-175

Henri Navarre et des anciens membres du SR : Le Service des Renseignements (1871-1944)  ; Éditions Plon, 1978 ; 352 pages - Georges Vincent

Ce n’est qu’après la défaite de 1870 que la France se dota d’un service de renseignements. Encore ne fut-il à l’origine qu’une modeste section du 2e bureau ayant compétence seulement pour le renseignement militaire et, pour l’essentiel, limité alors au domaine de l’Armée de terre. Le premier conflit mondial donna l’occasion à ce service de faire la preuve de son utilité et de son efficacité : il annonça avec précision plusieurs des grandes offensives allemandes sans que pour autant le Haut commandement accordât toujours crédit à ses avertissements. Lire la suite

  p. 175-176

Revue Défense Nationale - Février 1979 - n° 385

Revue Défense Nationale - Février 1979 - n° 385

Il n'y a pas d'éditorial pour ce numéro.

Revue Défense Nationale - Février 1979 - n° 385

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