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Novembre 2020 - n° 834

La relation de défense franco-britannique au temps du Brexit

« Le succès n'est pas final, l'échec n'est pas fatal : c'est le courage de continuer qui compte »

Winston Churchill
Édition exceptionnellement bilingue - 172 pages

La relation entre la France et le Royaume-Uni est l’une des plus anciennes et des plus structurantes de l’histoire du continent européen. Pendant des siècles, les deux États ont été en compétition-confrontation, se disputant tant sur mer que sur terre. Il fallut attendre le XIXe siècle pour que l’anglophilie de Louis-Philippe et la francophilie de la Reine Victoria permettent un rapprochement qui progressivement s’est institutionnalisé, renforcé par les luttes communes sur les champs de bataille au XXe siècle. C’est bien de Londres et avec le soutien de Winston Churchill que le général de Gaulle sauva l’honneur de la France. Lire la suite

  p. 1-1

La relation de défense franco-britannique au temps du Brexit

Les relations de défense franco-britanniques sont anciennes, solides et appelées à se renforcer dans la durée, tant les deux États ont des intérêts stratégiques communs. Depuis l’Entente cordiale, la coopération militaire n’a cessé de croître, renforcée par les tempêtes que nous avons et aurons à affronter ensemble. Lire les premières lignes

  p. 11-20

Les relations franco-britanniques sont historiques, profondes et complexes, alternant proximité et distance. Les tentatives de rapprochement ont été nombreuses et ont souvent échoué, les cultures politiques restant très différentes, Londres étant souvent tourné vers Washington et Paris vers Berlin. Or, il est urgent de retrouver des convergences, notamment en matière de défense. Lire les premières lignes

  p. 21-28

Dix ans après leur signature, les traités de Lancaster House sont un atout essentiel dans la relation de défense franco-britannique. Cette coopération solide et fructueuse doit désormais être développée et proposer de nouvelles perspectives avec des projets concrets pour répondre aux défis sécuritaires de demain. Lire les premières lignes

  p. 29-33

La force conjointe franco-britannique (CJEF) est désormais opérationnelle après plusieurs phases de montée en puissance. L’interopérabilité y est un élément central et englobe de nombreux aspects. Cet outil ne doit cependant pas rester figé et doit poursuivre sa maturation, notamment dans le champ logistique et des chaînes de commandement. Lire les premières lignes

  p. 34-37

La construction de la composante terrestre du CJEF prévue par le traité de Lancaster House s’est appuyée sur une interopérabilité technique et procédurale, mais surtout humaine pour en garantir le succès opérationnel dans la durée. L’enjeu désormais est d’entretenir cette culture commune et l’enrichir pour répondre aux exigences de demain. Lire les premières lignes

  p. 38-42

La relation industrielle franco-britannique a connu de réels succès, notamment pour les missiles avec MBDA, mais aussi des déconvenues cuisantes, malgré les promesses politiques. De plus, le Brexit risque d’avoir, à terme, des conséquences non négligeables et déplorables. Les projets Scaf et Tempest auraient intérêt, à défaut de fusionner, de trouver des convergences. Lire les premières lignes

  p. 43-49

Les 10 ans des traités de Lancaster House démontrent le besoin impératif de relancer la coopération bilatérale qui risque actuellement de s’essouffler, faute d’un mauvais dynamisme. Le Brexit ne peut qu’accentuer les difficultés, d’où la nécessité d’une relance politique clairement soutenue de part et d’autre de la Manche. Lire les premières lignes

  p. 50-55

La signature des Traités en 2010 s’inscrivait dans la suite de la crise financière de 2008, obligeant à revoir à la baisse les ambitions stratégiques des deux États. Aujourd’hui, si le diagnostic sur les enjeux est clairement partagé, les voies suivies par Paris et Londres divergent quelque peu. Or, il y a un vrai besoin d’un engagement mutuel. Ce sera l’un des défis post-BrexitLire les premières lignes

  p. 56-61

La consolidation de l’industrie de défense peut s’appuyer sur le modèle proposé par MBDA, le missilier franco-britannique, qui a su construire une convergence entre visions politiques et industrielles. L’objectif est de développer une industrie pérenne et compétitive répondant aux besoins et renforçant notre souveraineté. Lire les premières lignes

  p. 62-67

Le Brexit et la pandémie ont d’ores et déjà un impact fort sur la politique de défense du Royaume-Uni. La prochaine revue stratégique en 2021 devra définir des priorités et donc faire des choix majeurs entre deux approches différentes. Les enjeux seront donc importants pour la Royal NavyLire les premières lignes

  p. 68-75

Si la France et le Royaume-Uni sont des puissances nucléaires, leur approche du concept de dissuasion n’est pas strictement identique, même si de nombreuses convergences existent. De plus, le sujet est très peu présent dans le débat stratégique britannique. Il y aurait donc beaucoup à gagner en approfondissant les discussions, y incluant également nos partenaires européens pour qu’ils en comprennent les finalités. Lire les premières lignes

  p. 76-80

Les systèmes de combat aériens futurs sont un enjeu majeur pour les décennies à venir. Or, le Royaume-Uni et la France sont engagés dans des projets concurrents. Les évolutions de l’industrie 4.0 pourraient cependant apporter des convergences pertinentes indispensables pour préserver l’autonomie européenne. Lire les premières lignes

  p. 81-86

Recensions

En 2020, sommes-nous entrés dans une quatrième bataille de l’Atlantique ? Pour Magnus Nordenman, expert en affaires navales, cela ne fait aucun doute, et nous assistons depuis le milieu des années 2010 à une nouvelle compétition qui s’inscrit à la suite des deux guerres mondiales et de la guerre froide, durant lesquelles l’Atlantique Nord fut le théâtre d’une intense lutte pour la liberté de pouvoir y manœuvrer afin de mieux conquérir des objectifs terrestres. Mais, loin d’être une simple redite des tensions de la guerre froide entre la Russie et les forces de l’Otan, cette « nouvelle bataille pour l’Atlantique » doit se comprendre dans un contexte renouvelé où les continuités se mêlent aux ruptures. Lire la suite

  p. 161-163

Christian Destremau : Churchill et la France  ; Perrin, 2017 ; 410 pages - Serge Gadal

La France a toujours tenu une place particulière dans la vie et l’imaginaire de Winston Churchill, ainsi que nous le rappelle Christian Destremau dans un ouvrage qui a le mérite d’en analyser toute la complexité. Lire la suite

  p. 163-164

Revue Défense Nationale - Novembre 2020 - n° 834

La relation de défense franco-britannique au temps du Brexit

Franco-British Defence Relations at Brexit Time

Franco-British defence relations are long-standing and sound, and merit reinforcing for the longer term in view of the degree to which the two countries hold common strategic interests. Military cooperation has not ceased growing since the Entente cordiale, and indeed has been strengthened by the storms that we have had to, and will continue to ride out together.

Franco-British relations are age-old, deep and complex, with alternating closeness and distance. Attempts at rapprochement are legion and have often failed, and political cultures remain very different with London turning to Washington and Paris to Berlin. For all that, there is an urgent need to find convergences, particularly on defence matters.

Ten years after their signature, the Lancaster House Treaties are an essential asset to the Franco-British relationship. This solid and productive relationship needs now to be developed further and to open up new perspectives, with concrete projects in order to respond to future security challenges.

The Franco-British Combined Joint Expeditionary Force (CJEF) is now operational after several phases of construction.  Interoperability is central to its function and covers a great number of aspects. This tool must nevertheless not be left to fossilise and must continue to mature, particularly in the fields of logistics and command chains.

The construction of the land component of the CJEF that stemmed from the Lancaster House Treaties has been founded on technical and procedural, and especially human interoperability to guarantee its long-term operational success. The challenge now is to maintain this common culture and enrich it in order to be able to respond to the demands of the future.

The Franco-British industrial relationship has seen a number of genuine successes, particularly in the field of missiles with MBDA, but also some bitter failures despite all political promises. Moreover, Brexit may well lead to longer-term, significant and highly undesirable consequences. It would be to the interest of the FCAS and Tempest projects to find some convergence even if they cannot actually merge.

The tenth anniversary of the Lancaster House Treaties highlights the crying need to inject new life into bilateral cooperation that is currently running out of steam through bad dynamics. Brexit serves only to accentuate the difficulties, hence the need for a political re-launch that has clear support on both sides of the Channel.

The signature of the Treaties in 2010 followed in the wake of the 2008 financial crisis, which compelled the two countries to reduce their strategic ambitions. Whilst today the countries clearly share an analysis of what is at stake, the policies followed by London and Paris are somewhat divergent. Nevertheless, there is a need for mutual commitment. This will be one of the post-Brexit challenges

Consolidation of defence industry could be based on the model of MBDA, the Franco-British missile group, which has been able to unite both political and industrial visions. The aim is to develop a long-lasting and competitive industry that responds to needs and secures our independence.

Brexit and the pandemic have already had a significant impact on the defence policy of the United Kingdom. The forthcoming 2021 strategic review will need to define priorities, and from them make some major choices between two different approaches. The stakes for the Royal Navy are considerable.

Both countries are nuclear powers yet their approaches to the concept of deterrence are not strictly identical, even though there are many areas of convergence between them. In addition, the subject appears little in British strategic debate. There would be much to be gained from intensifying discussions, and from bringing our European partners into them.

Future Combat Air Systems are a major stake for the coming decades, and yet the United Kingdom and France have committed to competing projects. Developments in Industry 4.0 could nevertheless offer much needed and relevant convergences to preserve European independence.

Book Reviews

Christian Destremau : Churchill et la France  ; Perrin, 2017 ; 410 pages - Serge Gadal

Revue Défense Nationale - Novembre 2020 - n° 834

La relation de défense franco-britannique au temps du Brexit

La relation entre la France et le Royaume-Uni est l’une des plus anciennes et des plus structurantes de l’histoire du continent européen. Pendant des siècles, les deux États ont été en compétition-confrontation, se disputant tant sur mer que sur terre. Il fallut attendre le XIXe siècle pour que l’anglophilie de Louis-Philippe et la francophilie de la Reine Victoria permettent un rapprochement qui progressivement s’est institutionnalisé, renforcé par les luttes communes sur les champs de bataille au XXe siècle. C’est bien de Londres et avec le soutien de Winston Churchill que le général de Gaulle sauva l’honneur de la France.

Après la Seconde Guerre mondiale, les choix stratégiques du Royaume-Uni en faveur d’un rapprochement avec les États-Unis n’ont cependant pas entamé les relations entre les armées des deux côtés de la Manche qui ont continué à enchaîner exercices conjoints et opérations combinées. Un respect mutuel est né entre militaires des deux pays.

Depuis la fin de la guerre froide, les deux puissances ont vu leurs efforts de défense diminuer et ont été souvent contraintes de faire des choix en matière capacitaire. Les Accords de Lancaster House marquent une volonté de la France et du Royaume-Uni de sortir de cette conjoncture économique difficile en tentant de mieux partager l’effort de défense. Des programmes et des projets capacitaires communs ainsi que le développement d’une véritable interopérabilité des forces sont les grands enjeux de ces accords pour apporter des économies, tout en garantissant un haut niveau d’engagement opérationnel.

Une décennie plus tard, force est de constater que notre environnement stratégique a considérablement évolué : retour des États-puissance et du rapport de force avec la Russie aux actions déstabilisatrices, la Chine aux ambitions impériales clairement revendiquées, ou encore la Turquie porteuse d’un projet néo-ottoman. C’est aussi l’isolationnisme américain fortement revendiqué par l’Administration Trump, qui a mis à mal à la fois l’Otan, mais aussi la « relation spéciale » entre Londres et Washington. Il faut y ajouter la profonde déstabilisation du Sahel obligeant la France à y intervenir depuis 2013 et à essayer, dans un contexte régional complexe, de rétablir une situation sécuritaire aléatoire. À ce panorama géopolitique tendu s’est rajouté le Brexit, avec la volonté politique du Royaume-Uni de quitter les institutions européennes, tout en continuant à être un acteur de la défense de l’Europe, comment pourrait-il en être autrement !

À l’occasion du dixième anniversaire de Lancaster House, nous avons souhaité faire le point de situation sur les avancées réelles et tangibles dans cette relation de défense, avec le concours d’acteurs français et britanniques qui la vivent pour beaucoup au quotidien. Avec des réussites qu’il convient de consolider, mais aussi des doutes et des ambiguïtés, ils nous livrent leur vision. Il n’en demeure pas moins que Londres et Paris ont une culture stratégique largement partagée, une forte responsabilité sur la scène internationale comme puissances nucléaires et membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, les obligeant de facto à agir, et que leurs armées sont incontournables dans toutes les opérations menées par les pays européens, que ce soit dans le cadre de l’Union européenne, l’Otan ou des coalitions de circonstances. ♦

Thierry Caspar-Fille-Lambie