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L'enjeu principal du projet de défense européenne est de définir et de concrétiser la capacité d'autonomie que l'on veut donner à l'Union en matière de prévention et de gestion des crises. Après un rappel des aspects essentiels, quelques éléments de réflexion relatifs à une stratégie européenne de gestion des crises sont proposés. Les premiers contours de la force européenne de réaction rapide sont tracés : elle regroupe les moyens militaires mis à la disposition de l'Union européenne pour contribuer à la gestion des crises. Il s'agit des forces militaires terrestres aériennes et navales, mais aussi des capacités stratégiques essentielles. Enfin, un bilan de notre action en matière de défense européenne est tiré.

  p. 5-22

Après un rapide rappel de la laborieuse montée en puissance de l'Europe de la défense, puis de l'accélération donnée à Saint-Malo, entretenue à Helsinki, Cologne et Feira, le bilan de Nice, particulièrement positif pour la défense, est dressé. Les suites à donner à ce sommet sont développées : mettre en place un dispositif de gestion de crise et se doter d'une capacité autonome d'appréciation, de décision et d'action. Au-delà, il faudra bien s'intéresser aussi à la défense collective, ce qui implique de clarifier les relations de l'Europe avec l'Otan, et donc avec les États-Unis. Déjà la cohérence des actions à mener dans tous les domaines exige des États membres une vision commune de l'Europe qu'ils veulent construire, et une volonté sans faille d'y aboutir.

  p. 23-34

Les déclarations du président de la République française à la veille du sommet de Nice, évoquant une Europe de la défense « coordonnée avec l'Alliance », mais « indépendante par rapport au Shape » pour ce qui concerne « son élaboration et sa mise en oeuvre », ont fait l'effet d'un pavé dans la mare euro-atlantique alors qu'elles lèvent certaines ambiguïtés : l'Europe doit avoir l'ambition d'être une puissance forte politiquement et militairement. L'attitude des États-Unis est guidée par la volonté de ne pas voir leur leadership remis en cause : il n'est donc pas question de toucher à son expression en Europe, l'Otan. Ils sont sans doute prêts à tolérer, peut-être même à accepter, voire pour certains à souhaiter, une Europe militaire relativement forte, mais ils excluent, pour l'instant, une Europe politique forte. Les relations futures entre l'UE et l'Otan, s'en ressentiront, mais il est temps de comprendre qu'il y aura, dans l'avenir, deux types d'opérations militaires : celles avec les États-Unis, au sein de l'Otan ; celles sans les États-Unis, conçues et conduites par les Européens.

  p. 35-44

Le sénateur Xavier de Villepin a rappelé en quoi consiste le système de défense antimissiles du territoire des États-Unis (NMD), avant d'évoquer les réactions internationales de la Russie, de la Chine et des Alliés, ainsi que les risques de relance de la course aux armements que la réalisation de ce projet est susceptible de provoquer. Une révision des concepts de défense, une relance de la réflexion doctrinale, en France en particulier, s'imposent. Lire la suite

  p. 45-60

Malgré les récents échecs du projet NMD, il semble bien que les États-Unis finiront par réaliser ce bouclier antimissiles, même si son importance et sa composition sont encore en discussion. Ce projet suscite de nombreuses réactions, la prolifération et la course aux armements risquent d'être relancées, et l'équilibre stratégique rompu par la remise en cause du traité ABM. La réalité de la menace, son échéance, la priorité accordée sont contestées. En revanche, le système de défense de théâtre (TMD) progresse, ce système pouvant même être proposé comme « NMD locale ». Dans ces conditions, afin que l'Europe dispose d'une autonomie « juste suffisante », la France devrait : Lire la suite

  p. 61-71

Le commandement de la doctrine et de l'enseignement militaire supérieur de l'armée de terre (CDES), a organisé un forum à l'École militaire, le 8 juin 2000. Destinée à ouvrir un large débat sur la place et le rôle des forces terrestres dans la résolution des crises, cette rencontre avait pris comme fil directeur le livret de libre réflexion, récemment diffusé, présentant la nouvelle approche doctrinale d'emploi de ses forces . L'action de celles-ci n'a pas pour but de gérer une situation de crise, mais d'y apporter des solutions viables et durables. Cette « nouvelle logique » doit, en permanence, conjuguer deux modes opératoires : la maîtrise de la violence, visant la résolution et la stabilisation de la crise (et qui a constitué la toile de fond de ces débats) ; et l'action coercitive qui recherche la décision par un combat aéroterrestre.

  p. 72-87

Ébranlé par des guerres tragiques, puis ruiné par une politique désastreuse, le Viêt-nam est enfin sorti d'un abîme qui a profondément marqué la mémoire collective de tout un peuple. Pour se redresser, ce pays controversé de la péninsule Indochinoise a essentiellement puisé ses forces dans son potentiel humain. Ces énergies sont notamment alimentées par une dynamique spirituelle intense qui trouve ses repères dans le bouddhisme et d'autres valeurs asiatiques ; mais ces courants philosophiques et religieux restent perturbés par les dogmes d'un communisme pesant qui entrave le processus de réformes de cette nation en quête de sa véritable identité.

  p. 88-103

Sixième puissance spatiale après les États-Unis, la Russie, l'Europe, le Japon et la Chine, l'Inde mène une politique spatiale déterminée depuis les années 60. Sous l'impulsion de Vikram Sarabhai, le programme spatial indien fut lancé avec comme principaux objectifs le développement socio-économique de l'Inde et une volonté d'indépendance dans ce domaine stratégique. Des besoins importants en télécommunication et télédiffusion ainsi que la nécessité d'une bonne gestion des ressources naturelles ont donné naissance à deux familles de satellites, les INSAT pour les télécommunications et les IRS pour la télédétection. L'indépendance en matière de lanceurs, au moins pour les satellites IRS , fut atteinte avec la fusée PSLV . Le programme spatial, d'abord purement national au service du développement du pays, vise maintenant les marchés internationaux, où l'on constate quelques succès notamment dans le domaine de la télédétection et dans celui des lancements. L'importance stratégique du programme s'est aussi considérablement accrue avec la mise en place de la doctrine de dissuasion nucléaire en 1998 puis les incidents de Kargil en 1999. La prochaine décennie devrait voir l'espace devenir, encore plus qu'avant, un moyen d'exprimer la volonté de puissance indienne à la fois au niveau régional qu'à l'échelle mondiale.

  p. 104-117

Le XXe siècle a vu naître des moyens rendant accessibles à l'homme de nouveaux espaces : l'espace aérien et l'espace extra-atmosphérique. Leur utilisation a conduit à établir des règles juridiques propres à chacun d'eux sur la base de fondements diamétralement opposés. Pourtant, ces régimes juridiques ont été inspirés par la même source, le droit des espaces maritimes, que des siècles de coutume ont façonné et qui a lui-même obtenu sa consécration conventionnelle au cours de ce siècle. C'est à l'épreuve des deux guerres mondiales que les régimes de l'air et de l'espace ont été élaborés. Dès le lendemain de la Première Guerre mondiale, le droit aérien est définitivement dominé par le principe de la souveraineté entière et exclusive des États sur leur espace aérien, en réaction à la menace mortelle que représentent les bombardiers. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le spectre d'un conflit nucléaire pousse les deux superpuissances à se doter de vecteurs permettant d'atteindre l'espace extra-atmosphérique et de moyens d'observation placés en orbite. Un compromis visant à réaliser ces objectifs en écartant l'entrave juridique que pourrait constituer la protection de la souveraineté des États sous-jacents permet au droit de l'espace de se développer sur la base d'un principe de liberté. Aujourd'hui semble se poser la question de savoir comment répondre au besoin d'adapter les règles au formidable essor de l'exploitation commerciale de ces espaces, sans pour autant remettre en cause les principes fondateurs.

  p. 118-132

Le développement du droit et la multiplication des normes internationales caractérisent le système mondial. Dissipant les illusions qui se forment autour du droit − le droit est un ensemble cohérent et harmonieux ; le droit est au-dessus des rapports de forces ; le droit fait régner la paix et la justice − l'auteur met l'accent sur les trois types de conflits de droit auxquels on peut assister dans les relations internationales : conflits entre principes, par exemple résultant des contradictions entre souveraineté des États et ingérence ; conflits entre organisations, le plus flagrant étant celui entre l'Onu et l'Alliance atlantique ; conflits entre juridictions, ultimes gardiennes des ordres juridiques. Tous ces conflits entre droits, entre institutions sont appelés à se développer, ce qui nous met à l'abri d'un ordre unique et harmonieux, probablement tyrannique.

  p. 133-144

Chroniques

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  p. 155-158
  p. 159-161
  p. 162-166
  p. 167-172
  p. 173-175
  p. 176-178
  p. 179-181
  p. 182-185

Bibliographie

René Rémond : Regard sur le siècle  ; Presses de Sciences Po, Paris, 2000 ; 114 pages. - Jérôme Pellistrandi

  p. 186-187

Collectif : L'état du monde 2001  ; Annuaire économique et géopolitique mondial ; La Découverte, 2000 ; 689 pages. - Claude Le Borgne

  p. 188-188

Gabriel Kolko : Un siècle de guerres  ; Les Presses de l'Université de Laval, L'Harmattan, 2000 ; 472 pages. - Eugène Berg

  p. 188-189

Gérard Leclerc : La mondialisation culturelle. Les civilisations à l'épreuve  ; Puf, 2000 ; 486 pages. - Eugène Berg

  p. 189-190

Revue Défense Nationale - Février 2001 - n° 628

Revue Défense Nationale - Février 2001 - n° 628

Il n'y a pas d'éditorial pour ce numéro.